Conclave à 7 à Bruxelles, TFA écartée : légalité institutionnelle, fracture démocratique
BELÇİKA HABER - ACTUALITE BELGIQUEConclave à 7 à Bruxelles, TFA écartée : légalité institutionnelle, fracture démocratique
Conclave à 7 à Bruxelles, TFA écartée : légalité institutionnelle, fracture démocratique
Par Kadir Duran | Bruxelles Korner
Après plus de 600 jours d’impasse, l’annonce d’un conclave à sept partis pour former un gouvernement bruxellois se veut un électrochoc. À l’initiative de Georges-Louis Bouchez, la table réunit MR, PS, Les Engagés côté francophone, et Groen, Vooruit, CD&V, Anders côté néerlandophone. Un absent majeur saute aux yeux : Team Fouad Ahidar (TFA), pourtant 2e force néerlandophone issue des urnes.
La question n’est pas anecdotique. Elle touche au cœur de la démocratie bruxelloise : peut-on légalement gouverner sans représenter une tendance électorale significative ? Et surtout, à quel prix politique ?
Les chiffres qui dérangent
Le Parlement bruxellois compte 89 sièges :
-
72 francophones (majorité : 37)
-
17 néerlandophones (majorité : 9)
TFA a décroché 3 sièges sur 17 côté néerlandophone, devenant un acteur pivot potentiel. L’écarter du conclave, c’est assumer qu’une majorité peut se construire sans refléter cette dynamique électorale.
Conclave à 7 à Bruxelles : accélérateur… ou mise en scène d’atterrissage ?
L’initiative de Georges-Louis Bouchez (MR) réunir MR, PS, Les Engagés, Groen, Vooruit, CD&V et Anders autour d’un “conclave” dès ce mardi intervient après plus de 600 jours d’impasse et une fatigue institutionnelle devenue politiquement coûteuse.
La question centrale n’est pas “est-ce spectaculaire ?” mais est-ce séquentiellement logique. Et c’est là que l’expression du CRISP “la charrue avant les bœufs” prend tout son sens : un conclave fonctionne surtout quand les paramètres sont déjà verrouillés (majorité identifiable, architecture d’accord déjà balisée) et qu’on cherche à forcer la dernière ligne droite.
Pourquoi “la charrue avant les bœufs” n’est pas qu’une formule
Un conclave n’invente pas une coalition : il la finalise.
Or, dans ce dossier, on voit encore :
-
une question de majorité (pas seulement un texte de gouvernement) ;
-
une question communautaire (majorité néerlandophone “à part entière”) ;
-
une question de soutenabilité budgétaire ;
-
et une question d’ordre public (gares, abords, sécurité) qui sert de test de crédibilité.
Donc oui : si l’“atterrissage” n’a pas sa piste, vous pouvez enfermer les pilotes… ils ne feront pas apparaître l’aéroport.
Le non-dit : l’absence de la N-VA est un pari à haut risque
Côté N-VA, la critique est déjà structurée : “le PS décide qui siège à la table” et risque d’un exécutif sans réformes, assimilé à une continuité type “Vivaldi”.
Deux implications concrètes :
-
Légitimité néerlandophone : même si mathématiquement ça passe, politiquement l’argument “on a contourné le choix flamand” peut devenir une bombe à retardement à chaque dossier sensible.
-
Narratif budgétaire : si l’accord est perçu comme une addition de partis pour gérer la crise sans choc de gouvernance, la promesse “équilibre 2029” devient une ligne de communication plus qu’un mécanisme.
Et TFA ( TEAM FOUAD AHIDAR ) écartée ?
Démocratie procédurale vs démocratie représentative
Sur le plan juridique, rien n’oblige à inviter tous les partis aux négociations. La démocratie procédurale s’apprécie au vote final : une coalition majoritaire, des textes adoptés, point final.
Sur le plan politique, l’exclusion de TFA pose problème. Elle alimente un sentiment désormais classique à Bruxelles : “on compte dans l’urne, moins dans la cuisine.” À terme, cela fragilise la légitimité sociale de l’exécutif, surtout dans une région déjà traversée par des lignes de fracture communautaires, sociales et identitaires.
Un cordon de gouvernabilité, pas un cordon idéologique
Qualifier cette manœuvre de “politique de droite allant à l’extrême” serait réducteur. Il s’agit davantage d’un cordon de gouvernabilité : éviter les sujets jugés inflammables (neutralité de l’État, symbolique convictionnelle) tant qu’une majorité arithmétiquement viable peut se passer de TFA.
Ce choix est stratégique, pas idéologique. Mais il a un coût : transformer un acteur émergent en force de ressentiment, plutôt qu’en partenaire exigeant mais intégré.
Le paradoxe du conclave
Un conclave est une méthode d’atterrissage, pas un moteur de décollage. Historiquement, il sert à verrouiller un accord déjà balisé, pas à inventer une coalition. Or, ici, la majorité reste politiquement fragile et narrativement contestable.
Plus on élargit la table (sept partis), plus l’accord tend vers le plus petit commun dénominateur : principes généraux, promesses d’équilibre à l’horizon 2029, priorités sécuritaires consensuelles. Utile pour sortir de l’impasse, insuffisant pour refonder la gouvernance.
Pour Concure :
-
Oui, c’est démocratique au sens strict des règles institutionnelles.
-
Non, ce n’est pas sain pour la démocratie bruxelloise au sens représentatif.
-
Risque majeur : gouverner sans intégrer une percée électorale, c’est accepter une légitimité sous tension, prête à se fissurer au premier choc budgétaire ou sécuritaire.
À Bruxelles, on peut former un gouvernement contre une tendance. Mais on gouverne durablement avec la société. Et c’est précisément là que ce conclave joue sa crédibilité.
İlginizi Çekebilir