Une entrepreneuse belgo-turque raconte l’envers humain de la Mission économique royale en Turquie
« Derrière chaque dossier administratif, il y a un projet de vie »
À bord d’un bateau naviguant sur le Bosphore, dans le cadre de la Mission économique royale belge en Turquie, une voix a particulièrement retenu l’attention des participants. Celle de Belma Tek, entrepreneuse belgo-turque et Présidente des Engagés à Evere, venue partager un témoignage mêlant mémoire migratoire, engagement politique local, entrepreneuriat, diplomatie économique et réalité humaine du terrain.

Son intervention, loin des discours institutionnels classiques, a rappelé une évidence souvent oubliée dans les grandes missions économiques : derrière les contrats, les investissements et les chiffres, il y a des parcours humains.
Belma Tek a commencé par remercier les organisateurs de cette mission économique belge en Turquie, saluant une initiative permettant « la rencontre, la coopération et la création de ponts entre les entreprises belges et turques ».
Mais très vite, son récit a pris une dimension plus personnelle.
Une trajectoire entre la Belgique et la Turquie
Belma Tek n’est pas une nouvelle venue dans les relations économiques belgo-turques. Dès les années 1990, elle travaille pendant près de dix ans pour la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise en Turquie, où elle occupe notamment le poste d’assistante du président.
Elle participe ensuite à l’organisation de la mission économique du Prince Philippe en 1998, à une époque où les relations économiques entre Bruxelles et Ankara cherchaient déjà à se structurer autour d’une coopération plus ambitieuse.
Après son retour en Belgique, elle poursuit son parcours au sein de la Fédération des chambres de commerce, tout en travaillant pendant plus de trente ans au ministère belge des Affaires étrangères.
Une double expérience institutionnelle, diplomatique et associative qui lui permettra de développer une connaissance approfondie des relations économiques internationales ainsi qu’une forte proximité avec les réalités humaines du terrain.

Une approche humaine de l’accompagnement administratif
Dans son intervention, Belma Tek a insisté sur une réalité rarement évoquée publiquement : celle des indépendants, PME et particuliers confrontés à une administration toujours plus complexe.
Selon elle, l’administration n’est pas simplement une question de formulaires ou de procédures :
« Derrière chaque dossier, il n’y a pas seulement des chiffres ou des formalités, mais un véritable projet de vie. »
Elle évoque notamment des situations concrètes de personnes dépassées par les démarches administratives les plus simples : prise de rendez-vous communaux, formalités numériques ou compréhension des procédures institutionnelles.
Une réalité qui touche autant certains particuliers fragilisés que de nombreux petits entrepreneurs.
La fracture administrative : un enjeu silencieux
Le témoignage de Belma Tek met indirectement en lumière un problème croissant en Belgique : la fracture administrative et numérique.
À mesure que les institutions digitalisent leurs services, une partie de la population se retrouve exclue des démarches élémentaires.
Dans ce contexte, l’accompagnement humain devient essentiel.
Belma Tek insiste d’ailleurs sur l’importance de la confiance, de l’écoute et de la proximité dans l’accompagnement des citoyens et entrepreneurs.
Une approche qui rejoint également son engagement local comme Présidente des Engagés à Evere, où les questions de proximité et de cohésion sociale occupent une place importante.

La dimension géopolitique des missions économiques
Son intervention dépasse cependant le simple cadre entrepreneurial ou administratif.
En rappelant sa participation à la mission économique organisée à Eskişehir en octobre 2025 avec hub.brussels, Belma Tek souligne l’importance stratégique croissante des relations économiques entre la Belgique et la Turquie.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les relocalisations industrielles et la reconfiguration des chaînes logistiques mondiales, la Turquie apparaît de plus en plus comme un partenaire stratégique pour l’Europe.
La Mission économique royale menée en présence de la Reine Mathilde illustre précisément cette volonté belge de renforcer ses liens avec Ankara dans des secteurs clés : industrie, innovation, logistique, numérique et services.
« Continuer à créer des ponts »
Dans la conclusion de son discours, Belma Tek a tenu à remercier les institutions régionales et fédérales belges — hub.brussels, l’AWEX, le FIT et les chambres de commerce pour leur rôle dans le soutien aux entreprises à l’international.
Mais surtout, elle a lancé un message politique discret mais clair :
« J’espère que ces missions continueront. »
Une phrase simple, mais révélatrice d’une réalité plus profonde : dans un monde fragmenté, les missions économiques ne servent plus uniquement à signer des contrats. Elles servent aussi à maintenir des réseaux, des relations humaines et des passerelles diplomatiques entre les sociétés.
Et parfois, ce sont justement les témoignages les plus humains qui traduisent le mieux l’importance réelle de ces missions.
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner





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