L’Italie inscrit le féminicide dans son Code pénal : un tournant historique contre les violences faites aux femmes
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner
L’Italie vient de franchir une étape majeure dans la lutte contre les violences fondées sur le genre. Le Parlement italien a définitivement adopté une loi qui fait du féminicide un crime autonome dans le Code pénal. Désormais, le meurtre d’une femme commis en raison de son sexe, dans un contexte de domination, de contrôle, de haine ou de refus d’une relation, pourra être poursuivi sous cette qualification spécifique et sera passible de la réclusion criminelle à perpétuité.

Une adoption quasi unanime
Le texte a été adopté par 237 voix pour et aucune contre lors du vote final à la Chambre des députés, après avoir déjà été approuvé à l’unanimité par le Sénat. Cette convergence entre la majorité de Giorgia Meloni et les partis d’opposition illustre la volonté politique de répondre à une problématique devenue centrale dans la société italienne.
Cette réforme est le fruit de plusieurs années de mobilisation de la société civile et intervient dans un contexte marqué par une succession de féminicides ayant profondément bouleversé le pays, notamment celui de Giulia Cecchettin, dont le meurtre en 2023 avait suscité une émotion nationale et relancé le débat sur les violences de genre.
Une définition juridique inédite
La nouvelle disposition, introduite à l’article 577-bis du Code pénal italien, ne se limite pas au simple homicide d’une femme.
Le féminicide est désormais défini comme le fait de tuer une femme lorsque l’acte est motivé par :
* la haine ou la discrimination envers les femmes ;
* une volonté de domination, de contrôle ou de possession ;
* le refus de la victime d’entamer ou de poursuivre une relation affective ;
* ou encore la volonté de restreindre sa liberté et son autodétermination.
Cette reconnaissance juridique distingue le féminicide des autres homicides en tenant compte de son mobile spécifique.
Un arsenal pénal renforcé
La réforme ne s’arrête pas à la création de cette nouvelle infraction.
Elle prévoit également un durcissement des sanctions contre plusieurs formes de violences fondées sur le genre, notamment :
* le harcèlement (stalking) ;
* les violences domestiques ;
* la diffusion non consentie d’images intimes (« revenge porn ») ;
* ainsi que le renforcement de plusieurs mesures de protection des victimes au cours de la procédure judiciaire.
Le gouvernement affirme également avoir augmenté les moyens consacrés aux centres d’accueil, aux lignes d’urgence et aux campagnes de sensibilisation.
Une avancée saluée, mais un débat loin d’être clos
Si le vote a réuni un large consensus politique, plusieurs associations et responsables de l’opposition estiment que la répression ne peut constituer l’unique réponse.
Selon eux, la lutte contre les féminicides passe également par :
* l’éducation à l’égalité ;
* la prévention dès le plus jeune âge ;
* la protection économique des victimes ;
* et une évolution des mentalités.
Le débat reste particulièrement vif en Italie autour de l’éducation affective et sexuelle dans les établissements scolaires, que le gouvernement souhaite davantage encadrer, tandis qu’une partie de l’opposition réclame son caractère obligatoire comme outil de prévention.
Une évolution qui pourrait inspirer d’autres pays européens
Avec cette réforme, l’Italie rejoint le cercle des États qui reconnaissent explicitement le féminicide comme une infraction distincte, affirmant que certaines violences contre les femmes relèvent d’une logique spécifique de domination et nécessitent une réponse pénale adaptée.
Reste désormais une question essentielle : la création d’un nouveau crime permettra-t-elle de réduire durablement le nombre de femmes tuées ?
L’expérience d’autres pays montre que le durcissement des peines constitue un signal fort, mais que son efficacité dépend également de la prévention, de la rapidité des procédures judiciaires, de la protection des victimes et de l’évolution des comportements sociaux.






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