La Horde d’Or : Astana remet la civilisation des steppes au cœur du récit eurasiatique
À Astana, le 19 mai 2026, le Kazakhstan a accueilli un symposium international consacré à la Horde d’Or et à la civilisation des steppes, en présence du président Kassym-Jomart Tokaïev. L’événement, organisé sous le patronage de l’UNESCO, a réuni plus de 350 participants : historiens, archéologues, chercheurs et représentants d’organisations internationales venus analyser l’héritage historique, politique et culturel de l’Ulus de Djötchi.

Au-delà de la dimension académique, cette rencontre révèle surtout une volonté politique claire : repositionner l’histoire de la Grande Steppe comme un élément central de la mémoire eurasiatique et de l’identité moderne du Kazakhstan.
Selon Kassym-Jomart Tokaïev, la Horde d’Or ne doit pas être réduite à une simple puissance militaire nomade. Le président kazakh a insisté sur son rôle dans la construction d’institutions politiques, de systèmes diplomatiques et de réseaux commerciaux reliant l’Est et l’Ouest.
Le chef de l’État a également dénoncé certaines lectures historiques réductrices ayant longtemps présenté les civilisations nomades comme dépourvues de structures étatiques ou de sophistication politique. Il a plaidé pour une approche « objective, équilibrée et dépolitisée » de l’histoire.
Dans le discours porté à Astana, la Horde d’Or apparaît comme un modèle de gouvernance fondé sur :
- la méritocratie,
- la discipline institutionnelle,
- la coexistence ethnique et religieuse,
- ainsi qu’une forte capacité diplomatique à l’échelle eurasiatique.
Le symposium a également mis en avant le rôle économique majeur joué par la Grande Steppe. Contrôlant les grandes routes commerciales eurasiatiques, la Horde d’Or aurait transformé les steppes en corridor sécurisé entre l’Europe et l’Asie, favorisant le développement monétaire, commercial et urbain.
Dans un contexte géopolitique mondial marqué par les tensions identitaires et la fragmentation internationale, Astana cherche désormais à utiliser cette mémoire historique comme instrument de dialogue et de coopération régionale. Le président Tokaïev a rappelé que l’histoire devait servir de « pont entre les peuples » et non d’outil de confrontation géopolitique.
Le Kazakhstan entend aussi associer héritage historique et modernisation technologique. Le président a évoqué les investissements du pays dans l’intelligence artificielle, les infrastructures numériques et les centres de données, allant jusqu’à faire le parallèle entre les anciens nomades des steppes et les « digital nomads » du XXIe siècle.

Parmi les annonces majeures :
- le développement de l’Institut pour l’étude de l’Ulus de Djötchi,
- la proposition de créer un Centre international pour la promotion de la civilisation des steppes,
- ainsi qu’un renforcement des projets de recherche internationaux sur la Horde d’Or.
Enfin, Astana assume de plus en plus ouvertement son positionnement comme héritier direct des traditions étatiques de la Horde d’Or et de la Grande Steppe. Cette continuité historique est présentée comme un pilier du projet national kazakh moderne, notamment à travers le concept de « Mangilik El » l’« Éternelle Nation ».
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner






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