Quoi de neuf au Kazakhstan ?
Newsletter | Analyse stratégique – 10 février 2026
Par Kadir Duran | Bruxelles Korner
Le discours du président Kassym-Jomart Tokayev lors de la réunion élargie du gouvernement marque un tournant structurel. Plus qu’un simple exercice institutionnel, cette intervention trace les contours d’une refondation politique, économique et technologique. Le Kazakhstan ne se contente plus d’ajuster son modèle : il cherche à redéfinir sa trajectoire dans un monde fragmenté, dominé par la compétition technologique et la recomposition géopolitique.
Voici les axes majeurs à retenir.
1. Référendum constitutionnel : une refondation politique sous contrôle
Le décret présidentiel convoquant un référendum constitutionnel le 15 mars 2026 constitue l’annonce la plus structurante. L’objectif officiel est clair : adopter une nouvelle Constitution.
Enjeu réel : verrouiller la stabilité institutionnelle
Cette réforme poursuit plusieurs objectifs stratégiques :
Clarifier les mécanismes de succession politique
Renforcer la légitimité institutionnelle
Consolider l’architecture de l’État post-Nazarbayev
Prévenir toute instabilité interne dans un environnement régional volatile
Il s’agit d’un instrument de stabilisation à long terme, comparable aux réformes constitutionnelles menées dans d’autres États émergents cherchant à sécuriser leur transition politique.
Lecture stratégique :
Le Kazakhstan cherche à passer d’un modèle présidentiel personnalisé à un système institutionnel plus formalisé et résilient.
2. Transformation économique : sortie définitive de la dépendance aux matières premières
Face aux incertitudes mondiales, Astana accélère sa mutation économique. Le diagnostic est lucide : le modèle basé sur les hydrocarbures atteint ses limites.
Priorités définies par Tokayev :
Augmenter la productivité nationale
Contrôler l’inflation
Optimiser l’efficacité budgétaire
Renforcer l’entrepreneuriat
Développer les infrastructures stratégiques
L’objectif est clair : passer d’une économie extractive à une économie de valeur.
Ce que cela signifie concrètement :
Le Kazakhstan veut devenir une plateforme industrielle et technologique eurasiatique.
3. Offensive pour attirer les investissements technologiques internationaux
Le Kazakhstan entre dans une phase active de compétition pour attirer des investissements de haute qualité.
Secteurs ciblés :
Intelligence artificielle
Technologies numériques
Innovation industrielle
Services technologiques
La stratégie repose sur :
Un environnement favorable aux investisseurs
Des partenariats avec des entreprises technologiques globales
La création d’écosystèmes d’innovation
Objectif final :
Positionner le Kazakhstan comme hub technologique entre l’Europe et l’Asie.
4. Infrastructure numérique : colonne vertébrale du nouveau modèle
Le développement de l’économie numérique repose sur un facteur critique : la connectivité.
Le gouvernement a identifié plusieurs priorités :
Extension de l’Internet haut débit à l’ensemble du territoire
Renforcement de la fiabilité des réseaux
Digitalisation des services publics
Réduction de la fracture numérique
Cette politique vise autant l’efficacité économique que la cohésion territoriale.

5. Digitalisation totale du système fiscal : révolution administrative
L’annonce de la digitalisation complète du système fiscal est l’une des réformes les plus structurantes.
Objectifs :
Augmenter la transparence
Réduire la fraude fiscale
Simplifier les interactions avec les contribuables
Moderniser l’administration
Conséquence majeure :
Création d’un État fiscal numérique.
Ce modèle rapproche le Kazakhstan des standards des États les plus avancés en matière de gouvernance numérique, comme l’Estonie ou Singapour.
6. Nouvelle Constitution : consolidation du contrat entre État et citoyens
La nouvelle Constitution vise officiellement à :
Renforcer la protection des droits des citoyens
Moderniser le système juridique
Améliorer la gouvernance
Renforcer les mécanismes institutionnels
Mais au-delà du discours officiel, cette réforme permet également de structurer durablement l’autorité de l’État.
7. Alatau City : création d’un nouveau pôle urbain stratégique
Le Kazakhstan prévoit d’accorder officiellement le statut de ville à Alatau d’ici juin 2026.
Objectifs :
Créer un nouveau centre économique
Attirer les investissements
Développer des infrastructures modernes
Stimuler la croissance régionale
Il s’agit d’une stratégie classique de développement par la création de pôles urbains planifiés, comparable à Astana elle-même dans les années 2000.
Analyse Bruxelles Korner
Le Kazakhstan entre dans une nouvelle phase de consolidation stratégique
Trois conclusions majeures se dégagent :
1. Consolidation politique maîtrisée
Le référendum constitutionnel vise à sécuriser la stabilité institutionnelle sur le long terme.
2. Mutation économique accélérée
Le Kazakhstan cherche à sortir définitivement de sa dépendance aux ressources naturelles pour entrer dans l’économie technologique.
3. Construction d’un État numérique moderne
La digitalisation fiscale et l’investissement dans les infrastructures numériques montrent une volonté claire de modernisation.
Conclusion : un repositionnement stratégique eurasiatique
Le Kazakhstan ne se contente plus d’être un exportateur de pétrole et de matières premières.
Il cherche à devenir :
un hub technologique
un centre d’investissement
un État numériquement avancé
un acteur géopolitique stable et attractif
Dans un monde fragmenté, Astana poursuit une stratégie méthodique : consolider l’État, moderniser l’économie et attirer le capital international.
La réforme constitutionnelle du 15 mars 2026 pourrait marquer le début d’un nouveau cycle politique.










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