Civilisation oui… mais pas la Belgique : le virage idéologique de Bart De Wever
Le Premier ministre belge Bart De Wever ne parle plus seulement de politique il redéfinit le cadre.
Dans une tribune aux accents idéologiques assumés, il déplace le débat : de la Belgique vers la civilisation, de l’individu vers l’héritage, du présent vers la continuité historique.
Derrière la critique du postmodernisme et la défense des racines occidentales, une question émerge :
La Belgique est-elle encore un projet… ou simplement un outil ?

Bart De Wever et le patriotisme des racines : la Belgique en arrière-plan, la civilisation au premier plan
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner
Un discours qui dépasse la Belgique
À première lecture, le propos de Bart De Wever pourrait être interprété comme une forme de patriotisme classique. Pourtant, une analyse plus fine révèle une construction idéologique bien différente.
Ce n’est pas la Belgique qui est au centre du discours. Ce n’est même pas la Flandre. C’est la civilisation occidentale.
Dans cette prise de parole, Bart De Wever s’inscrit dans une tradition conservatrice structurée autour de trois piliers :
la continuité historique
la transmission des valeurs
le rejet du relativisme culturel contemporain
Le cadre national belge est ici secondaire. Il sert de scène, pas de finalité.
Le conservatisme comme réponse au vide moderne
Le cœur du message est limpide, l’individu ne peut exister sans héritage collectif. Ce positionnement s’oppose frontalement à deux modèles contemporains :
l’individualisme absolu
l’État-providence omniprésent
À la place, Bart De Wever propose une troisième voie : la primauté de la société comme structure organique
Dans cette vision, la citoyenneté ne repose pas uniquement sur des droits, mais sur un socle de valeurs héritées :
philosophie grecque
droit romain
humanisme
Lumières
Ce récit n’est pas belge.Il est civilisationnel, européen, occidental.Une offensive contre le postmodernisme
L’autre axe central du discours est une critique directe du postmodernisme.
Selon cette lecture, les sociétés occidentales seraient entrées dans une phase d’auto-délégitimation :
culpabilité historique permanente
remise en cause des racines
relativisation des valeurs fondatrices
Bart De Wever rejette cette dynamique qu’il considère comme dangereuse, car elle produit une érosion de la cohésion sociale.
L’exemple évoqué autour de Gianni Infantino est révélateur :
il illustre, dans son argumentation, une forme d’autocensure occidentale face au reste du monde.
Belgique : cadre politique, pas horizon idéologique
C’est ici que se situe le point clé.
Ce discours ne reconstruit pas une identité belge forte.Il contourne la question.
La Belgique apparaît comme :
un espace administratif
un terrain de gouvernance
un cadre institutionnel
Mais pas comme un projet émotionnel ou civilisationnel en soi.Autrement dit :
ce n’est pas du belgicisme.C’est un conservatisme large, compatible avec la Belgique…mais qui pourrait tout aussi bien exister en dehors d’elle.
Le signal politique
Ce positionnement envoie un message stratégique clair :
élargir le discours au-delà du nationalisme flamand
parler à une base plus large (européenne, conservatrice)
occuper le terrain idéologique face aux débats identitaires
Mais sans abandonner le fond : la nation reste un outil, la civilisation reste le cadre
Le Discours Complet :
« On va tous les perdre. »
Et pour moi, c’est là l’essentiel du conservatisme : nous ne sommes pas nés dans le vide. Nous sommes nés dans une société construite par nos ancêtres, fondée sur des valeurs.
Pour un responsable politique conservateur, ce n’est donc pas l’individu qui prime. La liberté individuelle absolue n’est pas un idéal. Ce n’est pas non plus à l’État de tout régler et de tout prendre en charge. Ce qui compte, c’est la société.
La citoyenneté doit être fondée sur des valeurs. Une société a besoin de moyens matériels, bien sûr, mais aussi d’un “logiciel”. Et ce logiciel, ce sont nos racines profondes : la philosophie grecque, le droit romain, l’humanisme, les Lumières. Voilà la base de notre société.
Sur le long terme, il existe une continuité dans ces racines. L’histoire connaît parfois des ruptures, mais à grande échelle, c’est la continuité qui domine. Et il est essentiel d’assumer ces racines, de les connaître et d’en être fier.
Je rejette totalement le postmodernisme, qui a instauré une forme de honte de soi, poussant à rejeter nos racines. Selon cette vision, notre identité occidentale ne serait faite que de racisme, de colonialisme et d’impérialisme, et nous serions responsables de tous les maux du monde.
Prenons l’exemple de Gianni Infantino. Je ne suis pas particulièrement le football, mais il s’agit d’une figure importante dans ce domaine. Lors de la Coupe du monde au Qatar, des questions ont été posées sur les droits de l’homme. Et M. Infantino a déclaré que l’Europe devait se taire et s’excuser pendant 3000 ans avant de pouvoir critiquer qui que ce soit. À mes yeux, c’est totalement absurde.
Si l’on regarde l’histoire de manière critique, oui, nos ancêtres n’étaient pas parfaits. Mais ce sont précisément les valeurs des Lumières qui nous ont permis d’évoluer. Nous avons changé, nous avons progressé.
Comme l’a dit François Mitterrand : on ne tourne pas le dos à son passé, on évolue.
Mais exiger que nous nous reprochions en permanence notre histoire, tout en exemptant les autres sociétés de toute critique, affaiblit notre citoyenneté.
Et avant même de nous en rendre compte, nous en arrivons à des situations absurdes, comme installer des crèches abstraites à Bruxelles, simplement par honte de nos racines.
Et c’est précisément cela qu’il faut refuser. »
Conclusion
Le discours de Bart De Wever ne doit pas être lu comme une déclaration d’amour à la Belgique.
C’est une tentative de redéfinir :
l’identité
la citoyenneté
et la légitimité culturelle
à une échelle plus large.
Une Belgique gérée. Une civilisation revendiquée.
C’est toute l’ambiguïté et toute la stratégie.















































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