Énergie : entre critiques et contradictions, la majorité Arizona sous pression sur les accises
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner
Accises : le MR pris au piège de ses propres décisions

Introduction : une critique venue du camp libéral
Ancienne figure du libéralisme francophone, aujourd’hui en rupture avec sa famille politique, Alexia Bertrand a vivement critiqué ce matin sur bel RTL la réaction du gouvernement face à la hausse des prix du carburant, dans un contexte de tensions accrues au Moyen-Orient.
« Vous savez que ce gouvernement Arizona a voté cette semaine une hausse des accises », a-t-elle déclaré.
La députée plaide pour l’activation du mécanisme du cliquet inversé, censé réduire les accises lorsque les prix augmentent, afin d’éviter que l’État ne bénéficie mécaniquement de recettes supplémentaires au détriment des citoyens.
Elle qualifie la décision d’augmenter les accises sur le gaz, le mazout et l’essence de « cynique », alors que les prix dépassent déjà les 2 euros le litre. Elle conteste également l’argument d’obligations européennes avancé par l’exécutif.
Illustration concrète : un diesel passé, selon elle, de 2,10 € à 2,20 € en une seule journée.
Enfin, Alexia Bertrand appelle à une réflexion à l’échelle européenne, évoquant notamment un éventuel plafonnement du prix du gaz, dont dépend l’ensemble de la chaîne énergétique.
Mais derrière cette prise de position, une question s’impose : s’agit-il d’une analyse économique solide ou d’un positionnement politique opportuniste dans un contexte de tension ?
Une séquence révélatrice d’un malaise politique
La sortie d’Alexia Bertrand ne tombe pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une séquence plus large, marquée par une montée des tensions sur les marchés de l’énergie et par une pression croissante sur les ménages belges.
Dans ce contexte, Georges-Louis Bouchez a lui aussi adopté un discours offensif. Face à la crise, il défend publiquement une réduction des accises pour limiter l’impact à la pompe, en mettant en avant le mécanisme du cliquet inversé comme solution rapide et visible.
Le message est simple : protéger les citoyens et éviter que l’État ne profite de la hausse des prix.
Politiquement, la ligne est efficace. Elle répond à une attente immédiate d’une population confrontée à une inflation énergétique tangible.
Une réalité parlementaire en contradiction
Mais cette lecture se heurte rapidement à la réalité des décisions prises au niveau fédéral.
La majorité Arizona, dont fait partie le MR, a validé une réforme prévoyant une hausse progressive des accises sur les énergies fossiles. Cette augmentation concerne le gaz naturel et le mazout dès 2026, ainsi que les carburants routiers à partir de 2027.
Cette orientation n’est ni accidentelle ni marginale. Elle s’inscrit dans une stratégie globale articulée autour de trois axes : renforcer les recettes budgétaires, envoyer un signal-prix en faveur de la transition énergétique et réduire progressivement la dépendance aux énergies fossiles.
Autrement dit, au moment même où certains responsables politiques appellent à réduire la pression fiscale, le cadre légal organise son augmentation sur le moyen terme.
Qui porte réellement cette hausse ?
Sur le plan politique, la responsabilité est clairement identifiée. La réforme est portée par la majorité fédérale dite « Arizona », qui regroupe notamment le MR, la N-VA, Les Engagés, Vooruit et le cd&v.
Il ne s’agit donc pas d’une contrainte purement extérieure ou d’un effet automatique lié aux marchés internationaux, mais bien d’un choix politique assumé, inscrit dans un calendrier précis et dans une logique de transformation économique.
Le cliquet inversé : une réponse limitée
Le mécanisme du cliquet inversé, mis en avant dans le débat public, apparaît quant à lui plus complexe qu’il n’y paraît.
Sur le plan technique, il ne permet pas d’annuler la hausse des prix, mais uniquement d’en amortir une partie. Son application est progressive, parfois tardive, et son impact reste limité face à des hausses rapides et brutales des marchés.
Par ailleurs, les versions précédentes de ce mécanisme ont été affaiblies au fil des réformes, ce qui réduit encore sa capacité à jouer un rôle de véritable bouclier en période de crise.
Dans ce contexte, son invocation relève autant du signal politique que de la solution opérationnelle.
Une tension structurelle au sein du gouvernement
Cette séquence révèle en réalité une contradiction plus profonde au sein de la majorité.
D’un côté, une stratégie de long terme vise à renchérir progressivement les énergies fossiles afin d’encourager la transition énergétique.
De l’autre, une nécessité politique immédiate impose de protéger le pouvoir d’achat face à des chocs externes imprévisibles.
Ces deux logiques peuvent coexister en période de stabilité. Mais en période de crise, elles entrent frontalement en collision.
Une crédibilité politique en jeu
Dès lors, la question dépasse le cadre technique pour devenir pleinement politique.
Peut-on défendre une baisse des accises dans les médias tout en validant leur augmentation au Parlement ? Peut-on dénoncer une pression fiscale sur les citoyens tout en la structurant dans la loi ?
Ce décalage alimente un sentiment de confusion et fragilise la lisibilité de l’action publique. À terme, il expose le pouvoir à une critique récurrente : celle d’un écart entre discours et décisions.
Conclusion : une ligne sous tension
La majorité Arizona, et en particulier le MR, se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle tente de concilier une ambition de transition énergétique avec une exigence immédiate de protection sociale.
Mais dans un contexte de crise géopolitique et de hausse rapide des prix, cet équilibre devient difficile à maintenir.
À mesure que les tensions s’intensifient, ce n’est plus seulement la politique énergétique qui est jugée, mais la cohérence de ceux qui la portent.
Le mot de la fin
Dans une période où chaque hausse à la pompe se traduit immédiatement dans le quotidien des citoyens, la clarté politique devient une nécessité.
On ne peut pas vouloir le beurre et l’argent du beurre.










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