Quoi de neuf cette semaine au Kazakhstan ?
Réformes constitutionnelles, afflux record d’investissements et pivot stratégique vers l’intelligence artificielle
Par Kadir Duran | Bruxelles Korner

Le Kazakhstan confirme, semaine après semaine, sa mutation accélérée vers un modèle politique modernisé, une économie ouverte aux capitaux internationaux et une stratégie assumée de repositionnement technologique mondial. Entre réforme constitutionnelle, offensive diplomatique et ambitions dans l’intelligence artificielle, Astana avance sur plusieurs fronts simultanément.
Une nouvelle Constitution pour refonder le système politique
Le projet de nouvelle Constitution kazakhe a été officiellement publié, marquant une étape décisive dans la réforme institutionnelle initiée par le président Kassym-Jomart Tokayev.
Le référendum national est fixé au 15 mars 2026, avec un objectif clair : restructurer l’architecture politique du pays et renforcer la stabilité institutionnelle.
Parmi les changements majeurs envisagés :
transformation du système parlementaire, avec un accent sur l’efficacité et la responsabilité,
intégration des propositions issues de milliers de contributions citoyennes et d’experts,
modernisation des mécanismes de gouvernance pour renforcer la légitimité démocratique.
Cette réforme s’inscrit dans la stratégie de Tokayev visant à construire un État plus résilient, moins dépendant des structures héritées de l’ère post-soviétique.
58 milliards de dollars d’investissements : le Kazakhstan attire les capitaux
Les flux de capitaux étrangers ont atteint 58 milliards de dollars en 2025, confirmant la montée en puissance du Kazakhstan comme hub économique régional.
Les indicateurs clés sont particulièrement révélateurs :
Investissements directs étrangers : 14,9 milliards USD (+10,9%)
Investissements totaux en capital fixe : +13%
Renforcement des investissements industriels et technologiques
Cette dynamique repose sur plusieurs facteurs structurels :
stabilité politique relative comparée à d’autres États post-soviétiques,
position géographique stratégique entre Chine, Russie et Europe,
développement du corridor trans-caspien (Middle Corridor),
politique proactive d’attraction des investisseurs internationaux.
Astana se positionne désormais comme un pivot logistique et financier majeur en Eurasie.
Du pétrole à l’intelligence artificielle : le pivot stratégique
Lors du World Government Summit 2026, le Kazakhstan a annoncé un repositionnement stratégique majeur : transformer son infrastructure énergétique en base pour l’économie numérique.
Objectif :
conversion des ressources énergétiques en infrastructures de calcul intensif,
développement de centres de données à haute performance,
coopération avec des acteurs technologiques internationaux, notamment NVIDIA,
création d’un écosystème régional d’intelligence artificielle.
Ce pivot vise à préparer l’après-hydrocarbures, en anticipant la transition vers une économie basée sur les données et les technologies avancées.
Soft power, culture et rayonnement international
Le Kazakhstan renforce également son influence culturelle et sportive :
La star mondiale Dimash Qudaibergen domine les audiences télévisées en Chine avec plus de 102 millions de vues,
Elena Rybakina atteint sa 400e victoire professionnelle, consolidant son statut parmi l’élite mondiale du tennis,
le sabreur Ruslan Kurbanov remporte l’or en Coupe du monde,
à Bruxelles, un événement culturel consacré au poète Mukagali Makatayev renforce les liens culturels entre le Kazakhstan et l’Europe.
Cette stratégie de soft power accompagne la transformation économique du pays.
Analyse Bruxelles Korner
Le Kazakhstan opère aujourd’hui une transformation multidimensionnelle structurée autour de trois axes fondamentaux :
1. Réforme politique pour stabiliser le pouvoir
La nouvelle Constitution vise à renforcer la prévisibilité institutionnelle, condition essentielle pour attirer les investisseurs.
2. Transition économique vers la diversification
Le pays réduit progressivement sa dépendance aux hydrocarbures en développant industrie, finance et technologie.
3. Projection stratégique vers l’économie du futur
Le pari sur l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques positionne le Kazakhstan comme futur hub technologique régional.
Bruxelles rend hommage à Mukagali Makatayev, voix éternelle de la steppe kazakhe

Bruxelles s’est transformée, le temps d’un instant, en pont poétique entre l’Europe et les steppes d’Asie centrale. À l’occasion du 95e anniversaire du poète kazakh Mukagali Makatayev, une cérémonie culturelle s’est tenue au Centre culturel kazakh de la capitale belge, réunissant plusieurs générations autour d’un héritage littéraire qui transcende les frontières.
Une poésie qui traverse les langues et les générations
L’événement a été marqué par des lectures de poèmes et des interprétations musicales, présentées en kazakh, français, anglais et néerlandais. Enfants, familles et passionnés de littérature se sont réunis pour faire revivre les mots d’un poète devenu figure nationale au Kazakhstan.
Ce choix multilingue n’est pas anodin. Il traduit une volonté claire : inscrire l’œuvre de Makatayev dans un dialogue interculturel et la rendre accessible à une audience internationale, au cœur même de l’Europe.
Mukagali Makatayev, mémoire et conscience d’un peuple
Considéré comme l’un des plus grands poètes kazakhs du XXe siècle, Mukagali Makatayev incarne une littérature profondément enracinée dans l’identité nationale. Ses écrits explorent des thèmes universels :
la relation à la terre et à la nature,
la mémoire collective,
l’âme nomade,
et la condition humaine face au temps et à l’histoire.
Son œuvre continue aujourd’hui d’inspirer une nouvelle génération, bien au-delà des frontières du Kazakhstan.
Bruxelles, carrefour culturel et diplomatique
La tenue de cet événement à Bruxelles souligne également le rôle croissant de la capitale européenne comme espace de diplomatie culturelle.
À travers la poésie, le Kazakhstan affirme sa présence culturelle en Europe, non pas par la puissance économique ou politique, mais par la transmission de son patrimoine immatériel.
Dans un monde dominé par les logiques géopolitiques et technologiques, cet hommage rappelle une réalité essentielle : la culture demeure l’un des vecteurs les plus durables d’influence et de dialogue entre les nations.
Le saviez-vous ? La yourte, cœur vivant de l’identité nomade kazakhe
Bien plus qu’un simple habitat, la yourte incarne l’essence même de la civilisation nomade kazakhe. Utilisée depuis des siècles par les peuples des steppes d’Asie centrale, elle symbolise un mode de vie fondé sur la mobilité, l’adaptation et l’harmonie avec la nature.
Une architecture conçue pour le mouvement
La yourte repose sur une structure ingénieuse :
une armature circulaire en bois,
recouverte de feutre isolant, fabriqué à partir de laine,
démontable et transportable en quelques heures seulement.
Cette conception permettait aux nomades de suivre les cycles saisonniers, les pâturages et les conditions climatiques à travers les vastes steppes du Kazakhstan.
Un espace chargé de symboles
L’intérieur de la yourte n’est pas un simple lieu de vie. Il représente un univers codifié :
le shanyrak, ouverture circulaire au sommet, symbolise le ciel et la continuité familiale,
les ornements et motifs colorés reflètent l’histoire, la nature et les traditions,
l’organisation intérieure traduit la structure sociale et familiale.
La yourte est à la fois maison, lieu de transmission et espace spirituel.
Une tradition toujours vivante
Aujourd’hui, malgré l’urbanisation rapide, la yourte conserve une place centrale dans la culture kazakhe. Elle est utilisée lors :
des festivals nationaux,
des cérémonies traditionnelles,
des événements culturels et diplomatiques, y compris en Europe.
Elle incarne une continuité historique rare : celle d’un peuple dont l’identité s’est construite dans le mouvement plutôt que dans l’enracinement territorial.
Symbole national et héritage civilisationnel
Au Kazakhstan, la yourte dépasse sa fonction matérielle. Elle est devenue un symbole national, présent dans l’imaginaire collectif et même dans les représentations officielles.
Dans un monde dominé par la sédentarisation et la modernité, la yourte rappelle que certaines civilisations ont bâti leur puissance non pas sur des murs, mais sur leur capacité à se déplacer, à s’adapter et à survivre.
Conclusion
Le Kazakhstan ne se contente plus d’être un exportateur de pétrole et de matières premières. Le pays se redéfinit comme une puissance émergente technologique et géopolitique en Eurasie.
La question n’est plus de savoir si le Kazakhstan va changer, mais à quelle vitesse il deviendra un acteur incontournable de l’équilibre économique entre l’Europe et l’Asie.
Kadir Duran
Bruxelles Korner







Bruxelles | La poésie kazakhe à l’honneur au Centre culturel dont Mukagali Makatayev au cœur de la programmation 



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