OPINION
Le Parlement belge, ou la République de la chaise musicale
Quand le pouvoir devient un jeu de déplacement permanent

La chaise musicale.
Un jeu d’enfance en apparence. Une métaphore politique en réalité.
Le principe est simple : la musique joue, les participants tournent autour des sièges, et lorsque le son s’arrête, chacun se précipite pour conserver une place. Un siège en moins, un éliminé de plus. Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul occupant.
Ce mécanisme, conçu comme un divertissement, semble aujourd’hui constituer une grille de lecture étonnamment pertinente du fonctionnement du pouvoir politique en Belgique.
La Belgique : un théâtre institutionnel permanent
La Belgique n’est pas une démocratie présidentielle. Elle est une démocratie parlementaire de coalition, ce qui implique une réalité structurelle : le pouvoir ne se conquiert pas seul, il se négocie en permanence.
Dans ce système :
Les électeurs votent pour des parlementaires ;
Les partis négocient entre eux pendant des semaines, parfois des mois ;
Les postes ministériels sont répartis selon des équilibres politiques, linguistiques et stratégiques ;
Et les acteurs changent régulièrement de fonction, sans nécessairement repasser par les urnes.
Ce phénomène produit une dynamique caractéristique : le pouvoir circule davantage qu’il ne s’enracine.
Un parlementaire devient ministre.
Un ministre devient bourgmestre.
Un bourgmestre devient président de parti.
Un président de parti redevient parlementaire.
La musique ne s’arrête jamais vraiment.
Le pouvoir comme mouvement, non comme mandat
Dans les systèmes politiques plus centralisés, le pouvoir repose souvent sur une figure dominante. En Belgique, au contraire, le pouvoir est fragmenté, partagé, et constamment redistribué.
Ce modèle repose sur trois réalités structurelles :
1. La logique des coalitions
Aucun parti ne gouverne seul. La majorité est toujours le produit d’un compromis.
2. La logique des équilibres communautaires
Chaque nomination doit respecter un équilibre entre francophones et néerlandophones.
3. La logique des partis
Les présidents de partis disposent d’un rôle déterminant dans la désignation des fonctions exécutives.
Ainsi, le vote populaire constitue une base, mais la répartition effective du pouvoir relève d’une architecture négociée.
Le Parlement comme scène, le gouvernement comme coulisse
La démocratie belge fonctionne selon une distinction fondamentale :
Le Parlement est la scène visible, où se tiennent les débats publics ;
Le gouvernement est l’espace exécutif, où se prennent les décisions ;
Les partis sont les véritables centres de gravité, où se négocient les équilibres.
Dans cette configuration, les acteurs politiques deviennent à la fois :
comédiens,
metteurs en scène,
et parfois scénaristes de leur propre trajectoire.
Le déplacement entre ces rôles est constant.
Une instabilité structurelle ou une stabilité sophistiquée ?
Ce système peut donner l’impression d’une instabilité permanente. Pourtant, il constitue aussi une forme de stabilité paradoxale.
La Belgique évite les ruptures brutales. Elle privilégie les transitions négociées.
Ce n’est pas une politique de conquête.
C’est une politique de positionnement.
Le pouvoir ne s’impose pas.
Il se redistribue.
Conclusion La musique continue
La chaise musicale n’est ni un film, ni un instrument dans le cas belge.
C’est une mécanique.
Une mécanique institutionnelle où le pouvoir circule, se déplace, se négocie et se recompose sans cesse.
Le Parlement belge n’est pas immobile.
Il est en mouvement permanent.
Et tant que la musique institutionnelle joue, les acteurs continueront à tourner autour des sièges.
Question centrale :
dans ce système, qui contrôle réellement la musique ?
Kadir Duran
Bruxelles Korner














































Yorum Yazın
Facebook Yorum