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La baleine de la presse belge s’appelle Rossel

La baleine de la presse belge s’appelle Rossel

La baleine de la presse belge s’appelle Rossel

Le géant francophone s’impose désormais aussi en Flandre

Par Kadir Duran – Bruxelles Korner

Un tournant historique pour la presse belge

C’est un véritable séisme médiatique qui a secoué la Belgique en juin 2025 : le groupe Rossel, déjà leader du paysage francophone, a absorbé la branche presse écrite du groupe IPM.

Avec ce rapprochement, un acteur unique concentre désormais sous une même bannière l’essentiel de la presse quotidienne francophone : Le Soir, Sudinfo, La Libre, La DH, sans oublier L’Avenir, Paris Match Belgique et Moustique.

Jamais auparavant un groupe privé n’avait détenu un tel poids dans l’information écrite en Belgique.

IPM recentré sur l’audiovisuel

IPM, qui perd son rôle de deuxième pilier francophone, conserve néanmoins un socle stratégique dans l’audiovisuel et le numérique :

• LN24, la chaîne d’info en continu,

• LN Radio,

• FUN Radio,

• Télépocket.

Mais ses journaux phares, véritables piliers de son identité historique, passent sous pavillon Rossel.

« IPM se recentre sur l’avenir, là où se trouvent les nouvelles habitudes de consommation médiatique », commente un analyste du secteur.

Rossel, dynastie familiale et empire médiatique

Fondé en 1887 autour du quotidien Le Soir, Rossel reste aujourd’hui une entreprise familiale :

• 90 % détenus par les familles Hurbain, Marchant et Defourt,

• 10 % par la famille Le Hodey.

Le portefeuille du groupe est tentaculaire :

• En Belgique : Le Soir, Sudinfo, Ciné Télé Revue, Soir Mag, Vlan.

• En France : La Voix du Nord, L’Union.

• Audiovisuel : RTL Belgium.

• Finance & économie : 50 % de Mediafin (L’Écho, De Tijd), en partenariat avec Roularta.

Cette dimension familiale explique la solidité et la continuité d’une stratégie patiemment bâtie sur plusieurs générations.

L’ancrage en Flandre, un pas stratégique

Rossel n’est plus seulement le mastodonte de la presse francophone : grâce à sa participation dans Mediafin, il s’impose aussi en Flandre.

À travers De Tijd et L’Écho, le groupe touche directement le lectorat néerlandophone et s’installe dans le cercle fermé des médias économiques de référence.

Cette percée flamande, obtenue main dans la main avec Roularta Media Group, redéfinit l’équilibre médiatique national : Rossel devient le seul acteur majeur réellement bicommunautaire.

Le spectre du monopole et ses risques

Si l’opération consacre Rossel comme leader incontesté de la presse francophone, elle soulève aussi de sérieuses inquiétudes.

Les risques identifiés :

• Moins de pluralisme : concentration des voix médiatiques, uniformisation des lignes éditoriales.

• Moins d’innovation : domination d’un seul modèle économique et éditorial.

• Pouvoir d’influence accru : une poignée d’actionnaires privés détient la capacité de peser sur l’opinion publique.

• Fragilité démocratique : moins de diversité dans les sources d’information.

Le regard des autorités

Le Conseil belge de la concurrence et la Commission européenne pourraient examiner cette opération. En cas de suspicion de position dominante ou de collusion avec d’autres groupes (comme Roularta), Rossel pourrait être contraint à des concessions ou limitations.

Une concentration inédite

Jamais la presse francophone n’avait connu une telle centralisation. En absorbant IPM, Rossel devient la “baleine” de l’information écrite en Belgique.

• Rossel : leader francophone, expansion en Flandre.

• IPM : recentré sur l’audiovisuel et le numérique.

• Pluralisme médiatique : en question.

• Consommateurs : exposés à un paysage de plus en plus dominé par une seule voix éditoriale.

En conclusion

Rossel incarne aujourd’hui à la fois une réussite familiale et une concentration de pouvoir inédite. Sa montée en puissance transforme profondément l’équilibre de la presse belge.

Mais derrière la victoire industrielle se cache un enjeu démocratique : comment garantir la diversité et l’indépendance de l’information quand une seule entité règne sur l’immense majorité des titres francophones ?

La Belgique entre dans une ère nouvelle où la presse, plus que jamais, devient une question de pouvoir.

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