Football turc : l’argent attire les stars, mais le besoin de renaître explique aussi leur arrivée
Lukaku, Salah, Trossard, Icardi… La Süper Lig est-elle devenue le nouvel Eldorado des vedettes européennes ? Derrière les salaires, la fiscalité et l’endettement des clubs se cache une autre réalité : celle de joueurs vieillissants, blessés ou relégués au second plan, qui viennent en Turquie rechercher ce que les grands clubs européens ne leur garantissent plus — un statut, une reconnaissance et parfois une renaissance.
Par Kadir Duran | Bruxelles Korner
12 août 2026

Comment un championnat encore irrégulier sur la scène européenne peut-il attirer Romelu Lukaku, Mohamed Salah, Leandro Trossard, Nathan Aké, Mason Greenwood ou Victor Osimhen ?
La question posée par la DH est légitime. Les arrivées successives de vedettes internationales en Süper Lig bouleversent les rapports de force et interrogent la puissance économique réelle de Galatasaray, Fenerbahçe, Beşiktaş et Trabzonspor.
Mais lorsqu’un média prétend dévoiler « les vérités sur l’argent du football turc », il ne peut pas se limiter à quelques chiffres spectaculaires, à une fiscalité prétendument uniforme et à une dénonciation générale du surendettement.
La réalité est plus complexe.
Oui, les grands clubs turcs dépensent beaucoup. Oui, leur dette est préoccupante. Oui, le risque de change menace un modèle dans lequel une grande partie des revenus est encaissée en livres turques alors que les salaires et transferts sont négociés en euros.
Mais les joueurs ne viennent pas seulement pour l’argent.
Ils viennent aussi parce que la Turquie leur propose une seconde vie sportive. Elle leur rend un statut perdu, une importance tactique, une reconnaissance populaire et la possibilité de redevenir des héros au moment où l’Europe commence à les considérer comme des joueurs du passé.
Une attractivité qui ne s’explique pas seulement par la fiscalité
La fiscalité turque constitue incontestablement un avantage comparatif. Mais affirmer que « le net équivaut à 80 % du brut » simplifie excessivement le système.
Le taux de 20 % régulièrement évoqué correspond d’abord à une retenue appliquée aux rémunérations des sportifs professionnels. Il ne signifie pas automatiquement que chaque joueur conserve définitivement 80 % de sa rémunération brute.
La charge fiscale réelle dépend notamment de la résidence du joueur, de ses obligations déclaratives, de la structure de son contrat, de la nature des différentes rémunérations et de la prise en charge éventuelle de l’impôt par le club.
Le système fiscal turc prévoit par ailleurs, en 2026, un barème progressif dont le taux supérieur atteint 40 % pour les revenus salariaux ordinaires dépassant le seuil légal. Il faut donc distinguer la retenue à la source, l’impôt définitif et la rémunération contractuellement garantie.
Présenter les « 80 % nets » comme une règle absolue risque d’induire le lecteur en erreur. PwC Turquie – fiscalité des personnes physiques
L’attractivité de la Süper Lig repose également sur d’autres éléments :
* des contrats plus longs pour des joueurs âgés de plus de 30 ans ;
* un rôle sportif central que les grands clubs européens ne leur garantissent plus ;
* la possibilité de rester dans l’espace footballistique de l’UEFA ;
* une ferveur populaire difficilement comparable ;
* des droits d’image et primes commerciales importants ;
* une exposition médiatique supérieure à celle de nombreux championnats périphériques ;
* la possibilité de jouer régulièrement pour le titre et les compétitions européennes.
La fiscalité compte. Elle n’explique pas tout.
Des salaires spectaculaires, mais des chiffres à manier avec prudence
Le cas de Leandro Trossard illustre la nécessité de distinguer les informations officielles des estimations.
La DH évoque une rémunération supérieure à 7 millions d’euros par saison, accompagnée d’une prime à la signature de 1,5 million. Or, la communication transmise par Beşiktaş à la plateforme boursière KAP fait état d’une rémunération garantie de 6,5 millions d’euros par saison, ainsi que d’une indemnité de transfert de 18 millions versée à Arsenal en six échéances.
Des bonus peuvent naturellement porter le montant total au-delà de 7 millions. Mais salaire garanti, bonus conditionnels et prime à la signature ne sont pas des notions interchangeables. Communication officielle de Beşiktaş
Pour Mohamed Salah, le salaire annuel de 17 millions d’euros a bien été communiqué. Son contrat prévoit également des bonus et une participation de 20 % sur certains produits vendus sous son nom. Reuters
Tous les chiffres publiés ne possèdent donc pas le même degré de vérification. Une analyse sérieuse doit préciser ce qui relève du salaire fixe, des primes, des droits d’image ou d’une estimation médiatique.
Oui, les grands clubs turcs sont lourdement endettés
Sur le fond, la DH touche néanmoins un point central : les quatre grandes institutions du football turc supportent un niveau d’endettement particulièrement élevé.
Les comptes couvrant la période du 1er juin 2025 au 31 mai 2026 font apparaître approximativement :
Club Total des passifs
Galatasaray 26,72 milliards TL
Fenerbahçe 23,92 milliards TL
Beşiktaş 23,00 milliards TL
Trabzonspor 11,42 milliards TL
Total 85,06 milliards TL
Le total des passifs dépasse donc légèrement 85 milliards de livres turques, et non exactement 87 milliards. La différence ne remet pas en cause le diagnostic, mais elle rappelle l’importance de dater les chiffres et d’expliquer leur mode de calcul. Données financières relayées par Habertürk
Surtout, le total des passifs ne correspond pas toujours à la seule dette bancaire. Il peut intégrer les dettes financières, les montants dus aux fournisseurs, les obligations fiscales et sociales, les transferts restant à payer et d’autres engagements comptables.
Pour mesurer la solvabilité réelle d’un club, il faut également examiner sa trésorerie, ses créances, ses actifs immobiliers, la durée de ses emprunts, ses revenus garantis, ses engagements contractuels et son exposition au risque de change.
Dire que les clubs sont lourdement endettés est exact. En déduire qu’ils seraient tous au bord de la faillite serait toutefois excessif.
Le véritable danger : des recettes en livres et des dépenses en euros
La principale fragilité du modèle turc ne réside pas uniquement dans le volume nominal de la dette. Elle réside dans le décalage monétaire.
La billetterie, les abonnements, une partie du sponsoring et les droits télévisés domestiques sont essentiellement encaissés en livres turques. Les contrats des vedettes, les indemnités de transfert et les commissions d’agents sont souvent exprimés en euros.
Chaque dépréciation de la monnaie turque renchérit donc le coût réel de ces engagements.
Les clubs tentent de compenser ce risque grâce aux revenus européens, aux sponsors internationaux, aux ventes de joueurs, aux opérations immobilières et à la commercialisation mondiale de leurs nouvelles vedettes.
Mais ces recettes ne sont jamais totalement garanties. Une élimination précoce en Ligue des champions ou en Europa League peut déséquilibrer un budget fondé sur des hypothèses sportives trop optimistes.
C’est là que la critique de la DH est la plus pertinente : financer aujourd’hui des contrats pluriannuels en espérant demain les primes européennes constitue une stratégie à haut risque.
Le coefficient UEFA ne mesure pas la puissance financière
La comparaison avec la Jupiler Pro League doit également être nuancée.
Le coefficient UEFA mesure les résultats obtenus par les clubs dans les compétitions européennes sur plusieurs saisons. Il ne mesure ni la taille des communautés de supporters, ni la puissance commerciale des marques, ni les actifs immobiliers, ni la capacité d’un président ou d’un sponsor à financer une opération exceptionnelle.
L’UEFA précise que le coefficient national repose sur les performances européennes cumulées des représentants de chaque association. Méthodologie officielle de l’UEFA
La Belgique peut donc se situer devant la Turquie dans une classification sportive tout en disposant de clubs moins capables d’offrir certains contrats individuels.
Ce n’est pas une contradiction. Il s’agit de deux indicateurs différents.
Mais au-delà des chiffres apparaît une question plus profonde : pourquoi ces stars acceptent-elles de quitter les grands championnats européens ?
Des vedettes entrées dans la période la plus délicate de leur carrière
Les joueurs dont il est question restent des noms prestigieux. Mais plusieurs se trouvent dans une phase de déclin relatif ou de fragilisation sportive.
Avec l’âge, les blessures deviennent plus fréquentes et les périodes de récupération s’allongent. Le joueur conserve sa technique, son expérience et son intelligence du jeu, mais il ne possède plus nécessairement la même explosivité ni la même capacité à répéter les efforts.
Les grands clubs européens raisonnent froidement. Ils évaluent le rendement physique, la valeur de revente, la fréquence des blessures, la masse salariale et la compatibilité du joueur avec le système de l’entraîneur.
Un joueur de 33 ou 34 ans peut encore être décisif. Mais peut-il disputer cinquante rencontres par saison ? Peut-il presser pendant quatre-vingt-dix minutes ? Acceptera-t-il de rester sur le banc ? Supportera-t-il d’être remplacé par un jeune joueur moins célèbre, mais physiquement plus disponible ?
C’est ici qu’intervient la dimension psychologique.
Une vedette habituée à être titulaire peut difficilement accepter de devenir un joueur de rotation. Certaines stars possèdent également leurs habitudes, leurs exigences et parfois leurs caprices. Leur statut peut compliquer les choix de l’entraîneur et perturber la dynamique d’un vestiaire composé de jeunes joueurs désireux de s’imposer.
Les grands clubs ne peuvent pas toujours prendre ce risque. Ils ne veulent pas construire leur avenir autour d’un joueur vieillissant, fragile ou difficile à intégrer dans un projet collectif exigeant.
La Turquie, elle, lui propose exactement l’inverse : redevenir le centre du projet.
Passer du banc européen au statut de héros
À Istanbul ou à Trabzon, une vedette n’est pas recrutée pour compléter silencieusement un effectif.
Elle est accueillie à l’aéroport par des milliers de supporters. Son transfert est mis en scène comme un événement national. Son maillot est immédiatement commercialisé. Son arrivée devient une démonstration de puissance du président et une promesse de titre pour les supporters.
Cette reconnaissance produit un effet psychologique considérable.
Le joueur retrouve le sentiment d’être attendu, respecté et nécessaire. Il touche davantage le ballon, bénéficie d’un système parfois construit autour de ses qualités et redevient le visage d’un projet sportif.
La ferveur turque peut être impitoyable après une série de mauvais résultats. Mais elle possède également une capacité extraordinaire à restaurer la confiance d’un joueur.
Une star qui se sentait progressivement effacée dans un grand championnat peut se convaincre qu’elle a encore quelque chose à prouver. La Süper Lig devient alors un espace de reconstruction personnelle.
Le joueur ne vient plus seulement chercher un dernier contrat. Il vient tenter d’écrire un dernier grand chapitre.
Une bonne saison peut faire oublier plusieurs années de déclin. Un but dans un derby peut transformer un joueur contesté en idole. Un titre de champion peut donner à une fin de carrière incertaine la dimension d’une consécration.
Pour une étoile qui sent sa lumière diminuer, redevenir décisive et porter un club vers un trophée représente parfois le sommet émotionnel d’une seconde vie.
Mauro Icardi : la renaissance par l’amour populaire
Mauro Icardi en constitue l’un des exemples les plus marquants.
Devenu secondaire au Paris Saint-Germain, l’attaquant argentin a retrouvé à Galatasaray un rôle central, des responsabilités offensives et une relation presque fusionnelle avec les supporters.
Avant sa grave blessure, il figurait parmi les joueurs les plus influents du championnat. Lors de la saison 2023-2024, il a terminé meilleur buteur et joué un rôle décisif dans le titre de Galatasaray. Reuters
À Paris, Icardi était devenu un joueur parmi d’autres dans une accumulation de vedettes. À Istanbul, il est redevenu Mauro Icardi : un attaquant attendu, célébré et protégé par une immense communauté de supporters.
Son exemple démontre qu’un joueur peut perdre sa place dans un grand championnat sans avoir perdu son football.
Dries Mertens : gagner des titres et entrer dans la mémoire
Dries Mertens a connu une trajectoire différente, mais tout aussi révélatrice.
Arrivé à un âge où les grands clubs réduisent généralement la durée et l’importance de leurs engagements, le Belge a offert à Galatasaray son intelligence, son expérience et sa qualité technique.
Il n’a pas seulement gagné des titres. Il s’est intégré à une culture populaire qui conservera durablement son souvenir.
Certains joueurs quittent un club après avoir rempli leur contrat. D’autres entrent dans sa mémoire collective. Mertens appartient à cette seconde catégorie.
Il n’était plus nécessairement considéré comme un investissement d’avenir en Italie. En Turquie, il est devenu l’un des visages d’une période victorieuse.
Alexander Sørloth : Trabzonspor comme véritable relance
Alexander Sørloth représente un autre modèle : celui du joueur qui ne vient pas terminer sa carrière, mais la reconstruire.
Après des passages difficiles en Angleterre, l’attaquant norvégien a explosé à Trabzonspor. Durant la saison 2019-2020, il a inscrit 33 buts en 49 rencontres toutes compétitions confondues.
Son passage en Turquie lui a permis de retrouver les grands championnats européens et de consolider sa place en sélection norvégienne. ESPN
Dans son cas, la Süper Lig ne fut ni une retraite dorée ni une destination finale. Elle fut un accélérateur de carrière.
Ryan Babel, Mario Gómez et Wout Weghorst : trois formes de seconde chance
Ryan Babel avait longtemps porté l’étiquette d’un espoir n’ayant pas pleinement confirmé à Liverpool.
À Beşiktaş, il a retrouvé du temps de jeu, remporté le championnat en 2017 et reconquis sa place en sélection néerlandaise. Son passage lui a permis de revenir ensuite en Premier League avec Fulham, puis à l’Ajax. Sky Sports
Mario Gómez offre un exemple encore plus spectaculaire. Fragilisé par les blessures et une période difficile à la Fiorentina, l’attaquant allemand est arrivé à Beşiktaş en 2015.
Il y est devenu champion de Turquie et meilleur buteur de Süper Lig avec 26 réalisations. Ses performances lui ont également rouvert les portes de la sélection allemande pour l’Euro 2016.
La Turquie ne fut pas pour lui une fin de carrière. Elle fut une renaissance.
Wout Weghorst illustre, quant à lui, la fonction de tremplin. Son passage à Beşiktaş fut bref, mais suffisamment visible pour précéder son arrivée à Manchester United.
Ces trajectoires montrent que la Süper Lig peut être simultanément un refuge, une relance et un pont permettant de revenir vers l’Europe occidentale.
Toutes les stars ne correspondent pas au même récit
Il serait cependant erroné de placer toutes les grandes vedettes passées par la Turquie dans une seule catégorie.
Galatasaray a accueilli Gheorghe Hagi, Didier Drogba, Wesley Sneijder, Radamel Falcao, Lukas Podolski, Dries Mertens, Juan Mata et Victor Osimhen.
Fenerbahçe a recruté Roberto Carlos, Robin van Persie, Mesut Özil, Edin Džeko, Nani et désormais Romelu Lukaku.
Beşiktaş a vu évoluer Pepe, Guti, Ricardo Quaresma, Mario Gómez et Ciro Immobile.
Trabzonspor a accueilli Marek Hamšík, Florent Malouda, Alexander Sørloth et désormais Mohamed Salah.
Mais ces joueurs sont arrivés à des moments très différents de leur carrière.
Certains ont réellement retrouvé leur meilleur niveau. D’autres ont surtout apporté leur image et leur expérience. Quelques-uns n’ont jamais répondu aux attentes sportives ou financières.
Franck Ribéry représente encore un autre cas. Son passage à Galatasaray eut lieu au début de sa carrière européenne, avant Marseille et le Bayern Munich. La Turquie ne lui a donc pas offert une dernière chance : elle a participé aux premières étapes de son ascension.
La Süper Lig peut ainsi être :
* une destination de fin de carrière ;
* un espace de renaissance ;
* un tremplin vers les grands championnats ;
* un refuge après une période difficile ;
* une opération commerciale ;
* ou un pari coûteux qui ne produit jamais les résultats espérés.
Une vedette ne réussit pas simplement parce qu’elle porte un grand nom.
Le risque des ego et du déséquilibre du vestiaire
L’arrivée d’une star vieillissante comporte un risque humain aussi important que le risque financier.
Lorsqu’un joueur bénéficie d’un salaire nettement supérieur, d’un traitement particulier ou d’un statut pratiquement intouchable, les jeunes peuvent ressentir une injustice.
Pourquoi un jeune devrait-il accepter d’être écarté alors qu’il est plus performant à l’entraînement ? Pourquoi devrait-il accomplir tout le travail défensif pendant qu’une vedette en est dispensée ? Pourquoi l’entraîneur devrait-il maintenir un joueur célèbre dans l’équipe si sa condition physique ne le justifie plus ?
La présence d’une grande star oblige l’entraîneur à concilier des exigences contradictoires : respecter son histoire, préserver son autorité, répondre aux attentes du président et maintenir la cohésion collective.
Une vedette habituée à jouer tous les matchs peut mal accepter le banc. Un joueur revenant d’une longue blessure peut réclamer davantage de temps de jeu que son état physique ne le permet. Un attaquant prestigieux peut aussi hésiter à participer au pressing ou au travail défensif demandé à ses partenaires.
Le problème ne réside donc pas dans l’âge lui-même. Il réside dans l’adaptation.
Un joueur expérimenté qui accepte de transmettre son savoir peut accélérer la progression de toute une génération. Une vedette qui exige que l’équipe entière s’adapte à ses habitudes peut, au contraire, déséquilibrer le vestiaire.
C’est ici que le rôle de l’entraîneur devient déterminant. Il ne gère pas seulement des footballeurs. Il doit gérer des réputations, des ego, des blessures, des attentes populaires et des intérêts commerciaux parfois supérieurs à son propre pouvoir sportif.
« Mafia, politique et capitalisme » : une accusation qui demande des preuves
Le passage le plus problématique de l’article de la DH reste l’affirmation selon laquelle le football turc aurait « toujours été sous l’influence de la mafia, de la politique et du capitalisme ».
La politisation du football turc, les relations entre certains dirigeants, les pouvoirs économiques et les autorités publiques, ainsi que les controverses entourant la gouvernance et l’arbitrage constituent des sujets légitimes d’enquête.
Mais le terme « mafia » représente une accusation grave. Il ne peut pas être utilisé comme une formule générale sans faits précis, dossiers judiciaires, exemples documentés ou droit de réponse des personnes et institutions concernées.
Quant au capitalisme, il ne constitue pas une particularité turque. Il structure l’ensemble du football professionnel européen à travers les droits télévisés, les sponsors, les marchés financiers, les agents, les propriétaires privés et les fonds d’investissement.
Une analyse critique ne gagne pas en force lorsqu’elle généralise. Elle gagne en crédibilité lorsqu’elle démontre.
Beaucoup ont reçu de la Turquie, mais combien lui ont réellement rendu ?
Une autre question mérite d’être posée.
La Turquie a offert à de nombreuses vedettes des salaires importants, une visibilité considérable, une affection populaire et parfois une véritable seconde jeunesse.
Pourtant, peu d’entre elles ont ensuite investi durablement dans la formation, les académies, les infrastructures ou le développement des jeunes joueurs turcs.
Elles sont venues, ont joué, gagné de l’argent et accru leur notoriété. Certaines ont profondément marqué l’histoire sportive et affective de leur club. Mais leur passage a rarement produit un héritage structurel.
Un véritable projet devrait utiliser leur présence pour transmettre des méthodes professionnelles, former les joueurs de demain, développer des académies et ouvrir des réseaux internationaux aux jeunes talents.
L’expérience d’un Didier Drogba, d’un Gheorghe Hagi, d’un Roberto Carlos, d’un Wesley Sneijder, d’un Mario Gómez ou d’un Dries Mertens ne devrait pas disparaître au moment de leur départ.
Elle devrait être transformée en capital sportif pour la génération suivante.
C’est peut-être là que se situe la principale faiblesse du modèle turc : il sait importer la célébrité, mais ne sait pas toujours convertir cette célébrité en connaissance durable.
Conclusion — L’Eldorado des étoiles qui veulent briller une dernière fois
Oui, la Turquie est devenue un Eldorado du football.
Mais pas uniquement en raison de sa fiscalité avantageuse, de ses salaires élevés ou de la capacité de ses clubs à repousser les limites de l’endettement.
Elle est l’Eldorado des vedettes vieillissantes qui refusent de devenir anonymes sur le banc. Celui des joueurs blessés qui veulent prouver qu’ils peuvent encore revenir. Celui des anciens héros qui cherchent un dernier titre, une dernière foule, un dernier grand contrat et une dernière histoire à raconter.
En Turquie, certaines étoiles retrouvent une lumière qu’elles avaient perdue ailleurs. Elles renaissent de leurs cendres, portent un club vers le titre et deviennent parfois immortelles dans la mémoire des supporters.
D’autres repartent comme des étoiles filantes : brillantes, coûteuses, spectaculaires, mais trop rapides pour éclairer durablement l’avenir du football turc.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de faire venir Romelu Lukaku, Mohamed Salah, Leandro Trossard ou la prochaine grande vedette disponible sur le marché.
Il est de savoir ce que leur passage laissera après leur départ.
Car un championnat ne devient pas grand uniquement par les noms qu’il accueille. Il devient grand par les joueurs qu’il forme, par les connaissances qu’il conserve et par l’avenir qu’il construit lorsque les projecteurs s’éteignent et que les étoiles repartent






Yorum Yazın