BELGIQUE : L’ÉCHEC DE BART DE WEVER EST AUSSI CELUI D’UNE STRATÉGIE ÉCONOMIQUE
DEMAIN À 10 H 30, FAUDRA-T-IL TOUT RECOMMENCER À ZÉRO ?
Par Kadir Duran — Bruxelles Korner
Éditorial politique, économique et géopolitique — 5 novembre 2026

UN GOUVERNEMENT QUI RECONNAÎT SON ÉCHEC, MAIS UNE BELGIQUE QUI CONTINUE À PAYER LA FACTURE
« Le gouvernement a gravement failli. »
Ces mots prononcés par Bart De Wever devant la Chambre des représentants, ce jeudi 5 novembre 2026, sont particulièrement lourds de sens.
Pour la première fois depuis la remise de sa démission au roi Philippe, le lundi 2 novembre, le Premier ministre belge reconnaît publiquement l'incapacité de sa coalition à présenter un budget pluriannuel crédible.
Le gouvernement Arizona, composé de la N-VA, du MR, des Engagés, du CD&V et de Vooruit, n'est pas parvenu à s'accorder sur un effort budgétaire d'environ 10 milliards d'euros à l'horizon 2029.
Le Roi a tenu la démission en suspens. Il recevra de nouveau Bart De Wever le vendredi 6 novembre à 10 h 30.
En attendant, le Premier ministre reconnaît que la Belgique devra recourir aux douzièmes provisoires, ce mécanisme qui permet d'assurer la continuité des dépenses publiques en l'absence de nouveau budget.
Mais derrière cette crise gouvernementale se pose une question beaucoup plus profonde.
Et si l'échec de l'Arizona n'était pas simplement celui de cinq partis incapables de s'entendre, mais celui d'une stratégie économique dont les contradictions existaient dès sa conception ?
C'est la réflexion que je souhaite développer.
1. LE PARADOXE DE L'ARIZONA : VOULOIR ASSAINIR SANS CRÉER SUFFISAMMENT DE NOUVELLES RECETTES
Depuis son installation, le gouvernement Arizona a placé l'assainissement des finances publiques au cœur de sa politique.
Réformer le chômage, revoir les pensions, modifier les mécanismes de solidarité, renforcer la lutte contre les abus et réduire les dépenses structurelles devaient permettre de rétablir progressivement les équilibres budgétaires.
Sur le papier, cette orientation pouvait paraître cohérente.
Mais une difficulté fondamentale apparaît : l'État belge ne doit pas simplement financer ses dépenses existantes. Il doit également répondre à de nouveaux engagements économiques, militaires, européens et sociaux.
Or, on ne peut pas durablement demander à un État d'économiser des milliards tout en lui imposant simultanément de nouvelles dépenses de plusieurs milliards, sans prévoir une stratégie crédible de financement.
L'assainissement ne peut pas reposer uniquement sur la réduction des dépenses. Il doit aussi s'appuyer sur la création de richesse, la croissance économique, l'emploi et l'élargissement durable des recettes fiscales.
C'est précisément ce que je considère comme l'une des principales faiblesses de la stratégie Arizona.
On a beaucoup parlé d'économies. Beaucoup moins de la manière dont la Belgique allait produire suffisamment de richesse supplémentaire pour répondre à ses nouvelles obligations.
2. LA TAXATION DES PLUS-VALUES FINANCIÈRES : UN CHANGEMENT QUI ÉBRANLE LA CONFIANCE DES INVESTISSEURS
L'instauration en 2026 de la taxation des plus-values sur les actifs financiers représente une transformation importante du paysage fiscal belge.
La loi du 6 avril 2026 a introduit un impôt de principe de 10 % sur certaines plus-values réalisées, avec un abattement annuel de 10 000 euros et des règles particulières pour les participations importantes.
Cette réforme concerne les actions cotées, les participations dans les sociétés non cotées, les obligations, les fonds d'investissement, les ETF, ainsi que certains contrats d'assurance-placement des branches 21, 23 et 44.
Les bons d'État doivent, quant à eux, être examinés selon leurs règles fiscales propres, notamment en distinguant les intérêts et les éventuelles plus-values réalisées lors d'une cession.
La question n'est pas uniquement celle du rendement fiscal attendu.
Elle concerne aussi la confiance.
Pendant des décennies, la Belgique a bénéficié d'un environnement relativement favorable à certaines formes d'investissement patrimonial.
Les particuliers ont investi dans les produits bancaires, les fonds, les assurances et les actions. Des entrepreneurs ont développé des sociétés en considérant que leur participation constituait un patrimoine destiné à financer leur retraite, leur transmission familiale ou leurs futurs investissements.
En modifiant la fiscalité de ces actifs, l'État modifie également les paramètres économiques sur lesquels reposaient certaines décisions d'investissement.
Il serait excessif d'affirmer que cette taxation a, à elle seule, provoqué un effondrement des marchés financiers. Une telle conclusion demanderait des données précises sur les flux de capitaux, les volumes de transactions et les valorisations.
Mais il serait tout aussi imprudent de considérer qu'une modification aussi importante de la fiscalité du capital demeure sans influence sur les comportements.
Un investisseur ne regarde pas uniquement le rendement brut de son placement. Il évalue le rendement après impôt, le risque et la stabilité du cadre fiscal.
Lorsqu'une réforme modifie ces paramètres, elle peut influencer les décisions de vente, de conservation, de transmission ou de réinvestissement.
Pour les détenteurs d'actions non cotées, les conséquences potentielles sont particulièrement sensibles.
L'entrepreneur qui a consacré vingt ou trente années à construire son entreprise peut être amené à reconsidérer sa stratégie de cession ou de transmission.
On peut défendre politiquement une taxation plus équitable des gains financiers. Mais l'équité fiscale doit également être conciliée avec la stabilité juridique, la compétitivité et l'investissement productif.
Taxer le capital est une décision fiscale. Préserver les conditions nécessaires à sa mobilisation dans l'économie réelle est une responsabilité économique.
3. PLUS DE 20 MILLIARDS D'EUROS DE DÉGRADATION BUDGÉTAIRE : LES AVERTISSEMENTS DE PAUL MAGNETTE
La question du déficit budgétaire avait déjà donné lieu à de sévères critiques parlementaires.
Paul Magnette, président du Parti socialiste, a notamment dénoncé à la Chambre l'aggravation des perspectives budgétaires et les nouveaux engagements financiers du gouvernement.
Il faut ici distinguer les 20 milliards d'euros de dépenses militaires supplémentaires qu'il a évoqués dans ses interventions et la dégradation projetée du déficit public.
Les projections budgétaires discutées en 2026 faisaient apparaître un déficit fédéral susceptible de dépasser 38 milliards d'euros en 2029, contre environ 17,3 milliards d'euros constatés en 2024.
La différence dépasse donc 20 milliards d'euros, mais elle correspond à une comparaison entre un résultat passé et une projection future, et non à une perte de 20 milliards déjà réalisée.
Cette distinction est essentielle.
Cependant, le problème politique demeure.
Comment un gouvernement qui présente l'assainissement budgétaire comme sa priorité absolue peut-il envisager une trajectoire dans laquelle le déficit reste aussi considérable ?
Il existe évidemment une différence entre réduire un déficit par rapport à une trajectoire sans réforme et parvenir à l'équilibre budgétaire.
Mais pour le citoyen, le résultat est difficilement compréhensible.
On lui annonce des restrictions, des réformes, de nouvelles obligations et des économies structurelles.
Et dans le même temps, les perspectives continuent de montrer une dette publique en augmentation.
Cela ne signifie pas que toutes les mesures d'assainissement sont inefficaces.
Cela signifie qu'elles ne suffisent pas à résoudre le déséquilibre d'ensemble.
4. CHÔMAGE, PENSIONS ET MALADES DE LONGUE DURÉE : QUAND L'ASSAINISSEMENT DEVIENT UNE INQUIÉTUDE SOCIALE
La réforme du chômage constitue l'un des changements les plus importants engagés par l'Arizona.
La limitation dans le temps des allocations modifie profondément la protection offerte aux demandeurs d'emploi.
Le gouvernement défend cette orientation au nom de la responsabilisation, de la remise à l'emploi et de la soutenabilité budgétaire.
Mais que se passe-t-il lorsqu'une personne perd son allocation sans retrouver de travail ?
Dans certains cas, elle sollicite une aide auprès du CPAS.
La dépense peut alors diminuer dans les comptes de la sécurité sociale et augmenter dans ceux de l'aide sociale locale.
L'économie fédérale n'est donc pas automatiquement une économie pour l'ensemble de la collectivité.
Les réformes des pensions soulèvent des interrogations comparables.
Les travailleurs souhaitent comprendre combien d'années ils devront cotiser, jusqu'à quel âge ils devront travailler et quel revenu leur sera garanti lorsqu'ils quitteront le marché du travail.
Quant aux personnes en incapacité de longue durée, les projets de renforcement du contrôle et de réintégration professionnelle doivent tenir compte de la réalité médicale et des possibilités effectives d'emploi.
La remise au travail constitue un objectif légitime lorsqu'elle est médicalement possible et professionnellement réaliste.
Mais transformer une situation de maladie en problème purement budgétaire serait une erreur.
Une personne ne retrouve pas automatiquement sa capacité professionnelle parce qu'une réforme modifie les conditions administratives de son indemnisation.
Le gouvernement ne peut pas réduire la question sociale à une ligne comptable.
Il doit déterminer si ses réformes produisent réellement davantage d'emplois, davantage de cotisations sociales et davantage de recettes fiscales.
Sinon, les économies annoncées risquent de devenir de simples déplacements de charges.
5. L'ARMEMENT ET LES OBJECTIFS DE L'OTAN : UNE NOUVELLE FACTURE DE PLUSIEURS MILLIARDS
C'est probablement l'une des contradictions les plus visibles pour le citoyen.
La Belgique explique devoir réduire certaines dépenses sociales et maîtriser ses finances publiques.
Mais elle doit simultanément accroître ses dépenses de défense.
Lors du sommet de l'OTAN organisé à La Haye en 2025, les Alliés se sont engagés à consacrer, à l'horizon 2035, 5 % du PIB à la défense et à la sécurité au sens large.
Ce chiffre comprend au moins 3,5 % pour les besoins militaires fondamentaux et jusqu'à 1,5 % pour les dépenses liées à la sécurité, aux infrastructures et à la résilience.
Il ne s'agit donc pas exclusivement d'achats d'armes.
La Belgique doit adapter sa trajectoire nationale à ces engagements, dans un environnement budgétaire déjà très contraint.
On peut comprendre la nécessité de renforcer la défense européenne face à l'évolution des menaces internationales.
Mais une question demeure.
Comment expliquer à un pensionné, à un demandeur d'emploi ou à un travailleur que ses droits doivent être réexaminés au nom de l'économie budgétaire, alors que l'État prévoit de mobiliser des moyens considérables pour ses engagements militaires ?
La sécurité militaire est importante.
La sécurité économique, sanitaire et sociale l'est également.
Un pays peut être mieux équipé militairement et devenir simultanément plus fragile socialement.
La véritable responsabilité politique consiste donc à définir un équilibre entre ces exigences, plutôt qu'à présenter chacune d'elles comme une obligation financière isolée des autres.
6. L'UKRAINE, LES ENGAGEMENTS EUROPÉENS ET LE COÛT DE LA CRISE SANITAIRE
À ces priorités s'ajoutent les engagements internationaux.
La Belgique participe aux politiques européennes de soutien à l'Ukraine, qu'il s'agisse de dispositifs financiers, d'assistance économique ou de coopération militaire.
Toutes les sommes mobilisées au niveau européen ne sont pas imputables directement au budget fédéral belge.
Il convient de distinguer les contributions nationales, les instruments européens, les prêts, les garanties et les aides directes.
Mais le débat citoyen sur leur financement est légitime.
Comment répartir les ressources disponibles entre les besoins internes et les engagements internationaux ?
Comment financer de nouvelles priorités sans déstabiliser davantage les finances publiques ?
La Belgique continue par ailleurs de supporter le poids d'une dette publique aggravée par les interventions exceptionnelles réalisées pendant la pandémie de Covid-19.
Les mesures de soutien étaient nécessaires pour éviter une crise économique et sociale plus profonde.
Mais elles ont contribué, avec d'autres déficits, à augmenter les besoins de financement de l'État.
Aujourd'hui, les charges d'intérêts constituent elles-mêmes une dépense importante.
Selon les chiffres avancés par Bart De Wever devant la Chambre, les intérêts de la dette des différentes entités publiques pourraient représenter environ 16 milliards d'euros en 2026.
Il a également évoqué un scénario pouvant atteindre 50 milliards à l'horizon 2035 si les conditions défavorables persistent.
Ce dernier chiffre constitue une projection conditionnelle, pas une certitude.
Il illustre néanmoins le cercle budgétaire dans lequel risque de s'enfermer la Belgique.
Plus l'État emprunte, plus il peut devoir consacrer de recettes au service de sa dette. Et plus ces charges augmentent, moins il dispose de marges pour financer ses autres politiques.
7. ON NE PEUT PAS INDÉFINIMENT SERRER LA CEINTURE D'UNE ÉCONOMIE QUI DOIT EN MÊME TEMPS INVESTIR
C'est ici que se situe le cœur de ma réflexion.
Le gouvernement Arizona paraît avoir construit une partie de sa stratégie autour de l'idée qu'une réduction des dépenses publiques permettrait progressivement de rétablir les équilibres.
Mais la réalité économique est beaucoup plus complexe.
Il faut financer les pensions.
Il faut financer les soins de santé.
Il faut maintenir les infrastructures.
Il faut accompagner la transition énergétique.
Il faut renforcer la sécurité.
Il faut investir dans l'industrie, les nouvelles technologies, la recherche et l'intelligence artificielle.
Et il faut désormais augmenter les dépenses militaires.
Tous ces domaines exigent des moyens considérables.
Comment peut-on simultanément réduire les dépenses, maintenir les services essentiels, financer de nouveaux engagements et espérer assainir les finances publiques sans une croissance suffisante des recettes ?
Une entreprise qui cherche à retrouver sa rentabilité ne peut pas systématiquement réduire ses dépenses au détriment de ses capacités productives.
Elle doit également améliorer son chiffre d'affaires, investir intelligemment et développer de nouveaux marchés.
L'État ne fonctionne pas comme une entreprise : il poursuit des missions de service public et doit protéger des droits fondamentaux.
Mais le principe économique reste pertinent.
Un redressement durable ne peut pas être fondé exclusivement sur la contraction des dépenses.
La Belgique doit produire davantage de valeur ajoutée, attirer les investissements productifs, développer ses entreprises, soutenir l'emploi et améliorer l'efficacité de son administration.
Les recettes publiques doivent provenir d'une économie plus dynamique, et pas seulement d'une redistribution fiscale d'une richesse existante insuffisante pour couvrir l'ensemble des engagements.
8. LE FÉDÉRALISME BELGE COMPLIQUE ENCORE DAVANTAGE L'ÉQUATION
La Belgique possède une organisation institutionnelle particulièrement complexe.
L'État fédéral, les Régions, les Communautés, les provinces et les communes exercent des compétences différentes, avec des mécanismes de financement interdépendants.
Dans ce système, une économie réalisée au niveau fédéral peut entraîner une dépense supplémentaire pour une autre autorité.
La réforme du chômage en fournit un exemple potentiel lorsque des personnes exclues des allocations se tournent vers les CPAS.
De même, certaines décisions prises en matière de fiscalité, d'emploi ou de politique économique produisent des conséquences différentes selon les réalités régionales.
Bruxelles, la Wallonie et la Flandre n'ont ni les mêmes structures économiques, ni les mêmes besoins sociaux, ni les mêmes marges budgétaires.
Une politique d'assainissement qui ignore ces particularités risque donc de déplacer les difficultés au lieu de les résoudre.
La question du fédéralisme mérite dès lors d'être posée.
Un État qui multiplie les niveaux de décision sans garantir une coordination budgétaire suffisamment efficace peut-il encore mener une politique économique cohérente ?
Il ne s'agit pas nécessairement de supprimer les autonomies régionales.
Il s'agit de rechercher une responsabilité financière plus lisible et une meilleure articulation entre les décisions prises par chaque niveau de pouvoir.
La Belgique a besoin d'une réforme de son fonctionnement institutionnel autant que d'un assainissement budgétaire.
9. BART DE WEVER : RECONNAÎTRE L'ÉCHEC EST UNE CHOSE, EN ASSUMER TOUTES LES CONSÉQUENCES EN EST UNE AUTRE
Bart De Wever a eu le mérite de reconnaître publiquement l'échec des négociations.
Mais un Premier ministre ne peut pas être uniquement celui qui identifie les problèmes.
Il doit aussi être celui qui construit les solutions.
Il savait, lorsqu'il a accepté de diriger le gouvernement, que les cinq partis de la coalition Arizona possédaient des conceptions différentes de la fiscalité, de la protection sociale et des dépenses publiques.
Il connaissait également les contraintes imposées par la dette et les engagements européens.
La difficulté de gouverner ne pouvait donc constituer une surprise.
Le véritable problème réside dans l'absence de compromis suffisamment solide pour concilier ces objectifs divergents.
Le MR refuse une augmentation excessive de la pression fiscale.
Vooruit et Les Engagés souhaitent davantage de justice dans la répartition des efforts.
La N-VA privilégie une transformation structurelle de la dépense publique.
Le CD&V cherche à maintenir un équilibre entre la discipline budgétaire et les compromis sociaux.
Ces différences existaient dès la naissance du gouvernement.
Sur le papier, l'Arizona reposait déjà sur un équilibre fragile entre économies annoncées, recettes attendues et engagements à financer.
La réalité économique s'est révélée plus douloureuse encore que les compromis théoriques de l'accord de gouvernement.
C'est pourquoi la crise actuelle ne peut pas être présentée comme un simple accident politique.
Elle est également la conséquence d'une équation budgétaire dont les marges étaient insuffisantes pour absorber de nouvelles contraintes.
10. DEMAIN À 10 H 30 : LA BELGIQUE DEVRA-T-ELLE TIRER LA GOUPILLE ?
Demain, vendredi 6 novembre 2026, à 10 h 30, le roi Philippe recevra Bart De Wever au Palais royal.
Cette audience pourrait constituer un moment décisif dans l'histoire récente de la politique belge.
Le Roi peut maintenir sa décision en suspens et laisser aux partenaires de la coalition une nouvelle possibilité de négociation.
Il peut également accepter la démission du gouvernement, ce qui ouvrirait une autre phase politique et institutionnelle.
Une démission acceptée ne signifierait pas automatiquement l'organisation immédiate d'élections anticipées. La recherche d'une nouvelle majorité demeure constitutionnellement possible.
Mais la question essentielle dépasse l'identité du prochain Premier ministre.
À quoi servirait de prolonger la vie de l'Arizona si les contradictions économiques qui ont provoqué cette crise restent sans réponse ?
À quoi servirait de remplacer quelques ministres si la stratégie budgétaire demeure inchangée ?
Et à quoi servirait d'organiser de nouvelles élections si les responsables politiques ne parviennent pas à expliquer comment financer durablement les engagements du pays ?
La Belgique ne peut pas continuer à construire des compromis budgétaires qui paraissent équilibrés lors de leur signature, mais deviennent rapidement intenables dans leur application.
Il faut peut-être aujourd'hui avoir le courage de réexaminer les priorités, les dépenses, les recettes, les structures institutionnelles et les objectifs économiques.
Il faut accepter que certaines promesses politiques soient incompatibles avec les moyens financiers disponibles.
Et il faut surtout cesser de considérer la croissance économique comme une conséquence automatique des restrictions budgétaires.
Demain à 10 h 30, peut-être que la Belgique devra tirer la goupille politique et repenser tout à zéro.
Non pas pour provoquer une crise supplémentaire.
Mais pour comprendre que le prolongement artificiel d'une stratégie incohérente peut coûter davantage qu'une véritable remise à plat.
11. BUDGET 2027 : LA BELGIQUE COMMENCERA L'ANNÉE SOUS DOUZIÈMES PROVISOIRES — LE SYMBOLE D'UN ASSAINISSEMENT INACHEVÉ
Un nouvel élément vient renforcer la gravité de la crise gouvernementale.
Ce jeudi 5 novembre 2026, devant la Chambre des représentants, Bart De Wever a confirmé que la Belgique devra commencer l'année 2027 sous le régime des douzièmes provisoires, faute d'accord sur le budget fédéral.
Jusqu'à présent, cette éventualité était présentée comme un risque que le gouvernement cherchait précisément à éviter. Elle est désormais annoncée par le Premier ministre lui-même.
Concrètement, ce mécanisme permet à l'État fédéral de poursuivre son fonctionnement grâce à des autorisations temporaires de dépenses établies sur la base du dernier budget adopté.
Cela signifie que les administrations fédérales pourront continuer à fonctionner, sous réserve des crédits provisoires qui devront être légalement autorisés.
Mais cette procédure ne constitue ni un nouveau budget pluriannuel ni une solution structurelle aux difficultés financières du pays.
À ce stade, aucune loi de crédits provisoires pour 2027 n'est encore présentée ici comme adoptée. Les montants, la durée des autorisations et leurs éventuelles dérogations restent à préciser.
Il serait également prématuré d'en déduire des pertes chiffrées pour les prestations sociales ou les investissements publics.
Ce qui est certain, en revanche, c'est que le gouvernement chargé d'organiser l'assainissement budgétaire reconnaît désormais qu'il ne pourra pas commencer l'année 2027 avec le budget qu'il entendait faire adopter.
Ma réflexion : peut-on encore parler de maîtrise budgétaire ?
Cette annonce confirme, à mes yeux, les limites de la stratégie économique de l'Arizona.
Pendant des mois, le gouvernement a demandé aux citoyens de comprendre la nécessité des sacrifices.
Il a défendu la limitation des allocations de chômage, les réformes des pensions, les mesures concernant les malades de longue durée et une nouvelle fiscalité des plus-values financières.
Parallèlement, la Belgique doit répondre à des engagements militaires, européens et internationaux nécessitant des ressources supplémentaires.
Et malgré toutes ces réformes et ces efforts annoncés, le pays se dirige vers une nouvelle année sans budget fédéral définitif dès le 1er janvier.
Le recours aux douzièmes provisoires n'entraîne pas mécaniquement une aggravation du déficit. Il démontre cependant que les arbitrages budgétaires nécessaires n'ont pas été réalisés dans les délais.
Voilà le véritable paradoxe.
On demande au citoyen de planifier ses dépenses, de maîtriser ses crédits, d'anticiper sa pension et de respecter ses obligations fiscales, alors que l'État lui-même n'a pas réussi à s'accorder sur son propre cadre budgétaire pour l'année suivante.
La Belgique ne peut pas construire sa politique économique sur une succession permanente d'économies annoncées, de recettes espérées et de compromis reportés.
Elle a besoin d'une vision dans laquelle les engagements financiers sont compatibles avec ses capacités économiques.
Les douzièmes provisoires permettront d'assurer la continuité administrative. Ils ne remplaceront ni les décisions politiques, ni les réformes cohérentes, ni une véritable stratégie de croissance.
DEMAIN À 10 H 30, UNE ÉCHÉANCE QUI DÉPASSE LE SORT D'UN PREMIER MINISTRE
Le vendredi 6 novembre 2026, à 10 h 30, Bart De Wever sera reçu par le roi Philippe.
Cette rencontre doit permettre de déterminer les prochaines étapes de la crise politique.
Mais, selon moi, l'enjeu dépasse désormais le maintien ou le départ du Premier ministre.
La Belgique doit se demander si elle peut encore poursuivre une stratégie budgétaire dont les objectifs, les moyens et les engagements financiers semblent de plus en plus difficiles à concilier.
Demain à 10 h 30, peut-être faudra-t-il tirer la goupille politique et repenser tout à zéro.
Non pas simplement changer un gouvernement ou redistribuer quelques portefeuilles ministériels.
Mais remettre à plat les priorités économiques, la fiscalité, les dépenses publiques, le financement de la protection sociale, les engagements internationaux et le fonctionnement institutionnel.
Car le véritable danger serait de considérer cette crise comme un simple désaccord entre partis, alors qu'elle révèle des questions beaucoup plus profondes sur la capacité de la Belgique à financer son modèle économique et social.
On ne redresse pas durablement un pays en lui demandant uniquement de dépenser moins. Il faut également lui donner les moyens de produire, d'investir, de créer des emplois et de générer les recettes nécessaires à son avenir.
CONCLUSION — LE VÉRITABLE ÉCHEC DE L'ARIZONA N'EST PAS SEULEMENT BUDGÉTAIRE
La crise gouvernementale de novembre 2026 nous rappelle une réalité fondamentale : les finances publiques ne peuvent pas être redressées uniquement par des annonces d'économies.
Demain, vendredi 6 novembre 2026, à 10 h 30, la Belgique ne devra peut-être pas seulement décider de l'avenir de Bart De Wever. Elle devra se demander si le moment n'est pas venu de tirer la goupille politique, de remettre les compteurs à zéro et de reconstruire une stratégie économique à la hauteur de ses ambitions et de ses moyens.
Par Kadir Duran — Bruxelles Korner
Réflexion subjective — 5 novembre 2026
SOURCES ET RÉFÉRENCES — BRUXELLES KORNER
Dossier politique, économique et fiscal — 5 novembre 2026
Voici les références à placer à la fin de l'éditorial « Belgique : l'échec de Bart De Wever est aussi celui d'une stratégie économique », signé Kadir Duran.
1. Crise gouvernementale et budget 2027
Palais royal de Belgique — 2 novembre 2026
Communiqué officiel confirmant la remise de la démission de Bart De Wever au roi Philippe, sa mise en suspens et les consultations des partis de la majorité.
La Monarchie belge — Audience du Premier ministre
BX1 / Belga — 2 novembre 2026
Confirmation de l'absence d'accord budgétaire, de l'effort de 10 milliards d'euros recherché à l'horizon 2029 et de la nouvelle audience royale du vendredi 6 novembre à 10 h 30.
BX1 — Bart De Wever remet sa démission au Roi
BX1 / Belga — 17 octobre 2026
Informations sur l'éventuel recours aux douzièmes provisoires et sur l'abandon de la proposition de loi de stabilité.
BX1 — Le gouvernement rejette la proposition de loi de stabilité
Le Soir — Bernard Demonty, 5 novembre 2026, 16 h 10
Article : « Bart De Wever : Le gouvernement a gravement failli ».
Cette source, dont vous avez communiqué le texte, rapporte directement la déclaration du Premier ministre devant la Chambre et sa confirmation du recours aux douzièmes provisoires pour 2027.
2. Dépenses militaires et engagements internationaux
OTAN — Déclaration officielle du sommet de La Haye, 25 juin 2025
Engagement des Alliés à porter les investissements de défense et de sécurité à 5 % du PIB à l'horizon 2035, répartis entre au moins 3,5 % pour la défense proprement dite et jusqu'à 1,5 % pour les dépenses connexes.
OTAN Texte officiel
OTAN — Déclaration officielle du sommet de La Haye
3. Réformes sociales et arbitrages budgétaires
La Libre Belgique / Belga — 2 novembre 2026
Compte rendu des réactions à l'échec budgétaire, notamment les divergences entre le MR et Vooruit, les discussions sur les soins de santé et les propositions d'économies concernant les personnes en incapacité de longue durée.
La Libre — Échec des négociations budgétaires et réactions politiques
BX1 / Belga — 2 novembre 2026
Analyse des désaccords sur les recettes fiscales supplémentaires et la réduction des dépenses publiques, avec les positions exprimées par les partis de la coalition Arizona.
BX1 — Échec des négociations budgétaires
4. Taxation des plus-values financières
SPF Finances — Fiscalité de l'épargne et des placements
Présentation officielle du régime fiscal des revenus mobiliers et des placements.
SPF Finances — Revenus de l'épargne et des placements
Pour documenter précisément la nouvelle taxe sur les plus-values, il faut également citer la loi du 6 avril 2026 et sa publication au Moniteur belge. La fiscalité des intérêts, des dividendes et des plus-values ne doit pas être confondue.
5. Déficit public, dette et perspectives économiques
Bureau fédéral du Plan — 12 février 2026
Les perspectives économiques 2026-2031 prévoyaient un déficit public de 5,7 % du PIB en 2029 et une dette publique atteignant 117 % du PIB.
Bureau fédéral du Plan
Bureau fédéral du Plan — Perspectives économiques 2026-2031
Bureau fédéral du Plan — 12 juin 2026
Actualisation des prévisions dans un contexte économique plus défavorable. La croissance pour 2026 était ramenée à 0,7 % et le déficit public projeté à 6,4 % du PIB en 2031.
Bureau fédéral du Plan
Bureau fédéral du Plan — Perspectives économiques et budgétaires actualisées
Ces projections concernent l'ensemble des administrations publiques. Elles ne sont pas directement comparables à un chiffre de déficit fédéral exprimé en euros.
6. Réforme du chômage et conséquences sociales
ONEM — 2 mars 2026
Confirmation officielle de l'entrée en vigueur de la limitation des allocations de chômage complet à 24 mois maximum, sous réserve des exceptions et des dispositions transitoires.
Onem
ONEM — Nouvelle réglementation du chômage
ONEM — 11 septembre 2026
Conséquences de l'arrêt de la Cour constitutionnelle du 10 septembre, qui confirme l'essentiel de la réforme mais annule une partie de son régime transitoire.
Onem
ONEM — Conséquences de l'arrêt de la Cour constitutionnelle
7. Déficit supplémentaire de 20 milliards et déclarations de Paul Magnette
Les déclarations de Paul Magnette sur la trajectoire budgétaire doivent être attribuées à leur auteur et rapprochées des chiffres du Comité de monitoring. Je n'ai pas retrouvé, dans cette recherche, le compte rendu précis permettant d'attester intégralement la formulation et la période de référence des 20 milliards d'euros.
La publication peut néanmoins évoquer les critiques de Paul Magnette, en précisant qu'une aggravation projetée du déficit ne constitue pas un montant de dette supplémentaire déjà constaté.
Mention recommandée au bas de l'article
Sources : Palais royal de Belgique (2 novembre 2026) ; Le Soir, Bernard Demonty (5 novembre 2026) ; BX1/Belga (2 novembre 2026) ; Chambre des représentants ; SPF Finances ; Bureau fédéral du Plan (12 février et 12 juin 2026) ; ONEM (2 mars et 11 septembre 2026) ; OTAN, déclaration du sommet de La Haye (25 juin 2025).
Note éditoriale : Les faits, les annonces gouvernementales et les données budgétaires sont documentés par les sources mentionnées. Les réflexions sur la taxation du capital, les contradictions de l'assainissement, les priorités militaires et la nécessité de repenser la stratégie économique belge constituent l'opinion personnelle de Kadir Duran, publiée dans le cadre de sa chronique Bruxelles Korner.
























































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