Quand les réseaux sociaux deviennent des tribunaux publics en Turquie
Il existe aujourd’hui des centaines d’influenceurs sur les réseaux sociaux turcs. Parmi eux, j’en ai particulièrement remarqué trois, spécialisées presque exclusivement dans les dépêches politiques, les polémiques médiatiques et les commentaires liés au comportement supposé du “bon citoyen turc” selon leur propre interprétation des valeurs, des mœurs et des éthiques acceptées par la société turque.
Je vais, malgré moi, leur faire de la publicité en les mentionnant, mais il me semblait important de partager cette situation qui met en scène des femmes qui, au nom de la morale, des traditions et de la culture, se présentent comme des pseudo-journalistes et s’improvisent commentatrices permanentes de l’actualité politique et sociétale.
Voici les noms évoqués : Mme Evda Türküsev, S.H. ainsi que Buşra Dede.

Jour après jour, elles commentent l’actualité politique turque, particulièrement lorsqu’il s’agit de sujets visant les partisans du CHP, principal parti d’opposition en Turquie, certains élus, ou encore des personnalités publiques considérées comme proches de ce courant politique.
Sous couvert de défendre ce qui serait “bon” ou “mauvais” pour la société turque, leurs interventions prennent souvent une tournure agressive, parfois à la limite de l’insulte, du mépris ou du jugement permanent. Plus préoccupant encore, certaines de ces publications franchissent parfois la frontière entre commentaire politique et exposition de la vie privée des personnes ciblées.
Pourtant, il ne faut pas oublier qu’à l’heure actuelle, la Turquie demeure officiellement un État de droit et un pays laïque, où la pluralité politique, la liberté d’opinion et le respect de la vie privée devraient rester des principes fondamentaux.
Ce qui interpelle surtout, c’est cette tendance à transformer chaque sujet politique ou sociétal en véritable tribunal médiatique. Beaucoup de contenus reposent désormais sur l’émotion, la polarisation et l’interprétation subjective de faits liés à des personnalités politiques ou à des figures publiques supposées proches de celles-ci.
En fin de compte, ces interventions et ces interpellations permanentes contribuent surtout à diviser davantage une société déjà extrêmement polarisée. Et dans une époque dominée par les algorithmes, la polémique est devenue un véritable modèle économique : plus il y a de confrontation, plus il y a d’audience, et donc plus il y a de revenus.
Je recommande donc à toutes les personnes qui les suivent de mener leurs propres recherches, de vérifier les informations par elles-mêmes et de garder un esprit critique. Car au final, ces influenceuses restent avant tout des personnes comme tout le monde : ni magistrates, ni autorités morales absolues, ni détentrices uniques de la vérité.






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