Proximus : 1.200 emplois en moins, et la sémantique de l’indécence
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OPINION
Proximus : 1.200 emplois en moins, et la sémantique de l’indécence
BRUXELLES KORNER / Par Kadir Duran
Proximus confirme la suppression progressive de 1.200 emplois en Belgique d’ici 2030.
Sur une base de 7.900 équivalents temps-plein, cela représente près de 15 % des effectifs.
La direction parle de transformation.
Le CEO, Stijn Bijnens, évoque une formule qui a fait bondir :
« On ne détruit pas des emplois, on les reconstitue avec moins de personnes. »
C’est précisément là que commence le malaise.
1️⃣ Les faits
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1.200 postes supprimés d’ici 2030
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Réduction principalement via non-remplacement des départs à la retraite
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Fonctions jugées “non essentielles” ciblées
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Profils pénuriques (commerciaux, soudeurs, profils techniques) préservés
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1.400 départs supplémentaires attendus entre 2031 et 2035
Officiellement, il ne s’agit pas d’un “plan social brutal”.
Dans les faits, il s’agit d’une contraction structurelle assumée.
2️⃣ Le glissement lexical
Quand 1.200 postes disparaissent, parler de “reconstitution” n’est pas neutre.
C’est une rhétorique managériale classique :
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On ne licencie pas, on optimise.
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On ne supprime pas, on redimensionne.
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On ne détruit pas, on transforme.
Mais derrière la formule technocratique, il y a une réalité sociale :
1.200 revenus en moins.
1.200 trajectoires fragilisées.
1.200 familles concernées.
L’indécence ne réside pas uniquement dans la décision.
Elle réside dans la manière de la dire.
3️⃣ La toile de fond : digitalisation et automatisation
Le secteur télécom européen est sous pression :
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Investissements massifs (5G, fibre, cybersécurité)
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Marges comprimées
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Accélération de l’IA
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Automatisation des process
Le capital humain devient variable d’ajustement.
On remplace des équipes par des systèmes.
On compresse les fonctions support.
On augmente la productivité par tête.
La logique économique est compréhensible.
La question est politique.
4️⃣ L’État actionnaire : responsabilité ou distance ?
Proximus n’est pas une multinationale étrangère.
L’État belge reste actionnaire majoritaire.
Peut-on promouvoir une transition numérique financée indirectement par l’argent public,
tout en acceptant une réduction massive de l’emploi local ?
La cohérence industrielle et sociale est ici mise à l’épreuve.
5️⃣ Le gouvernement avait-il anticipé ?
La digitalisation n’est pas une surprise.
Depuis plus de dix ans, les rapports officiels évoquent l’impact de l’automatisation sur l’emploi.
Mais identifier un risque n’est pas absorber son choc.
En parallèle, les débats sur la limitation du chômage, l’activation accrue et la pression budgétaire se multiplient.
Le paradoxe est brutal :
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D’un côté, des entreprises automatisent.
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De l’autre, on durcit les mécanismes de protection sociale.
Si la transition numérique n’est pas accompagnée par :
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des reconversions rapides et certifiantes,
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des passerelles sectorielles concrètes,
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des dispositifs de transition sécurisée,
alors la digitalisation devient un transfert de risque vers les ménages.
6️⃣ Le signal envoyé
Ce dossier dépasse Proximus.
Il envoie un message à l’ensemble du tissu économique belge :
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L’emploi stable n’est plus intangible.
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Les restructurations progressives remplacent les plans sociaux spectaculaires.
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La réduction s’installe dans le temps.
La phrase du CEO n’est pas anodine.
Elle traduit une nouvelle normalité :
Moins de personnes, plus d’efficacité attendue.
Conclusion
On peut défendre la modernisation.
On peut défendre la compétitivité.
On peut défendre l’investissement technologique.
Mais affirmer qu’on ne détruit pas d’emplois quand 1.200 postes disparaissent relève d’un exercice de communication qui frôle le déni social.
La transformation numérique est une réalité.
L’indécence verbale, elle, est un choix.
La question n’est plus technologique.
Elle est morale et politique.
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