Pourquoi des ministres non élus gouvernent-ils Bruxelles et la Belgique ?
Légitimité démocratique indirecte ou fracture de perception ?
Par Kadir Duran | Bruxelles Korner

À chaque formation de gouvernement, la même question refait surface. Pourquoi des figures parfois absentes des listes électorales ou inconnues du grand public se retrouvent-elles à la tête de ministères stratégiques ? La réponse ne réside ni dans une anomalie démocratique ni dans une exception belge, mais dans le fonctionnement même du régime parlementaire.
Car en Belgique, le citoyen n’élit pas directement un gouvernement. Il élit un Parlement. Et c’est ce Parlement qui produit ensuite l’exécutif.
Le principe fondamental : la légitimité parlementaire, pas élective directe
Le système belge repose sur une chaîne de légitimité indirecte mais claire : les citoyens élisent des représentants, et ces représentants désignent un gouvernement.
Dans ce schéma, un ministre n’est pas titulaire d’un mandat électif direct. Il exerce une fonction exécutive issue d’une majorité parlementaire.
À Bruxelles, cette logique est explicite. Le gouvernement régional est élu par le Parlement bruxellois, lui-même élu par les citoyens. La légitimité des ministres est donc indirecte, mais institutionnelle.
Le cas emblématique de Boris Dilliès, ministre-président sans candidature en 2024
La nomination de Boris Dilliès (MR) comme ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale illustre parfaitement cette mécanique institutionnelle.
Boris Dilliès ne s’était pas présenté aux élections régionales de juin 2024. Pourtant, il dirige aujourd’hui l’exécutif bruxellois.
Cette situation est parfaitement conforme au droit belge.
Sa légitimité ne repose pas sur un mandat parlementaire personnel obtenu lors du dernier scrutin, mais sur la confiance accordée par la majorité parlementaire bruxelloise.
Il convient néanmoins de préciser que Boris Dilliès n’est pas un inconnu du suffrage. Bourgmestre d’Uccle depuis 2017, il dispose d’une légitimité électorale locale solide. Mais sa fonction actuelle de ministre-président résulte d’une désignation politique, non d’un vote direct des électeurs bruxellois pour cette fonction spécifique.
Une réalité répandue à tous les niveaux de pouvoir
Le cas de Boris Dilliès n’est pas isolé.
Plusieurs ministres actuels n’ont pas été élus directement lors du dernier scrutin :
Bernard Quintin siège comme ministre fédéral sans avoir été élu à la Chambre lors des dernières élections.
Rob Beenders exerce également une fonction ministérielle fédérale sans mandat parlementaire direct.
Cécile Neven est ministre au sein du gouvernement wallon.
Laurent Hublet est devenu ministre bruxellois après avoir été désigné par son parti.
Dans chacun de ces cas, la légitimité découle de la majorité parlementaire, non d’un vote individuel direct.
La logique des coalitions : stabilité avant personnalisation du vote
La Belgique fonctionne presque exclusivement par coalitions. La désignation des ministres répond donc à des équilibres complexes :
équilibre entre partis,
équilibre interne aux formations politiques,
équilibre linguistique,
équilibre stratégique et institutionnel.
Le critère déterminant devient la capacité à maintenir la stabilité gouvernementale, plus que la performance électorale personnelle.
Le paradoxe démocratique : légitimité juridique, défi politique
Sur le plan constitutionnel, aucune anomalie n’existe. Le système fonctionne conformément aux principes du régime parlementaire.
Mais sur le plan politique, la perception citoyenne est différente.
Un ministre non élu peut apparaître comme désigné en dehors du suffrage direct. Cette perception alimente un sentiment de distance entre le pouvoir exécutif et l’électeur.
Plus la désignation semble éloignée du vote, plus l’exécutif doit compenser par la performance et la transparence.
Le véritable centre du pouvoir reste le Parlement
Un ministre belge ne gouverne jamais seul. Il dépend en permanence de la confiance de la majorité parlementaire.
Le Parlement conserve le pouvoir réel : il contrôle, interroge, et peut renverser un gouvernement.
La légitimité démocratique reste donc intacte, mais elle s’exerce de manière indirecte.
Conclusion : Boris Dilliès, symbole d’un système légal mais politiquement sensible
La nomination de Boris Dilliès comme ministre-président sans candidature aux élections régionales illustre une réalité structurelle du système belge.
La démocratie parlementaire ne repose pas sur l’élection directe des exécutifs, mais sur la désignation par les représentants élus.
Ce modèle est légal, constitutionnel et largement répandu en Europe.
Mais il impose une exigence politique plus forte.
Car dans l’esprit du citoyen, la légitimité ne se décrète pas uniquement par les institutions.
Elle se construit aussi par le vote.
Et lorsque celui-ci semble indirect, la confiance devient la véritable monnaie du pouvoir.














































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