Accords d’Abraham : la fin du consensus arabe et la naissance d’un nouvel ordre régional
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Accords d’Abraham : la fin du consensus arabe et la naissance d’un nouvel ordre régional
Analyse – Bruxelles Korner
Par Kadir Duran
En septembre 2020, sous les dorures de la Maison-Blanche, une séquence diplomatique longtemps jugée impensable s’est matérialisée : la signature des Accords d’Abraham. Présentés comme un tournant historique pour la paix au Moyen-Orient, ces accords ont surtout acté une recomposition stratégique profonde, marquant la fin d’un tabou diplomatique arabe vieux de plusieurs décennies.
Une normalisation sans précédent
Les Accords d’Abraham consacrent la normalisation des relations entre Israël et plusieurs États arabes : les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Le tout sous l’égide des États-Unis, alors dirigés par Donald Trump.
Contrairement aux précédents traités de paix conclus avec l’Égypte ou la Jordanie, ces accords ne font aucune référence structurante à la création d’un État palestinien. Une rupture nette avec l’Initiative de paix arabe de 2002, qui conditionnait toute reconnaissance d’Israël à un règlement global du conflit israélo-palestinien.
Le pragmatisme comme nouvelle doctrine
Derrière la rhétorique de la paix, les Accords d’Abraham reposent sur une logique d’intérêts convergents. Pour Israël et plusieurs monarchies du Golfe, la priorité est claire : contenir l’influence régionale de l’Iran, perçu comme la principale menace sécuritaire.
À cela s’ajoute une diplomatie résolument transactionnelle. Le Maroc a obtenu de Washington la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental, tandis que le Soudan a été retiré de la liste américaine des États soutenant le terrorisme. La normalisation devient ainsi un outil de négociation géopolitique, plus qu’un engagement idéologique.
Une cause palestinienne marginalisée
Grand absent de cette recomposition : le dossier palestinien. L’Autorité palestinienne a dénoncé un « abandon » et une trahison des engagements arabes historiques. Dans les faits, les Accords d’Abraham entérinent une réalité déjà perceptible : la perte de centralité de la question palestinienne dans les priorités diplomatiques du monde arabe.
Cette marginalisation comporte un risque stratégique majeur : celui d’une normalisation étatique déconnectée des opinions publiques, et donc structurellement fragile en cas d’escalade à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban.
Coopération tous azimuts, paix incertaine
Sur le plan opérationnel, les accords ont produit des résultats rapides : ouverture d’ambassades, vols directs, partenariats économiques, coopération en matière de cybersécurité, de défense, d’énergie et de technologies avancées. Israël s’est ainsi pleinement intégré dans les circuits économiques et sécuritaires du Golfe.
Mais cette dynamique ne constitue pas une paix régionale. Elle repose sur des équilibres politiques volatils, dépendants des changements de leadership, des crises sécuritaires et des rapports de force globaux.
Lecture stratégique : un Moyen-Orient post-idéologique
Les Accords d’Abraham marquent l’entrée du Moyen-Orient dans une ère post-idéologique, où la solidarité panarabe cède la place à une diplomatie de puissance et d’intérêts. Ils traduisent moins une réconciliation historique qu’une adaptation froide à un environnement géopolitique instable.
Pour l’Europe, et en particulier pour l’Union européenne, le défi est double : reconnaître ce nouvel ordre régional sans renoncer à ses principes juridiques et politiques sur le conflit israélo-palestinien. À défaut, le risque est de devenir un acteur périphérique dans une région où les lignes ont déjà bougé.
Pays signataires des Accords d’Abraham (2020)
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Israël
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Émirats arabes unis (août 2020)
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Bahreïn (septembre 2020)
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Soudan (octobre 2020)
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Maroc (décembre 2020)
Pays médiateur et garant politique
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États-Unis
(initiative, médiation diplomatique et garanties politiques sous l’administration Trump)
À ne pas confondre
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Égypte (paix avec Israël en 1979)
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Jordanie (paix avec Israël en 1994)
➡️ Ces deux pays ne font PAS partie des Accords d’Abraham, car leurs traités sont antérieurs et distincts.
États évoqués mais non signataires (à ce stade)
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Arabie saoudite (acteur clé, discussions indirectes)
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Oman
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Qatar
Nouveaux adhérents (hors monde arabe) Kazakhstan
Bruxelles Korner
Analyse géopolitique & diplomatique
Kadir Duran
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