Bruxelles | La poésie kazakhe à l’honneur au Centre culturel dont Mukagali Makatayev au cœur de la programmation
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Bruxelles | La poésie kazakhe à l’honneur au Centre culturel dont Mukagali Makatayev au cœur de la programmation
Bruxelles Korner | Culture & Diplomatie / Kadir Duran
À l’invitation du Kazakh Cultural Centre, une lecture de poésie s’est tenue à l’Ambassade du Kazakhstan, dans le cadre d’une leçon poétique dédiée au 95ᵉ anniversaire du poète kazakh Mukagali Makatayev.
L’événement a réuni diplomates, membres de la diaspora, étudiants et amateurs de littérature autour d’un hommage à l’une des figures majeures du patrimoine culturel kazakh.
Une poésie multilingue
Les poèmes de Mukagali ont été lus et récités en kazakh, russe, néerlandais et anglais, illustrant la portée universelle de son œuvre et la vocation interculturelle de la rencontre.
Musique et participation du public
La lecture a été suivie d’un récital de piano, accompagné de chants interprétés avec la participation du public, donnant à la soirée une dimension vivante et collective. La poésie n’était pas seulement écoutée : elle était partagée, incarnée, ressentie.
Quiz et clôture conviviale
Un quiz culturel a ensuite animé l’assistance. Bruxelles Korner s’y est distingué en terminant 2ᵉ, dans une atmosphère conviviale et pédagogique.
La rencontre s’est conclue par une photo de groupe, scellant une soirée placée sous le signe de la transmission et du dialogue culturel.
Biographie essentielle
Mukagali Makatayev naît le 9 février 1931 dans le village de Torgai, au cœur d’un Kazakhstan encore largement nomade. Cette enfance rurale, façonnée par la steppe, les montagnes et les rites de la vie quotidienne, irrigue toute son œuvre. La perte précoce de son père marque durablement son imaginaire poétique : l’absence, le manque et la quête de chaleur humaine deviennent des motifs centraux.
Formé au journalisme à l’Université d’État kazakhe, il exerce comme enseignant, journaliste et éditeur. Ces métiers l’ancrent dans le réel, au plus près des gens, et donnent à sa poésie une dimension humaine, directe et intelligible, loin de toute abstraction élitiste.
Une écriture accessible et intemporelle
Mukagali écrit une poésie lyrique, émotionnelle, mais lisible. Il parle de l’amour, de l’enfance, de la langue maternelle, de la patrie, des montagnes non comme des symboles figés, mais comme des expériences vécues. Sa singularité tient à un équilibre rare : la tradition orale kazakhe dialogue avec des formes modernes, sans rupture. Le résultat est une poésie qui traverse les générations.
Les épreuves comme moteur
Atteint de tuberculose, confronté à la précarité matérielle et à une vie personnelle instable, Mukagali transforme l’épreuve en densité poétique. Malgré la maladie, sa production reste abondante. Ses textes sont encore aujourd’hui récités à l’école, mis en musique et déclamés lors de cérémonies publiques.
Mort et reconnaissance
Il s’éteint en 1976, à seulement 45 ans. La reconnaissance nationale est en grande partie posthume : chaque 9 février, le Kazakhstan célèbre sa mémoire. Son nom est donné à des rues, des écoles et des prix littéraires. Mukagali est désormais reconnu comme la voix du cœur kazakh, celle qui relie la steppe, la montagne et l’intime.
Lecture du poème : “I want to be a child” (extrait, traduction anglaise)
I do not want to be a bird!
I have wings…
My wings are made of silver.
I want to be a child, unaware of this life, newly born.
Ce poème condense l’essence de Mukagali. Refuser d’être « oiseau » ou « feu », c’est refuser la puissance abstraite. Le poète choisit la fragilité, l’innocence, le corps dépendant. L’enfant devient la figure ultime de vérité : non encore corrompu, non encore séparé du monde.
I want to be a cradle…
My mother sits nearby, saying: “My little one.”
La mère et le berceau sont des images récurrentes chez Mukagali. Elles incarnent la protection absolue, mais aussi une nostalgie irréversible. Le monde entier est comparé à un berceau « ni étroit ni étranger » — accessible à certains, refusé à d’autres. La poésie devient ici une critique silencieuse de l’injustice, sans slogan ni accusation directe.
I want to be a child… in the arms of a mother who has no child.
Cette phrase concentre à la fois le manque individuel et la blessure collective. Chez Mukagali, la poésie ne prétend pas sauver le monde ; elle le console.
Conclusion
Mukagali Makatayev n’est pas seulement un poète majeur du Kazakhstan. Il est une boussole morale et émotionnelle.
Dans un pays marqué par les ruptures historiques, sa poésie rappelle une évidence simple :
Une nation qui sait encore parler de l’enfance, de la mère et de la perte ne disparaît pas.
C’est en cela que Mukagali demeure aujourd’hui encore profondément contemporain.
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