Schaerbeek : le départ d’Audrey Henry ouvre une guerre de légitimité entre le MR et le PS
Schaerbeek, fracture politique ouverte : la promotion d’Audrey Henry redessine déjà la bataille de 2028
Par Kadir Duran | Bruxelles Korner

À Schaerbeek, la nomination d’Audrey Henry (MR) comme secrétaire d’État bruxelloise à l’Urbanisme et à la Propreté n’est pas une simple évolution de carrière. Elle constitue un événement politique structurant, qui reconfigure les équilibres locaux et ouvre, de facto, la bataille pour le mayorat de 2028.
Ce qui aurait pu apparaître comme une promotion logique dans l’architecture institutionnelle bruxelloise s’est transformé en révélateur d’une tension plus profonde : celle qui oppose la légitimité locale au pouvoir régional, et l’engagement territorial à la stratégie politique ascendante.

Car à Schaerbeek, la question n’est plus seulement de savoir qui gouverne aujourd’hui. Elle est de savoir qui incarne l’avenir.
240 jours pour conquérir le mayorat, un an pour le quitter

Le contexte rend cette transition particulièrement sensible. Il aura fallu plus de 240 jours de négociations pour former une majorité communale après les élections. Durant ces discussions, le MR avait fait du mayorat une exigence centrale, obtenant finalement la fonction pour Audrey Henry dans le cadre d’un accord de partage du pouvoir avec le PS.
Cet accord prévoyait une alternance : le MR dirigerait la commune dans un premier temps, avant de céder l’écharpe mayorale au socialiste Hasan Koyuncu en février 2028.
La nomination d’Audrey Henry au gouvernement régional, moins d’un an après son accession au mayorat, bouleverse cet équilibre fragile.
Pour le Parti Socialiste schaerbeekois, le signal est clair. Dans ses communications, le PS affirme que « Schaerbeek n’est pas un second choix » et que les citoyens « méritent des élus qui s’engagent à temps plein ». La formule la plus marquante résume l’accusation :
« Il y a ceux qui servent Schaerbeek et ceux qui se servent de Schaerbeek. »

Au-delà de la critique partisane, c’est la question de la fidélité au mandat local qui est posée.
La défense du MR : renforcer Schaerbeek depuis la Région

Face à ces accusations, Audrey Henry assume pleinement sa décision. Dans sa déclaration, elle rejette toute logique opportuniste et affirme que son engagement envers Schaerbeek demeure intact.
Son argument central repose sur une réalité institutionnelle : les compétences qui lui sont confiées urbanisme, développement territorial, propreté font partie des leviers les plus déterminants pour l’avenir des communes bruxelloises.
Autrement dit, le pouvoir régional permet d’agir à une échelle plus large et plus structurante.
Sa formule est révélatrice :
« Schaerbeek a besoin de relais. »

Elle redéfinit ainsi sa fonction : non plus comme exécutante locale, mais comme représentante schaerbeekoise au cœur du centre décisionnel régional.
Cette approche s’inscrit dans une logique verticale du pouvoir, où le niveau régional constitue le véritable moteur des transformations urbaines.
Mais cette vision se heurte à une perception différente chez certains partenaires et électeurs, pour qui la légitimité politique repose d’abord sur la continuité et la présence locale.
Une commune confrontée à une instabilité politique structurelle
La conséquence immédiate est une séquence institutionnelle inédite. Martin de Brabant (MR) devient bourgmestre faisant fonction, dans l’attente de la transition prévue vers Hasan Koyuncu en 2028.

En une seule mandature, Schaerbeek pourrait ainsi connaître trois bourgmestres successifs.
Cette succession accélérée fragilise la perception de stabilité politique et alimente le malaise exprimé par plusieurs partenaires de majorité, certains évoquant une situation « abracadabrantesque ».
Ce contraste est particulièrement frappant lorsqu’on le compare à d’autres communes bruxelloises comme Uccle, où la transition vers le niveau régional s’est opérée sans remise en cause majeure de la stabilité locale.
À Schaerbeek, l’équilibre politique repose sur une architecture plus fragile, où chaque mouvement produit des effets immédiats.
Hasan Koyuncu transforme la crise en opportunité politique

Dans ce contexte, Hasan Koyuncu adopte une stratégie de projection particulièrement maîtrisée. Sa déclaration est concise, mais politiquement significative :
« Schaerbeek mérite un Bourgmestre fidèle et à plein temps. Je suis disponible pour les Schaerbeekois. Rendez-vous en février 2028. »

Sans provoquer de rupture institutionnelle, le chef de file socialiste se positionne déjà comme l’incarnation future de la stabilité locale.
Sa stratégie repose sur un principe simple : laisser le temps renforcer sa légitimité.
Le MR conserve le pouvoir institutionnel à court terme. Mais le PS construit un avantage politique à moyen terme, en occupant le terrain symbolique de la fidélité et de la continuité.
La bataille ne se joue plus uniquement dans les institutions, mais dans la perception publique.

Schaerbeek, miroir des contradictions du système bruxellois
Au-delà des rivalités partisanes, cette séquence révèle une réalité plus profonde du système politique bruxellois.
Le niveau communal incarne la proximité démocratique. Le niveau régional concentre les leviers stratégiques.
Cette dualité crée une tension structurelle.
Lorsqu’un bourgmestre accède rapidement à une fonction régionale, cette tension devient visible. Le mandat local apparaît à la fois comme une responsabilité et comme un point de passage.
Deux visions du pouvoir s’affrontent désormais clairement :
celle du MR, qui privilégie l’influence régionale comme levier d’action
celle du PS, qui valorise la continuité territoriale comme fondement de la légitimité
Cette opposition dépasse le cadre schaerbeekois. Elle illustre une mutation plus large du pouvoir à Bruxelles.
Une certitude politique : la bataille de 2028 a déjà commencé
Institutionnellement, la majorité tient. L’accord est respecté. La transition est organisée.
Mais politiquement, une nouvelle séquence est ouverte.
Le départ d’Audrey Henry a créé un vide symbolique que Hasan Koyuncu s’emploie déjà à combler. Le MR conserve la fonction. Le PS prépare la succession.
À Schaerbeek, le pouvoir se joue désormais sur deux temporalités : le présent institutionnel et l’avenir politique.
Car dans une commune où la stabilité est devenue un enjeu central, une réalité s’impose déjà :
la transition de 2028 ne sera pas seulement un passage de témoin. Elle sera un test de légitimité.










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