Bruxelles : 615 jours plus tard, le nouveau gouvernement prête serment et ouvre une nouvelle séquence politique
Après 615 jours de paralysie institutionnelle, Bruxelles a officiellement retrouvé un gouvernement de plein exercice. Ce samedi matin, dans l’hémicycle du Parlement régional, le nouveau ministre-président Boris Dilliès et les membres de son exécutif ont prêté serment, scellant juridiquement la fin d’une crise politique d’une durée exceptionnelle.

La cérémonie, organisée dès 8 heures, répondait à une exigence protocolaire : permettre au ministre-président de se rendre ensuite au Palais Royal afin de prêter serment devant le Roi, étape constitutionnelle indispensable à l’entrée en fonction complète du gouvernement régional.
Tour à tour, les membres du nouvel exécutif ont juré fidélité au Roi, obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge, dans un hémicycle rempli d’observateurs, de collaborateurs et de soutiens politiques.
Une nouvelle architecture exécutive aux équilibres complexes
Boris Dilliès est le nouveau ministre-président du gouvernement bruxellois.
Dans l’ordre protocolaire, plusieurs figures clés ont confirmé leur entrée en fonction :
• Elke Van den Brandt, en charge notamment de la Mobilité et des Travaux publics
• Ahmed Laaouej, responsable des Pouvoirs locaux, de l’Action sociale et de l’Égalité
• Dirk De Smedt, aux Finances et au Budget
• Laurent Hublet, à l’Économie et à l’Emploi
Au niveau des secrétariats d’État, plusieurs nominations structurantes viennent compléter l’architecture gouvernementale :
• Audrey Henry, désignée secrétaire d’État à l’Urbanisme et à la Propreté
• Karine Lalieux, chargée du Logement, des Taxis et des Infrastructures sportives
• Ans Persoons, secrétaire d’État au Patrimoine, à la Rénovation urbaine et à l’Environnement
Ces compétences couvrent des secteurs stratégiques, notamment dans un contexte de crise du logement, de pression environnementale et de mutation urbaine accélérée.
Le cas du CD&V : un partenaire sans portefeuille, mais pas sans influence
Un élément politique notable réside dans la position du CD&V. Bien que le parti ait participé activement aux négociations et validé l’accord gouvernemental en interne, il ne disposera ni de poste ministériel ni de secrétariat d’État.
Toutefois, son représentant, Benjamin Dalle, sera régulièrement invité à participer aux réunions du gouvernement.
Cette formule hybride révèle une réalité politique plus subtile : une participation indirecte au pouvoir, sans responsabilité exécutive formelle, permettant au parti d’exercer une influence sans en assumer pleinement les contraintes institutionnelles.
Un effet domino politique immédiat : Uccle change de bourgmestre
La nomination de Boris Dilliès à la tête du gouvernement régional entraîne une conséquence directe au niveau local.
À Uccle, il sera remplacé par Valentine Delwart, qui lui succédera comme bourgmestre.
Ce transfert illustre un phénomène structurel du système politique belge : la circulation permanente des mandats entre les niveaux communal, régional et fédéral, consolidant des réseaux d’influence imbriqués.
La fin du blocage, le début du test de crédibilité
Si la prestation de serment met officiellement fin à 615 jours de paralysie, elle ouvre surtout une phase plus exigeante : celle de l’exercice réel du pouvoir.
Le nouveau gouvernement hérite d’une Région confrontée à des défis majeurs :
• un déficit budgétaire structurel préoccupant,
• une administration appelée à subir des réformes profondes,
• une pression sociale et économique croissante,
• et une confiance citoyenne fragilisée par près de deux années d’immobilisme politique.
La séquence symbolique est désormais terminée. La séquence politique, elle, commence à peine.
À Bruxelles, après 615 jours d’attente, le véritable jugement ne portera plus sur la capacité à former un gouvernement, mais sur sa capacité à gouverner.
Kadir Duran | Bruxelles Korner










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