Après Bouchez, De Wever : Bruxelles sous tutelle politique ?
Chronique – Bruxelles Korner - Kadir Duran
Après Georges-Louis Bouchez, c’est désormais Bart De Wever, Premier ministre, qui s’invite frontalement dans le débat bruxellois. Le ton est posé, le message est dur, et la cible est claire : la gouvernance de la Région de Bruxelles-Capitale.
Une question traverse désormais l’espace public, sans détour : pourquoi des responsables politiques perçus comme extérieurs à Bruxelles veulent-ils absolument “gouverner” Bruxelles ?

Bruxelles, un “problème pour tout le monde”
Dans une interview accordée à La Première – RTBF, Bart De Wever ne mâche pas ses mots. Pour lui, Bruxelles n’est plus un problème régional, mais un problème national et européen.
« La situation à Bruxelles est un problème pour tout le monde. D’abord parce qu’ils réalisent des déficits incroyables. »
Le Premier ministre insiste sur un point central souvent éludé : les comptes de Bruxelles pèsent directement sur les chiffres consolidés de la Belgique. Autrement dit, chaque dérive budgétaire bruxelloise devient un dossier à défendre devant l’Union européenne.
« Si on jette l’argent par la fenêtre ici, c’est moi qui dois l’expliquer à l’Europe. »
Déficits, transferts et colère flamande
Le discours est clair : les efforts non consentis à Bruxelles sont compensés ailleurs par les autres Régions et par le fédéral. Une logique de transferts devenue, selon De Wever, politiquement et financièrement insoutenable.
« Chaque effort qu’ils ne font pas, ce sont les autres régions et le fédéral qui doivent compenser. »
Derrière cette déclaration se lit une exaspération flamande bien connue, mais désormais assumée au sommet de l’État : Bruxelles coûte, Bruxelles ne réforme pas, Bruxelles échappe à toute véritable tutelle.
“Donnez-moi Bruxelles cinq ans” : la tentation du pouvoir direct
La phrase est lourde de sens politique :
« Si on me donne carte blanche et cinq ans, je peux faire une économie d’un milliard et mieux gérer la ville. »
Bart De Wever se pose en manager de crise, revendiquant son bilan passé et son expérience de gestion. Mais il pointe immédiatement l’obstacle majeur : l’architecture institutionnelle bruxelloise.
Une Région
19 communes
des compétences éclatées
des responsabilités diluées
« Avec les institutions comme elles existent ici, c’est impossible. »
Réforme institutionnelle ou mise sous tutelle ?
Le mot est lâché : réforme institutionnelle.
Pour De Wever, le problème bruxellois dépasse le budget. Il touche à la crédibilité internationale de la Belgique.
« Partout où je me rends, en Europe, on m’interroge là-dessus. On me dit : c’est quoi ce bordel ? »
Bruxelles, capitale de l’Europe, devient paradoxalement l’exemple de ce qu’un État fédéral ne parvient plus à expliquer.
Pourquoi “des étrangers de Bruxelles” veulent-ils Bruxelles ?
La question est brutale, mais elle s’impose dans le débat public bruxellois.
Ni Bouchez ni De Wever ne sont issus du tissu politique bruxellois francophone traditionnel. Pourtant, ils veulent réformer, encadrer, voire diriger Bruxelles.
Deux lectures possibles :
Bruxelles comme symbole
Capitale, vitrine, point faible. Celui qui “répare” Bruxelles répare l’image du pays.Bruxelles comme levier politique
En attaquant la gouvernance bruxelloise, on parle à son électorat ailleurs, tout en imposant un rapport de force institutionnel.
Une chose est sûre
Bruxelles n’est plus seulement une Région.
Elle est devenue un dossier national explosif, un sujet de crédibilité européenne et un terrain de confrontation idéologique.
Et désormais, ce ne sont plus seulement les Bruxellois qui parlent de Bruxelles.
Ce sont ceux qui veulent la changer de l’extérieur.
Bruxelles Korner














































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