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Baïterek, l’arbre de vie devenu l’emblème d’Astana

Ana SayfaVideo GaleriVIDEO HABERLERI Baïterek, l’arbre de vie devenu l’emblème d’Astana

Baïterek, l’arbre de vie devenu l’emblème d’Astana

Entre mythologie des steppes, architecture monumentale et mémoire politique, Baïterek raconte la naissance de la capitale moderne du Kazakhstan.

Par Kadir Duran – Bruxelles Korner

Astana

L’histoire de l’empreinte de la main à Baïterek

L’empreinte présentée au sommet de la tour Baïterek est celle de la paume droite de Noursoultan Nazarbaïev, premier président du Kazakhstan, qui dirigea le pays de 1991 à 2019. Il ne s’agit donc ni d’un symbole religieux ni de la main d’un personnage issu de la légende de Samrouk.

Cette œuvre, réalisée en bronze doré, porte le nom kazakh « Ayaly Alaqan » — « Аялы алақан » — que l’on peut traduire par « la paume bienveillante », « la main protectrice » ou « la main attentionnée ». La traduction « mains bienveillantes », parfois employée, est moins précise, puisque le terme alaqan désigne spécifiquement la paume de la main.

Cette empreinte est aujourd’hui l’un des éléments les plus photographiés de Baïterek. Au fil des années, une tradition populaire s’est installée : les visiteurs posent leur propre main dans celle du premier président et formulent silencieusement un vœu.

Ce geste, devenu presque incontournable lors d’une visite à Astana, ne constitue pas un rite religieux kazakh. Il s’agit avant tout d’une pratique touristique et symbolique née autour du monument. En superposant sa main à celle de Nazarbaïev, le visiteur établit métaphoriquement un contact avec l’histoire contemporaine du Kazakhstan et avec la création de sa nouvelle capitale.

Mais pour comprendre toute la portée de cette empreinte, il faut revenir à l’histoire, à l’architecture et à la dimension mythologique de Baïterek.

Un monument au cœur de la capitale kazakhe

Au cœur d’Astana se dresse la tour Baïterek, l’un des monuments les plus reconnaissables du Kazakhstan. Bien plus qu’une prouesse architecturale ou une plateforme panoramique, elle incarne le récit d’un pays profondément attaché à ses racines nomades, mais résolument tourné vers la modernité.

Le projet fut lancé à l’initiative de Noursoultan Nazarbaïev. L’architecte kazakh Akmourza Roustembekov donna ensuite une forme monumentale à cette vision. Sa construction débuta en 1996 et s’acheva en 2002, quelques années après le transfert de la capitale d’Almaty à Astana.

Situé sur le boulevard Nourjol, au centre du nouveau quartier administratif, Baïterek devint rapidement l’incarnation architecturale de la nouvelle capitale et du Kazakhstan de l’après-indépendance.

Une architecture inspirée de l’arbre de vie

Le nom « Baïterek » peut être traduit par « grand peuplier » ou « arbre de vie ». L’architecture du monument s’inspire d’un ancien récit issu de la mythologie kazakhe, notamment associé à la légende du héros Er Töstik.

Selon cette tradition, Baïterek est un arbre cosmique reliant trois dimensions : le monde souterrain par ses racines, le monde des hommes par son tronc et le ciel par ses branches.

À son sommet, l’oiseau mythique Samrouk vient déposer un œuf d’or contenant le soleil, symbole de vie, de bonheur et de renouveau. Mais cet œuf est constamment menacé par Aïdahar, le dragon ou serpent du monde souterrain.

La confrontation entre Samrouk et Aïdahar représente le combat perpétuel entre la lumière et l’obscurité, la vie et le chaos, le renouveau et la destruction.

Baïterek transpose ainsi, au cœur du paysage urbain d’Astana, une vision du monde profondément enracinée dans l’imaginaire des peuples de la steppe.

Une sphère dorée dominant Astana

Haute de 105 mètres, la structure repose sur un ensemble de piliers métalliques blancs entrelacés, semblables aux branches d’un arbre gigantesque.

À son sommet se trouve une sphère dorée de 22 mètres de diamètre, pesant environ 300 tonnes. Constituée d’un verre spécial dont la couleur varie selon la lumière, elle représente l’œuf solaire déposé par Samrouk dans les branches de l’arbre de vie.

Lorsque le ciel et les conditions lumineuses changent, la sphère passe d’un or éclatant à des nuances plus cuivrées. Cette transformation renforce la dimension vivante du monument, comme si Baïterek évoluait au rythme de la lumière de la steppe.

Une plongée dans la culture kazakhe

La visite commence au pied de la tour, dans un espace consacré à l’histoire, à la civilisation et au patrimoine culturel du peuple kazakh.

Le visiteur peut notamment y découvrir une représentation du célèbre « Homme d’or », figure archéologique devenue l’un des symboles majeurs de l’identité nationale. Des instruments traditionnels, tels que la dombra et le kobyz, côtoient des bijoux en argent réalisés à la main et différents objets évoquant la vie des cavaliers, les traditions nomades et la mémoire des peuples de la steppe.

Deux ascenseurs conduisent ensuite les visiteurs jusqu’à la sphère dorée et à la plateforme panoramique située à 97 mètres de hauteur.

Ce chiffre n’a pas été choisi au hasard : il renvoie à 1997, année au cours de laquelle Astana devint officiellement la nouvelle capitale du Kazakhstan. La hauteur de la plateforme inscrit ainsi, dans l’architecture même du monument, le point de départ d’une nouvelle étape de l’histoire nationale.

Astana vue depuis la sphère dorée

Depuis le cœur de la sphère, les visiteurs bénéficient d’une vue spectaculaire sur Astana et sur l’axe monumental autour duquel la capitale moderne a été organisée.

Le panorama embrasse notamment le palais présidentiel d’Ak Orda, le Palais de la paix et de la réconciliation, reconnaissable à sa forme pyramidale, ainsi que Khan Shatyr, l’impressionnant complexe conçu sous la forme d’une tente géante.

Baïterek occupe ainsi une position centrale dans la géographie symbolique d’Astana. Depuis sa plateforme, le regard traverse les principales institutions politiques, culturelles et architecturales de la capitale.

La signification politique d’« Ayaly Alaqan »

L’empreinte de Noursoultan Nazarbaïev rappelle que celui-ci fut à l’origine du transfert de la capitale et du projet Baïterek. Elle fut conçue comme le symbole d’une nouvelle étape de l’histoire du Kazakhstan indépendant, mais également comme l’expression d’un engagement en faveur de la paix, de l’entente et de l’unité nationale.

La composition repose sur une évocation du Taïkazan, le grand chaudron traditionnel associé à la générosité, à l’hospitalité et à l’ouverture du peuple kazakh. Celui-ci est soutenu par trois éléments représentant l’indépendance, le travail créateur et la prospérité nationale.

Pourquoi la main droite ?

Les présentations officielles de Baïterek identifient clairement cette empreinte comme celle de la main droite du premier président. Elles ne fournissent cependant pas d’explication historique précise quant au choix de cette main.

Il serait donc imprudent de lui attribuer une signification religieuse ou traditionnelle officiellement établie. Sur le plan symbolique, la main droite peut néanmoins être interprétée comme celle de l’action, de l’engagement, de l’autorité et de la construction.

Dans la scénographie originelle de Baïterek, elle incarnait surtout l’intervention personnelle du dirigeant associé à la création de la nouvelle capitale.

Entre mémoire nationale et personnalisation du pouvoir

L’empreinte possède également une signification politique. Elle témoigne de la place centrale autrefois accordée à Noursoultan Nazarbaïev dans la construction du récit national kazakh.

Durant les premières décennies de l’indépendance, la naissance d’Astana, la modernisation du pays et la stabilité de l’État furent étroitement associées à sa personne. Ayaly Alaqan illustre ainsi la personnalisation du pouvoir et de la mémoire nationale qui caractérisa cette période.

Depuis le départ de Nazarbaïev de la présidence en 2019, l’empreinte demeure au sommet de Baïterek. Elle peut désormais être regardée comme le témoignage matériel d’une période fondatrice de l’histoire du Kazakhstan indépendant, au-delà de la personnalité politique qu’elle représente.

Baïterek, miroir du Kazakhstan contemporain

Baïterek réunit plusieurs dimensions de l’identité kazakhe : les mythes anciens de la steppe, les ambitions d’un État devenu indépendant en 1991, la naissance d’une nouvelle capitale et la mémoire politique d’une époque.

Son arbre métallique s’enracine symboliquement dans les traditions nomades, tandis que sa sphère dorée s’élève vers l’avenir. Cette alliance entre héritage et modernité explique pourquoi Baïterek demeure, plus de deux décennies après son inauguration, l’un des symboles les plus puissants d’Astana.

Dans le ciel immense de la capitale kazakhe, le monument continue de porter l’œuf d’or de Samrouk : une image de lumière, de renaissance et d’espérance pour une nation située au carrefour de l’Europe et de l’Asie.

 

https://youtube.com/shorts/EsPe1CRkeEU?is=BmcEnolGPHfrqD2m

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