INTERVIEW | Malaisie–Égypte : le commerce bilatéral se tourne vers les industries à forte valeur ajoutée
Amr Yehia – Bruxelles Korner
13 septembre 2026

Après avoir atteint un niveau record de 718 millions de dollars d’échanges bilatéraux en 2025, les relations économiques entre l’Égypte et la Malaisie entrent dans une nouvelle phase. Le modèle traditionnel, longtemps dominé par les échanges de matières premières et de produits de base, évolue désormais vers les technologies, la production industrielle conjointe, l’intégration des chaînes d’approvisionnement et les investissements croisés.
Dans un entretien consacré à cette nouvelle dynamique, Mohd Khairy Maidin, commissaire au commerce de la Malaysia External Trade Development Corporation (MATRADE) au Caire, explique les priorités de Kuala Lumpur et les perspectives qui s’ouvrent aux entreprises des deux pays.
De simples échanges commerciaux à la production industrielle
Pour Mohd Khairy Maidin, le chiffre de 718 millions de dollars enregistré en 2025 illustre la solidité des relations économiques entre l’Égypte et la Malaisie. Mais le changement le plus important est, selon lui, qualitatif.
L’un des exemples les plus significatifs est le développement à Gizeh d’une unité d’assemblage automobile Proton Saga en CKD, dans le cadre d’un partenariat avec Ezz Elarab Elsewedy Automotive Factories – ESAF.
Cette coopération marque une évolution stratégique : les deux pays ne veulent plus simplement acheter et vendre des marchandises. Ils cherchent désormais à partager des technologies, des capacités industrielles et du savoir-faire.
L’huile de palme demeure un élément important des exportations malaisiennes, mais d’autres secteurs progressent rapidement, notamment l’électronique, les équipements électriques, les composants automobiles et les machines industrielles. (Bruxelles Korner Blog)
Automobile, semi-conducteurs et technologies vertes
Du côté malaisien, MATRADE identifie plusieurs secteurs disposant d’un potentiel immédiat sur le marché égyptien.
L’expansion de Proton pourrait notamment ouvrir la voie aux équipementiers automobiles malaisiens de premier et deuxième rang. L’Égypte pourrait progressivement devenir une plateforme de production et d’approvisionnement pour ces entreprises.
La Malaisie souhaite également renforcer sa présence dans :
les équipements électriques et électroniques ;
les semi-conducteurs ;
les technologies de fabrication intelligente ;
les équipements solaires ;
les technologies environnementales ;
les produits halal à forte valeur ajoutée.
En sens inverse, l’Égypte possède plusieurs avantages complémentaires. Elle dispose notamment d'une industrie importante dans les engrais et les produits agrochimiques, utiles aux secteurs agricoles et aux plantations malaisiennes.
Les exportations égyptiennes de produits agricoles, notamment les agrumes et les dattes, intéressent également le marché malaisien. Les produits pétroliers font eux aussi partie des secteurs étudiés dans le cadre de la diversification énergétique de Kuala Lumpur. (Bruxelles Korner Blog)
Les mégaprojets égyptiens intéressent les entreprises malaisiennes
La transformation urbaine de l’Égypte constitue un autre axe majeur.
La Malaisie dispose elle-même d'une expérience dans la création de nouvelles villes et de pôles technologiques, notamment Putrajaya, son centre administratif, et Cyberjaya, développée autour des technologies numériques.
Les entreprises malaisiennes souhaitent donc participer aux projets égyptiens non seulement comme fournisseurs ou entrepreneurs, mais comme partenaires à long terme.
Les secteurs envisagés comprennent notamment les matériaux de construction spécialisés, le verre architectural, le bois durable et les systèmes d’isolation adaptés aux climats désertiques.
MATRADE cherche également à favoriser des coentreprises entre entreprises technologiques malaisiennes et groupes d’ingénierie égyptiens.
L’objectif est notamment de développer des solutions liées à l’Internet des objets (IoT), aux transports intelligents et à la gestion numérique des villes tout en favorisant un transfert de compétences vers l’économie égyptienne. (Bruxelles Korner Blog)
Égypte et Malaisie : deux portes d’entrée vers deux grands marchés
L’une des dimensions les plus intéressantes de cette coopération réside dans la position géographique des deux pays.
L’Égypte peut servir de plateforme vers l’Afrique grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf/AfCFTA).
La Malaisie, de son côté, constitue une porte d’entrée vers l’ASEAN et les économies d’Asie du Sud-Est.
MATRADE défend donc une stratégie de « double passerelle ».
Pour les entreprises malaisiennes, l’Égypte ne doit plus être considérée uniquement comme un marché de plus de 100 millions de consommateurs, mais également comme une base industrielle susceptible d'alimenter les marchés africains.
L’usine Proton de Gizeh illustre cette logique. Elle se prépare, selon le commissaire au commerce, à exporter des véhicules assemblés en Égypte vers l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.
Parallèlement, les entreprises égyptiennes pourraient utiliser les infrastructures portuaires et logistiques de Malaisie comme plateforme de redistribution vers le marché de l’ASEAN. (Bruxelles Korner Blog)

Les obstacles : devises, douanes et bureaucratie
Cette évolution ne signifie toutefois pas que tous les obstacles ont disparu.
Mohd Khairy Maidin identifie plusieurs difficultés opérationnelles :
la volatilité des monnaies, les contraintes liées à l’accès aux devises étrangères et la complexité des procédures et documents douaniers.
Pour réduire ces difficultés, plusieurs mécanismes sont envisagés.
Les deux pays étudient notamment des systèmes alternatifs de règlement des échanges, y compris l’utilisation de monnaies locales ou certaines formes structurées de compensation commerciale.
Dans le domaine halal, la Malaisie souhaite également améliorer la reconnaissance réciproque entre son organisme de certification JAKIM et les institutions égyptiennes afin d’éviter les doubles procédures de certification.
Une autre piste concerne la numérisation des procédures commerciales.
MATRADE défend notamment la mise en place de corridors commerciaux numériques utilisant potentiellement la blockchain, afin de réduire la documentation papier et d’accélérer les opérations portuaires et douanières. (Bruxelles Korner Blog)
Objectif : une croissance commerciale de 10 à 15 % par an
MATRADE souhaite maintenir une progression annuelle des échanges commerciaux de l’ordre de 10 à 15 %.
Mais pour son représentant au Caire, la nature de cette croissance est plus importante encore que son volume.
L’objectif est d’augmenter le poids des industries technologiques et des secteurs à forte valeur ajoutée plutôt que de dépendre essentiellement des matières premières.
Une autre priorité concerne les investissements directs étrangers.
Kuala Lumpur souhaite voir davantage de capitaux privés et souverains égyptiens investir dans les parcs technologiques et les pôles halal malaisiens, parallèlement aux investissements malaisiens en Égypte.
Les technologies numériques constituent également un axe prioritaire.
La Malaisie veut notamment proposer à l’Égypte ses compétences dans les domaines du Software-as-a-Service (SaaS), de la cybersécurité et de la finance islamique numérique. (Bruxelles Korner Blog)
MIHAS 2026 : l’intelligence artificielle entre dans l’économie halal
Cette coopération devrait également être visible lors de la 22e édition du Malaysia International Halal Showcase – MIHAS 2026, organisée du 23 au 26 septembre à Kuala Lumpur.
Le salon ambitionne de renforcer le rôle de la Malaisie comme plateforme internationale de l’économie halal.
L’édition 2026 met notamment l’accent sur la confiance, la gouvernance et les technologies appliquées au commerce international.
Pour la première fois, l’intelligence artificielle disposera d’un secteur spécifique au sein du salon.
Une importante participation égyptienne est attendue, notamment dans les secteurs pharmaceutique, cosmétique, alimentaire et de la mode.
Grâce au programme international de sourcing de MATRADE, les entreprises égyptiennes peuvent être mises directement en relation avec des acheteurs internationaux sélectionnés.
L’enjeu dépasse donc largement le seul marché malaisien : MIHAS permet aux entreprises participantes d’accéder à des acheteurs provenant de plus de 80 pays et de se positionner sur une économie halal mondiale estimée à plusieurs milliers de milliards de dollars. (Bruxelles Korner Blog)
Une relation économique qui change de dimension
La relation entre Le Caire et Kuala Lumpur semble ainsi franchir une nouvelle étape.
L’enjeu n’est plus seulement d’augmenter les statistiques commerciales, mais de construire des chaînes de valeur communes reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est.
Automobile, électronique, villes intelligentes, cybersécurité, finance islamique, technologies vertes et économie halal pourraient devenir les nouveaux piliers de ce rapprochement.
Pour l’Égypte comme pour la Malaisie, la véritable ambition est désormais claire : passer du commerce de marchandises à une coopération industrielle et technologique structurée.







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