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De la négociation à la guerre : Trump dans les pas des Bush ?

De la négociation à la guerre : Trump dans les pas des Bush ?

Moyen-Orient

De la négociation à la guerre : Trump dans les pas des Bush ?

Analyse – Bruxelles Korner

Le scénario rappelle des séquences déjà vues. Un président américain affirme privilégier la négociation, laisse filtrer des canaux diplomatiques indirects – Genève, Oman, médiations régionales – puis bascule vers l’option militaire au nom d’un impératif supérieur : sécurité internationale, stabilité régionale, lutte contre la prolifération.

Le 28 février 2026, les frappes israéliennes sur des cibles iraniennes, suivies quasi immédiatement par l’intervention américaine dans le Golfe, ne sont pas un accident stratégique. Elles s’inscrivent dans une montée en pression progressive, calibrée depuis plusieurs semaines. Déploiement naval massif, rhétorique ambiguë, alternance calculée entre ouverture diplomatique et menace explicite. Une méthode.

La doctrine du « bâton conditionnel »

Donald Trump a longtemps laissé entendre qu’un compromis restait possible. Des discussions indirectes ont effectivement eu lieu. Mais la séquence de communication est révélatrice :

• Affirmation d’une préférence pour la négociation

• Mise en doute de la « bonne foi » iranienne

• Signalement d’une impatience présidentielle

• Légitimation préalable du recours à la force

Cette architecture rhétorique n’est pas nouvelle. Elle rappelle la mécanique politique de 2003 : construire l’idée que toutes les alternatives ont été explorées, pour ensuite présenter la frappe comme une nécessité presque contrainte.

L’ombre des précédents Bush

La comparaison avec George W. Bush est inévitable. En 2003, l’Irak avait été présenté comme une menace globale. Aujourd’hui, l’Iran est décrit comme un acteur déstabilisateur systémique :

• Soutien aux milices régionales

• Programme nucléaire ambigu

• Capacité balistique croissante

Mais la différence majeure réside dans le contexte géopolitique. En 2003, les États-Unis agissaient en hyperpuissance incontestée. En 2026, Washington évolue dans un monde multipolaire, avec une Chine attentive, une Russie opportuniste et une Europe divisée.

L’alignement stratégique avec Israël

Le gouvernement israélien, confronté à une pression sécuritaire constante, défend depuis longtemps l’option d’un affaiblissement structurel de l’Iran. L’entrée américaine dans la séquence militaire représente un multiplicateur de puissance décisif.

Ce choix satisfait Tel-Aviv. Il consolide également l’image d’un président américain déterminé, refusant toute concession perçue comme faiblesse.

Intérêts globaux ou intérêts internes ?

La question centrale demeure politique.

Une intervention extérieure sert plusieurs objectifs domestiques :

• Rassembler autour du drapeau

• Déplacer le centre du débat médiatique

• Reconfigurer l’agenda politique interne

L’histoire américaine montre que la politique étrangère devient parfois un instrument de consolidation intérieure. La tentation existe toujours d’habiller des calculs nationaux sous l’argument de la sécurité mondiale.

Risque d’effet boomerang

L’hypothèse avancée par certains cercles à Washington est qu’une pression militaire accrue pourrait provoquer des fissures internes en Iran. L’idée d’un soulèvement populaire sous contrainte extérieure a déjà été testée ailleurs. Elle produit rarement les effets escomptés.

L’intervention militaire renforce souvent la cohésion nationale autour du pouvoir en place, au moins à court terme. L’ennemi extérieur devient un facteur d’unité.

Conclusion

La transition de la négociation à la frappe armée s’inscrit dans une continuité stratégique américaine. La méthode diffère dans le style, moins dans la structure.

La question n’est pas seulement militaire. Elle est géopolitique et systémique :

• L’Iran sera-t-il affaibli ou radicalisé ?

• Le conflit restera-t-il contenu ou s’étendra-t-il par proxies interposés ?

• L’Europe suivra-t-elle ou cherchera-t-elle une médiation tardive ?

Une chose est certaine : le Moyen-Orient entre dans une nouvelle phase d’instabilité contrôlée. Et l’histoire montre que ce type de pari ne reste jamais longtemps maîtrisé.

Voici le point de vue de notre expert :

CONFRONTATION ÉTATS-UNIS – IRAN (CHINE)

Tonyukuk BORAN

https://www.bruxelleskorner.com/makale/abdnin-iran-saldirisi-nasil-ve-ne-zaman-1192

 

Le premier cycle de négociations entre les États-Unis et l’Iran s’est tenu le 6 février 2026 à Oman, sous l’ombre stratégique du groupe aéronaval de l’USS Abraham Lincoln. Selon des informations ayant filtré, les discussions ont principalement porté sur l’abandon par l’Iran de ses activités nucléaires — il avait été souligné dans une analyse datée du 22 juin 2025 que les États-Unis ne seraient pas en mesure de détruire totalement les installations d’enrichissement d’uranium de Fordo, même à l’aide de bombes GBU-57 de 14 tonnes — ainsi que sur des restrictions relatives aux missiles balistiques.

Certaines sources indiquent également que Washington aurait exigé la limitation, voire l’arrêt, des exportations pétrolières iraniennes vers la Chine. Les pourparlers ont repris à Genève le 17 février 2026, sous médiation omanaise. Les deux parties affirment vouloir poursuivre les discussions dans un cadre diplomatique.

L’Iran, en consolidant ses relais régionaux  Hezbollah, forces supplétives en Syrie et au Yémen  a engagé des ressources considérables, ce qui a fortement affecté le niveau de vie de sa population. À cela s’ajoutent des accusations d’instrumentalisation par certains services de renseignement, ayant contribué à d’importantes manifestations populaires. Toutefois, la structure socioculturelle de l’Iran, marquée notamment par des héritages étatiques anciens d’origine perse et turque, place le facteur culturel au centre de l’équation politique interne.

MOUVEMENTS MILITAIRES

1. États-Unis

a. Déploiement naval et repositionnement stratégique

Le renforcement militaire américain dans la région se poursuit. Outre le groupe aéronaval de l’Abraham Lincoln en mer d’Oman, le groupe du Gerald R. Ford est en cours de déploiement. Certaines sources avancent que 33 % de la flotte opérationnelle américaine serait positionnée en configuration ciblant l’Iran — malgré les rapports signalant qu’un nombre significatif de bâtiments sont en maintenance.

Les destroyers de classe Arleigh Burke, compte tenu de la portée de leurs systèmes d’armes, pourraient intervenir depuis la Méditerranée orientale et la mer Rouge dans le cadre d’une opération élargie.

b. Défense antimissile

Sur les sept systèmes THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) déployés au sol par les États-Unis, l’un a été positionné en Jordanie, un autre en Israël. Les systèmes détenus par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite pourraient également être intégrés dans un dispositif coordonné. Sur neuf systèmes produits, au moins quatre seraient ainsi présents dans la zone.

Les destroyers équipés du système AEGIS renforcent encore la couverture antimissile, traduisant une posture défensive significative face aux capacités balistiques iraniennes.

c. Pont aérien logistique

Des sources ouvertes indiquent plus de 250 rotations d’avions de transport militaire américains vers la région. En revanche, les flux logistiques civils et maritimes demeurent peu documentés.

d. Disparitions radar au-dessus de la mer Caspienne

Des trajectoires d’avions de transport américains auraient disparu des systèmes de suivi au-dessus de la mer Caspienne, suggérant des préparatifs d’opérations discrètes. L’Afghanistan est évoqué comme plateforme potentielle pour des opérations spéciales.

2. Iran

Après la « guerre des 12 jours », des informations non confirmées font état d’acquisitions iraniennes de radars et de systèmes de défense aérienne chinois. Les rotations d’avions militaires russes et chinois vers l’Iran ont été remarquées. L’annonce d’exercices conjoints russo-chinois dans le détroit d’Ormuz à la fin février a suscité une réaction négative de Washington.

IRAN ET CHINE

La Chine, ayant perdu l’accès au pétrole bon marché vénézuélien après l’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis, verrait sa dépendance à la Russie s’accroître si l’Iran était marginalisé. Une telle évolution fragiliserait son statut de puissance globale.

La coopération sino-iranienne est ancienne. Plusieurs rapports évoquent un transfert de technologies balistiques via la Corée du Nord. En 2011, le drone furtif américain RQ-170 Sentinel, capturé par l’Iran après altération supposée de ses signaux GPS, aurait été examiné par des experts chinois selon diverses sources.

Des informations américaines mentionnent également qu’une bombe GBU-57 n’aurait pas explosé, laissant craindre une exploitation technologique par des spécialistes russes ou chinois.

Un revers inattendu pour Washington en cas d’attaque contre l’Iran affaiblirait la crédibilité militaire américaine, notamment vis-à-vis de Taïwan, et renforcerait la marge de manœuvre stratégique de Pékin.

OBJECTIFS POLITIQUES DE LA CONFRONTATION

Pour le président Trump, à l’approche des élections de mi-mandat, obtenir un engagement iranien formel sur l’arrêt de l’enrichissement d’uranium constituerait un succès politique interne. La limitation du programme balistique iranien renforcerait son soutien auprès de certains groupes d’influence.

Toutefois, un engagement militaire entraînant des pertes importantes non acceptées par l’opinion publique pourrait réduire son soutien au Congrès et au Sénat, le condamnant à une fin de mandat affaiblie.

Pour le régime iranien, la priorité demeure sa pérennité. Sur le plan étatique, les objectifs divergent :

• Washington cherche à limiter l’accès de la Chine au pétrole iranien et à contenir le programme nucléaire.

• Téhéran vise prioritairement la levée des sanctions.

En cas d’échec diplomatique selon les conditions américaines, l’ampleur des préparatifs militaires suggère la possibilité d’une frappe d’envergure, avec un objectif implicite de changement de régime.

La Chine, confrontée à l’encerclement stratégique américain, pourrait instrumentaliser l’Iran comme levier indirect, en fournissant soutien en renseignement, positionnement satellitaire ou guerre électronique. L’endommagement d’actifs symboliques américains avions furtifs, navires de surface, porte-avions — représenterait un gain stratégique majeur pour Pékin.

Enfin, l’histoire récente montre que les États-Unis ont souvent sous-estimé le facteur culturel dans leurs engagements extérieurs. Face à des États comme l’Iran et la Chine, dont les matrices stratégiques sont profondément enracinées dans une culture politique millénaire, des dynamiques inattendues peuvent émerger.

En synthèse

Trois formules éclairent la situation :

• Süleyman Demirel : « Aucun pouvoir ne résiste à une marmite vide. »

• Peter Drucker : « La culture mange la stratégie au petit-déjeuner. »

• Sun Tzu : « La suprême habileté consiste à vaincre sans combattre. »

Dans cette confrontation triangulaire, la décision militaire n’est qu’un paramètre. L’enjeu véritable réside dans l’équilibre entre pression stratégique, résilience interne et architecture globale du pouvoir.

Kadir Duran

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