« Made in EU » : l’Europe veut protéger son industrie, mais risque de fragiliser son partenariat économique avec la Turquie
BRUXELLES KORNER | 28 octobre 2026 | Économie et géopolitique
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner

L’Union européenne prépare un nouveau dispositif de préférence industrielle, baptisé « Made in EU », destiné à renforcer la production européenne face à la concurrence internationale, notamment chinoise. Mais cette stratégie soulève une question diplomatique et économique majeure : pourquoi la Turquie, partenaire industriel de l’Europe depuis plusieurs décennies, pourrait-elle être exclue de certains avantages ?
Présenté le 4 mars 2026, le projet de règlement Industrial Accelerator Act prévoit des exigences de production européenne pour certains marchés publics et dispositifs de soutien industriel. Dans l’automobile, le texte envisage notamment un seuil de 70 % de composants d'origine européenne, hors batteries, pour certaines catégories de véhicules
Ankara refuse d’être considérée comme un simple pays tiers
La Turquie est liée à l’Union européenne par une union douanière entrée en vigueur en 1996. Son industrie automobile est étroitement intégrée aux chaînes de production européennes, notamment celles de Ford, Renault, Toyota et Hyundai.
Selon le ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, les échanges commerciaux UE–Turquie atteignent environ 233 milliards de dollars par an, dont 62 milliards dans le secteur automobile
Lors de ses échanges à Bruxelles le 13 octobre 2026, Ankara a demandé que ses productions bénéficient d'un traitement équivalent à celui des productions européennes.
Cependant, un rapprochement franco-allemand sur les critères d'origine industrielle a renforcé les inquiétudes turques. La Turquie pourrait être exclue de certaines préférences, contrairement à d'autres partenaires européens.
Le 26 octobre, l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) a également plaidé pour des exemptions ciblées protégeant les investissements réalisés en Turquie.
Quelles conséquences économiques ?
Une exclusion pourrait entraîner trois conséquences principales :
- Une perte de compétitivité pour les véhicules et composants produits en Turquie dans les segments couverts par les nouvelles règles.
- Une remise en question de certains investissements industriels européens sur le territoire turc.
- De nouvelles tensions commerciales entre Bruxelles et Ankara, alors que la modernisation de l'union douanière reste inachevée.
Ces risques demeurent conditionnels : le projet européen n'est pas encore adopté, et les conditions définitives applicables aux partenaires commerciaux restent en négociation. 
Analyse Bruxelles Korner : le paradoxe européen
L'Europe souhaite développer sa souveraineté industrielle, mais une partie de sa compétitivité repose précisément sur ses interdépendances économiques avec ses voisins.
La Turquie n'est pas membre de l'Union européenne. Elle constitue néanmoins une plateforme industrielle stratégique pour de nombreux constructeurs européens.
La véritable question dépasse donc le simple label « Made in EU » : l'Europe peut-elle renforcer son autonomie industrielle sans affaiblir les chaînes de valeur qui contribuent déjà à sa puissance économique ?
Pour Ankara, l'enjeu est autant diplomatique qu'industriel. Pour Bruxelles, il s'agit de trouver un équilibre entre préférence européenne, obligations commerciales et préservation des investissements existants.
L'exclusion éventuelle de la Turquie ne serait donc pas seulement une question d'étiquetage : elle pourrait devenir un nouveau point de friction dans les relations entre l'Union européenne et Ankara.
Sources : Commission européenne, proposition COM(2026)100 du 4 mars 2026 ; Parlement européen, procédure 2026/0068(COD) ; Hürriyet Daily News, 20–21 octobre ; European Policy Centre, 22 octobre ; Türkiye Today, 26 octobre 2026.























































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