Bruxelles : un nouveau casting, mais un scénario inchangé ?
« Nouveau gouvernement bruxellois : changement réel ou simple redistribution des rôles ? »
Qui peut réellement faire la différence dans le nouveau gouvernement bruxellois ?
Par Kadir Duran | Bruxelles Korner

Après 613 jours d’impasse politique, Bruxelles dispose enfin d’un gouvernement. Mais derrière l’annonce officielle et la mise en scène institutionnelle, une question persiste : s’agit-il d’un véritable changement de cap, ou simplement d’une redistribution des rôles entre les mêmes acteurs ?
L’examen du casting révèle une réalité plus nuancée et potentiellement plus inquiétante pour ceux qui attendaient une rupture.
Une continuité structurelle : les piliers restent en place
La première observation est claire : plusieurs figures centrales demeurent inchangées.
Elke Van den Brandt (Groen) conserve la Mobilité, les Travaux publics et la Sécurité routière. Cela signifie que les orientations structurantes des dernières années — notamment les politiques liées à Good Move, la réduction de la place de la voiture et la transformation de l’espace urbain devraient se poursuivre sans rupture majeure.
Au Parlement, Bertin Mampaka (MR) reste président. Son maintien garantit une continuité institutionnelle et une gestion expérimentée des équilibres parlementaires, mais il ne constitue pas un facteur de transformation politique en soi.
Ces deux postes sont essentiels : ils incarnent la stabilité du système, mais aussi ses limites.
Le PS conserve des leviers sociaux stratégiques
Le Parti socialiste conserve des compétences structurantes dans l’architecture sociale et territoriale.
Ahmed Laaouej, nommé ministre de l’Action sociale et des Pouvoirs locaux, occupe une position clé. Ce portefeuille lui confère une influence directe sur les CPAS, les communes et les mécanismes d’aide sociale — soit l’ossature du modèle social bruxellois.
Karine Lalieux, en tant que secrétaire d’État au Logement et aux Infrastructures sportives, intervient dans un domaine explosif : la crise du logement. Bruxelles fait face à une pression démographique constante, une pénurie structurelle de logements accessibles et une hausse des loyers.
Ces nominations ne traduisent pas une rupture idéologique, mais une consolidation d’un modèle existant.
Laurent Hublet ( Les Engagés) : l’inconnu qui hérite de l’économie
La véritable nouveauté réside dans la nomination de Laurent Hublet comme ministre de l’Économie et de l’Emploi pour Les Engagés.
Son profil tranche avec les figures politiques traditionnelles. Peu connu du grand public et sans historique électoral majeur, il incarne une tentative de renouvellement technocratique.
Mais cette nomination pose une question centrale : peut-il peser dans un système dominé par des partis installés depuis des décennies ?
À Bruxelles, l’économie et l’emploi sont étroitement liés à des structures administratives lourdes, des équilibres communautaires et des contraintes budgétaires sévères. La marge de manœuvre réelle d’un nouveau venu dépendra moins de ses intentions que de sa capacité à naviguer dans cet écosystème complexe.
Dirk De Smedt aux Finances : le poste le plus critique du gouvernement pour ANDERS
Si un ministre peut réellement changer la trajectoire de Bruxelles, c’est celui du Budget.
Dirk De Smedt, en charge des Finances et du Budget, détient la clé de l’équilibre régional. Bruxelles fait face à :
une dette croissante,
une dépendance élevée aux transferts fédéraux,
une pression sociale intense,
et des investissements structurels nécessaires (mobilité, logement, rénovation).
Dans un système où chaque décision dépend du financement, le ministre du Budget est souvent plus déterminant que le ministre-président lui-même.
Boris Dillies (MR) : un ministre-président avec des pouvoirs limités
La nomination de Boris Dillies comme ministre-président soulève une question fondamentale sur la nature du pouvoir à Bruxelles.
Contrairement à un chef de gouvernement national, le ministre-président bruxellois est un coordinateur plus qu’un décideur souverain.
Son pouvoir est limité par :
l’équilibre entre partis,
le poids des communes,
la fragmentation institutionnelle,
et les contraintes budgétaires.
Bruxelles n’est pas un État centralisé. C’est une mosaïque de 19 communes, chacune dirigée par un bourgmestre disposant d’un pouvoir réel sur le terrain.
En pratique, les bourgmestres contrôlent des leviers essentiels : urbanisme, police locale, permis, fiscalité communale.
Cela signifie qu’aucune réforme majeure ne peut réussir sans leur adhésion.
Audrey Henry ( MR )et Ans Persoons ( VOORUIT) : des rôles structurants mais indirects
Les nominations comme Ans Persoons au Patrimoine, à la Rénovation urbaine et à l’Environnement participent à la gestion du tissu urbain, mais leur impact dépendra largement des arbitrages budgétaires.
Ces postes influencent la transformation physique de Bruxelles, mais rarement sa trajectoire politique globale.

La véritable conclusion : le système n’a pas changé
Le point central est le suivant : ce gouvernement ne représente pas une révolution politique. Il constitue un rééquilibrage interne du même système.
Les mêmes partis dominent. Les mêmes structures subsistent. Les mêmes contraintes persistent.
La différence ne viendra pas uniquement des ministres, mais de trois facteurs :
la capacité à rétablir la discipline budgétaire,
la coordination avec les communes,
et la volonté politique réelle de rompre avec les compromis permanents.
Sans ces éléments, le changement restera essentiellement nominal.
La vraie question n’est pas qui gouverne, mais qui décide réellement
Bruxelles fonctionne moins comme un gouvernement centralisé que comme une fédération de pouvoirs locaux.
Dans ce système, le ministre-président coordonne, les ministres arbitrent, mais les bourgmestres exécutent.
Et tant que cette réalité structurelle ne change pas, aucun casting, aussi renouvelé soit-il, ne pourra à lui seul redresser Bruxelles.
BONNES CHANCES !














































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