BRUXELLES KORNER | HISTOIRE & GÉOPOLITIQUE | 27 OCTOBRE 2026
Turkménistan : 35 ans après l’indépendance, de la disparition de l’URSS aux nouvelles ambitions géopolitiques de l’Asie centrale
BRUXELLES KORNER | ÉDITION SPÉCIALE | HISTOIRE, DIPLOMATIE & GÉOPOLITIQUE
Turkménistan : 35 ans après l’indépendance, une nation entre neutralité, puissance énergétique et nouvelles ambitions eurasiatiques
De la proclamation du 27 octobre 1991 à la diplomatie menée à Bruxelles en 2026 : retour sur trente-cinq années d’histoire et sur le rôle de l’ambassadeur Sapar Palvanov dans le rapprochement entre le Turkménistan, la Belgique et l’Union européenne.
Par Kadir Duran — Bruxelles Korner
Bruxelles, mardi 27 octobre 2026

Le 27 octobre 1991, le Turkménistan proclamait son indépendance, ouvrant un nouveau chapitre de son histoire au moment où l’Union soviétique entrait dans les dernières semaines de son existence.
Trente-cinq ans plus tard, cette république d’Asie centrale occupe une position particulière dans les relations internationales. Riche en gaz naturel, attachée à sa neutralité permanente et située au carrefour des grandes routes commerciales de l’Eurasie, elle cherche désormais à renforcer son rôle dans les échanges économiques et diplomatiques entre l’Asie et l’Europe.
Longtemps principalement connu pour ses immenses réserves d’hydrocarbures, le Turkménistan entend également valoriser sa position géographique, développer ses infrastructures ferroviaires et portuaires, moderniser ses échanges commerciaux et multiplier ses partenariats internationaux.
Cette évolution trouve un écho particulier à Bruxelles.
Ces dernières années, les activités diplomatiques conduites par Son Excellence Sapar Palvanov, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Turkménistan auprès du Royaume de Belgique et chef de sa mission auprès de l’Union européenne, ont contribué à renforcer la visibilité du pays dans les milieux diplomatiques, économiques et culturels européens.
À travers ses reportages, ses analyses énergétiques et ses chroniques consacrées aux transformations de l’Asie centrale, Bruxelles Korner a régulièrement suivi ces initiatives, en mettant en évidence aussi bien les ambitions turkmènes que les obstacles à leur réalisation.
Le trente-cinquième anniversaire constitue donc une occasion de revisiter non seulement la naissance de l’État indépendant, mais aussi sa place actuelle dans les équilibres géopolitiques de l’Eurasie.
I. Le 27 octobre 1991 : naissance d’un État souverain
L’histoire contemporaine du Turkménistan est indissociable de celle de l’Union soviétique.
En 1924, dans le cadre de la réorganisation territoriale soviétique de l’Asie centrale, la République socialiste soviétique turkmène est constituée. Son évolution institutionnelle, économique et sociale sera profondément marquée par l’organisation politique de Moscou.
À la fin des années 1980, les réformes engagées par Mikhaïl Gorbatchev, la crise du système soviétique et l’émergence de revendications nationales accélèrent la transformation de l’ensemble des républiques de l’Union.
Le 26 octobre 1991, un référendum sur l’indépendance est organisé au Turkménistan.
Le lendemain, le Soviet suprême proclame officiellement la souveraineté de la République du Turkménistan.
L’indépendance est donc proclamée avant la dissolution formelle de l’URSS, intervenue le 26 décembre 1991.
Saparmourat Niazov, déjà président de la République soviétique, prend la direction de l’État indépendant et inaugure une longue période de centralisation politique.
La Türkiye figure parmi les premiers pays à reconnaître la souveraineté turkmène. Les relations entre Ankara et Achgabat se développent progressivement autour des affinités linguistiques, historiques, culturelles et économiques.
Il importe toutefois de rappeler une distinction historique : l’indépendance a été proclamée le 27 octobre 1991, tandis que la fête nationale officielle est célébrée le 27 septembre depuis 2018.
Le 35e anniversaire a ainsi été célébré officiellement le 27 septembre 2026, notamment à Achgabat, en présence du président Serdar Berdimuhamedow. Bruxelles Korner lui avait consacré un article le 28 septembre 2026.
II. Chronologie politique et diplomatique : 1991–2026
Date | Événement historique |
|---|---|
27 octobre 1991 | Proclamation de l’indépendance du Turkménistan. |
2 mars 1992 | Admission du Turkménistan aux Nations unies. |
18 mai 1992 | Adoption de la Constitution de l’État indépendant. |
12 décembre 1995 | Reconnaissance de la neutralité permanente par l’Assemblée générale de l’ONU. |
1999 | Saparmourat Niazov devient président à vie. |
21 décembre 2006 | Décès de Saparmourat Niazov. |
2007 | Gurbanguly Berdimuhamedow devient président. |
2015 | Nouvelle résolution de l’ONU consacrée à la neutralité permanente. |
2016 | Révision de la Constitution. |
2018 | Première célébration officielle de l’indépendance le 27 septembre. |
2022 | Serdar Berdimuhamedow devient président. |
2023 | Réorganisation institutionnelle et rétablissement du Halk Maslahaty. |
2025 | Trentième anniversaire de la neutralité permanente et intensification des contacts UE–Asie centrale. |
27 septembre 2026 | Célébration officielle du 35e anniversaire de l’indépendance. |
27 octobre 2026 | Trente-cinquième anniversaire de la proclamation historique. |
Cette chronologie met en évidence une continuité fondamentale : le Turkménistan a consolidé sa souveraineté internationale tout en conservant un système politique fortement centralisé.
III. La neutralité permanente : une doctrine devenue identité diplomatique
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Le 12 décembre 1995 constitue l’une des dates les plus importantes de la diplomatie turkmène.
Ce jour-là, l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît le statut de neutralité permanente du Turkménistan.
Cette reconnaissance donne au pays une identité diplomatique particulière parmi les États issus de l’ancienne Union soviétique.
Les résolutions ultérieures de 2015 et 2025 ont réaffirmé la reconnaissance internationale de cette neutralité.
La doctrine turkmène repose sur la volonté de préserver l’indépendance des décisions nationales, de développer des relations avec différents partenaires et d’éviter une intégration contraignante dans des alliances militaires.
En pratique, Achgabat entretient des relations avec la Chine, la Russie, l’Iran, l’Afghanistan, la Türkiye, les autres républiques d’Asie centrale et les institutions européennes.
Cette neutralité ne signifie donc pas nécessairement un retrait de la scène internationale.
Elle peut également constituer un instrument de dialogue entre des puissances dont les intérêts ne coïncident pas toujours.
Sapar Palvanov : la neutralité expliquée depuis Bruxelles
Lors des célébrations du trentième anniversaire de la neutralité permanente du Turkménistan, organisées à Bruxelles en 2025, l’ambassadeur Sapar Palvanov a défendu une interprétation active de cette doctrine.
Dans le reportage consacré à cet événement, Bruxelles Korner rapportait cette déclaration du diplomate :
« La neutralité n’est pas la distance. La neutralité n’est pas un retrait. C’est un choix actif d’ouvrir des canaux de dialogue, même lorsque d’autres les ferment. »
Cette déclaration résume la lecture diplomatique qu’Achgabat souhaite promouvoir : la neutralité comme moyen de coopération plutôt que comme synonyme d’isolement.
L’ambassadeur a également souligné le rôle que le pays entend jouer dans le dialogue régional et les projets de connectivité.
L'événement réunissait des représentants diplomatiques de plusieurs pays, notamment la Türkiye, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan, la Mongolie et le Kirghizistan, ainsi que des représentants des milieux institutionnels, militaires, culturels et économiques.
Il faut toutefois distinguer cette doctrine officielle de son évaluation indépendante. La neutralité peut favoriser certains échanges diplomatiques, mais elle ne garantit à elle seule ni la stabilité régionale, ni la transparence institutionnelle, ni la réussite des projets économiques.
IV. Sapar Palvanov : la diplomatie turkmène au cœur de Bruxelles
L’évolution des relations entre le Turkménistan et la Belgique mérite une attention particulière.
Ces dernières années, Sapar Palvanov s’est imposé comme l’un des principaux interlocuteurs diplomatiques du Turkménistan à Bruxelles, en développant des échanges avec les institutions européennes, les représentations diplomatiques, les acteurs économiques et les milieux culturels.
Son action s’inscrit dans une orientation plus large : faire connaître le Turkménistan au-delà de ses ressources énergétiques et renforcer la place du pays dans les débats sur l’avenir des corridors eurasiatiques.
Les célébrations de l’indépendance à Bruxelles
En septembre 2025, Bruxelles Korner publiait un reportage consacré au 34e anniversaire de l’indépendance turkmène, à l’occasion d’une manifestation culturelle intitulée Trésors de l’Indépendance : une célébration du patrimoine turkmène.
L’événement, organisé par l’ambassadeur Sapar Palvanov avec Yelena Kharitonova, fondatrice de la Central-Asian European Creative Alliance, rassemblait des représentants diplomatiques, institutionnels et culturels.
Cette initiative illustrait une dimension parfois sous-estimée des relations internationales : la diplomatie culturelle, qui permet de créer des liens à travers le patrimoine, les traditions et les échanges humains.
Le dialogue avec les autorités belges
Une autre publication de Bruxelles Korner, intitulée De Bruxelles à la Route de la Soie : l’Asie centrale renforce son dialogue stratégique avec la Belgique, évoquait un petit-déjeuner de travail entre le vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot et plusieurs ambassadeurs accrédités à Bruxelles.
Le Turkménistan y était représenté par Sapar Palvanov.
Les thèmes abordés comprenaient les relations économiques, la sécurité énergétique, les transports et la connectivité entre l’Europe et l’Asie centrale.
Cette participation illustre la place croissante de la diplomatie régionale dans les relations belges avec les pays d’Asie centrale.
Le rôle de Bruxelles comme plateforme stratégique
Dans un autre reportage, Bruxelles Korner analysait le développement d’une plateforme de dialogue consacrée aux corridors entre l’Europe et l’Asie.
L’ambassadeur Sapar Palvanov y avait notamment mis en avant la position du Turkménistan au croisement des axes Est-Ouest et Nord-Sud, ainsi que les possibilités offertes par le port de Türkmenbaşy, les infrastructures ferroviaires et la modernisation des formalités douanières.
Le diplomate avait présenté la connectivité comme un facteur de développement économique et de stabilité régionale.
Cette approche révèle une évolution dans le discours diplomatique turkmène.
Le pays ne souhaite plus être considéré uniquement comme une puissance gazière, mais également comme un acteur de transit, de logistique et de connectivité continentale.
C’est précisément cette transition qui constitue l’un des principaux enjeux de sa politique extérieure en 2026.
V. Les relations avec la Türkiye et le monde turcique
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Les relations entre le Turkménistan et la Türkiye reposent sur un héritage linguistique et culturel commun, issu notamment de l’histoire des peuples oghouzes.
Cette proximité s’est traduite, depuis 1991, par le développement de relations commerciales, d’investissements, de projets de construction et d’échanges éducatifs.
La présence de sociétés turques dans le secteur de la construction et des infrastructures a participé aux transformations urbaines du Turkménistan, particulièrement dans la capitale Achgabat.
La dimension culturelle reste également essentielle.
Lors des célébrations du 102e anniversaire de la République de Türkiye à Bruxelles, en octobre 2025, Sapar Palvanov avait adressé ses félicitations au peuple turc et exprimé son souhait de renforcer davantage la coopération entre les deux pays.
Bruxelles Korner avait rapporté une déclaration de l’ambassadeur évoquant la proximité fraternelle entre les deux nations et la nécessité d’approfondir leurs partenariats.
Cependant, l’appartenance à un espace culturel commun ne signifie pas nécessairement une convergence complète des politiques étrangères.
Le Turkménistan conserve une doctrine de neutralité permanente, qui façonne sa manière de participer aux coopérations régionales et au dialogue avec les pays turciques.
Ce positionnement constitue une singularité dans un espace où les relations entre Ankara, Bakou, Astana, Tachkent et Bichkek connaissent des développements importants.
VI. Gaz naturel : une puissance économique confrontée à ses contradictions
Le gaz naturel constitue le principal levier de puissance économique du Turkménistan.
Selon la Banque mondiale, le pays dispose des quatrièmes réserves prouvées de gaz naturel au monde.
Toutefois, cette richesse s’accompagne de difficultés structurelles : concentration des exportations, prédominance des entreprises publiques, nécessité de développer le secteur privé et manque de transparence économique.
La Chine occupe une position particulièrement importante parmi les débouchés du gaz turkmène.
Cette relation procure à Achgabat un marché majeur, mais crée simultanément une forte dépendance commerciale.
Le paradoxe turkmène : beaucoup de gaz, peu d'accès direct à l'Europe
Dans une précédente analyse publiée par Bruxelles Korner, intitulée Alors que l’Europe cherche du gaz, le Turkménistan reste silencieux, nous avions examiné les contradictions du modèle énergétique turkmène.
Le constat demeure pertinent : des réserves considérables ne suffisent pas à faire d’un État un fournisseur capable d'atteindre tous les marchés.
Le transport du gaz exige des infrastructures, des financements, des accords de transit et des engagements commerciaux durables.
Or, le projet de gazoduc transcaspien, envisagé pour relier le Turkménistan à l’Azerbaïdjan sous la mer Caspienne, n’a pas été réalisé.
Plusieurs obstacles persistent : contraintes financières, conditions commerciales, investissements nécessaires et équilibres géopolitiques régionaux.
Il faut ici éviter une confusion essentielle : le corridor de transport transcaspien, consacré notamment au fret ferroviaire et maritime, et le gazoduc transcaspien, destiné au transport du gaz naturel, sont deux projets distincts.
Le premier dispose déjà d’infrastructures et de services opérationnels dans la région ; le second reste un projet énergétique à concrétiser.
Le projet TAPI : un autre axe énergétique stratégique
Le gazoduc Turkménistan–Afghanistan–Pakistan–Inde, connu sous le nom de TAPI, représente une autre ambition majeure.
Son objectif est d’ouvrir des débouchés énergétiques vers l’Asie du Sud tout en contribuant au développement des infrastructures régionales.
Cependant, son calendrier dépend de facteurs importants : sécurité en Afghanistan, financements, accords de transit et capacités de réalisation.
Les annonces d’avancement doivent donc être distinguées de la mise en service effective de l’ensemble du gazoduc.
Cette distinction est indispensable pour évaluer la portée réelle du projet.
VII. Achgabat et Bruxelles : vers une nouvelle architecture de connectivité
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Dans notre article Achgabat a parlé. Bruxelles a écouté, nous avions déjà souligné l’évolution du discours turkmène en matière de diplomatie économique.
Le pays cherche à ne plus être défini exclusivement par ses hydrocarbures.
Son ambition consiste désormais à mettre en valeur sa géographie, son accès à la mer Caspienne et son potentiel de transit entre plusieurs grandes régions économiques.
Lors d’échanges organisés à Bruxelles, Sapar Palvanov avait défendu cette vision, en insistant sur les infrastructures, la fluidité des échanges et la modernisation des procédures douanières.
L’enjeu est d’autant plus important que les chaînes d’approvisionnement mondiales connaissent de profondes transformations.
La guerre en Ukraine, les tensions géopolitiques, les risques pesant sur certaines routes commerciales et la volonté européenne de diversifier ses connexions renforcent l’intérêt pour les itinéraires passant par l’Asie centrale et le Caucase.
Le port international de Türkmenbaşy représente, dans ce contexte, un actif stratégique.
Mais sa compétitivité doit être appréciée à partir de critères concrets : délais de transit, coûts logistiques, capacité portuaire, connexions ferroviaires, prévisibilité administrative et coordination avec les pays partenaires.
Analyse Bruxelles Korner : la position géographique constitue une opportunité, mais seule la qualité des infrastructures et des services peut en faire un avantage commercial durable.
Le véritable défi du Turkménistan n’est pas seulement de figurer sur les cartes des corridors eurasiatiques. Il est de devenir une solution logistique réellement compétitive.
VIII. La Belgique et le Turkménistan : des perspectives au-delà de la diplomatie
La présence diplomatique turkmène à Bruxelles et les initiatives portées par l’ambassadeur Sapar Palvanov ouvrent plusieurs pistes de coopération.
La Belgique possède des compétences reconnues dans la logistique portuaire, les services d’ingénierie, la chimie industrielle, les technologies environnementales et les activités de transport international.
Ces secteurs peuvent présenter des complémentarités avec les besoins du Turkménistan.
Le rapprochement ne doit cependant pas être réduit à la question des hydrocarbures.
Les échanges universitaires, la formation, la culture, le tourisme, la numérisation et les services professionnels constituent également des domaines potentiels de coopération.
Les manifestations culturelles organisées à Bruxelles, ainsi que les rencontres diplomatiques auxquelles a participé Sapar Palvanov, contribuent à la visibilité du pays auprès des décideurs et du public européen.
Pour autant, les perspectives économiques doivent être distinguées des investissements effectivement annoncés ou réalisés.
La qualité d’une relation bilatérale ne se mesure pas uniquement au nombre de rencontres diplomatiques : elle dépend également des projets concrets, de leur financement et de leurs résultats.
IX. Trente-cinq ans d’indépendance : le défi de la gouvernance et des droits fondamentaux
L'analyse du Turkménistan ne peut être complète sans examiner son système politique.
Depuis 1991, le pays a connu trois présidences : celles de Saparmourat Niazov, de Gurbanguly Berdimuhamedow et de Serdar Berdimuhamedow.
La succession de 2022, du père au fils, témoigne de la continuité du pouvoir.
Sur le plan institutionnel, les transformations intervenues en 2023 ont également renforcé l’importance du Halk Maslahaty, placé sous la présidence de Gurbanguly Berdimuhamedow.
Les organisations internationales de défense des droits humains soulignent régulièrement les restrictions pesant sur la liberté d’expression, le journalisme indépendant, les associations et la participation politique.
Dans son Rapport mondial 2026, Human Rights Watch décrit notamment la persistance de restrictions importantes sur les libertés civiles, l’accès à Internet et les déplacements internationaux.
Ces éléments doivent être intégrés à l’évaluation de la stabilité politique du pays.
La continuité des institutions peut constituer un facteur de prévisibilité diplomatique. Mais elle ne suffit pas à garantir le pluralisme démocratique, la transparence ou la responsabilité des gouvernants.
La diversification économique suppose également un environnement permettant les initiatives privées, la sécurité juridique et une meilleure disponibilité des données publiques.
X. L'environnement et la diversification : les enjeux de la prochaine décennie
Le Turkménistan se trouve face à plusieurs défis économiques et écologiques.
La dépendance au gaz naturel expose ses recettes extérieures aux évolutions des marchés énergétiques.
La production d’hydrocarbures soulève des enjeux environnementaux, notamment concernant les émissions de méthane.
Par ailleurs, l’agriculture turkmène doit faire face à la raréfaction de l’eau, à la salinisation des sols et aux effets du changement climatique.
La Banque mondiale souligne également l’importance d’améliorer la gestion des ressources publiques, de développer les entreprises privées et de moderniser les infrastructures commerciales.
Le pays dispose néanmoins de plusieurs leviers de diversification : les transports, les activités portuaires, les industries de transformation, le tourisme patrimonial et les services associés aux échanges commerciaux.
La question centrale est celle de leur mise en œuvre.
Les projets annoncés doivent pouvoir être évalués à partir de résultats mesurables, de financements identifiés et d'une contribution réelle à l’économie.
XI. Le Turkménistan dans l'Asie centrale de 2026 : un acteur à part entière
L’Asie centrale connaît une transformation progressive de son rôle international.
Le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan développent leurs relations avec l'Union européenne, la Chine, la Russie, la Türkiye et les acteurs économiques du Moyen-Orient.
La région prend davantage d’importance dans les discussions sur les chaînes d’approvisionnement, les matières premières, l’énergie, les infrastructures de transport et la sécurité régionale.
Dans cet ensemble, le Turkménistan possède un profil singulier.
Sa neutralité permanente lui offre un cadre diplomatique distinct. Ses réserves gazières lui donnent un poids énergétique important. Son accès à la mer Caspienne et ses frontières méridionales ouvrent des perspectives de connectivité vers le Caucase, l’Iran et l’Afghanistan.
Mais ces avantages ne peuvent être considérés séparément de ses contraintes institutionnelles et économiques.
Le Turkménistan doit donc relever un défi comparable à celui d’autres États riches en ressources naturelles : transformer une richesse géologique en capacités économiques diversifiées.
XII. Analyse de Kadir Duran — De la souveraineté politique à la puissance économique
Trente-cinq ans après l’indépendance, le Turkménistan présente une trajectoire originale dans l’espace postsoviétique.
Contrairement à certains de ses voisins, le pays a fait de la neutralité permanente une dimension centrale de son identité internationale.
Il a également conservé une forte centralisation politique et économique.
Cette combinaison a contribué à préserver une orientation diplomatique relativement constante, mais elle peut également limiter la capacité du pays à attirer de nouveaux partenaires et à développer une économie plus ouverte.
Les interventions de l’ambassadeur Sapar Palvanov à Bruxelles témoignent d'une volonté de présenter le Turkménistan sous un angle plus large que celui de ses ressources énergétiques.
La diplomatie turkmène met désormais davantage l’accent sur les échanges commerciaux, les corridors logistiques, les infrastructures et les possibilités de coopération avec l’Union européenne.
Cette évolution mérite d’être suivie.
Elle soulève cependant une interrogation fondamentale : comment un État traditionnellement fermé peut-il devenir un acteur central d’une économie eurasiatique fondée sur la circulation des marchandises, des capitaux, des technologies et de l’information ?
C’est probablement dans la réponse à cette question que se trouve l’un des principaux enjeux des prochaines années.
Le pays possède des atouts réels.
Mais les ambitions doivent être confrontées aux capacités de réalisation, à la transparence des engagements et à la durabilité des partenariats.
Depuis Bruxelles, où se croisent les intérêts européens et les diplomaties d’Asie centrale, cette évolution prend une dimension particulière.
Les rencontres diplomatiques, les initiatives culturelles et les projets de connectivité constituent des instruments utiles de rapprochement.
Leur réussite dépendra toutefois de leur traduction en réalisations concrètes.
Conclusion — Trente-cinq ans après 1991, une nouvelle étape pour le Turkménistan
Le 27 octobre 1991 demeure une date fondamentale dans l’histoire du peuple turkmène.
Elle marque la naissance d’un État souverain et l’ouverture d’une nouvelle période de relations internationales.
Depuis lors, le Turkménistan a développé une identité diplomatique fondée sur la neutralité permanente, consolidé ses relations avec ses voisins et cherché à valoriser ses importantes ressources énergétiques.
En 2026, ses ambitions dépassent désormais les frontières du secteur gazier.
Les corridors de transport, les relations avec l’Union européenne, la modernisation industrielle et les échanges culturels occupent une place croissante dans les priorités affichées par Achgabat.
À Bruxelles, l’ambassadeur Sapar Palvanov contribue à porter cette orientation auprès des acteurs diplomatiques, institutionnels et économiques.
Mais les ambitions géopolitiques devront être accompagnées de transformations économiques, institutionnelles et environnementales capables de produire des résultats durables.
Car la véritable mesure de l’indépendance d’une nation ne réside pas seulement dans sa souveraineté territoriale, ses ressources naturelles ou son influence diplomatique. Elle réside aussi dans la capacité de l’État à offrir à sa population des perspectives de prospérité, de stabilité et de développement.
Trente-cinq ans après sa naissance, le Turkménistan ne doit donc plus seulement démontrer qu’il possède une place sur la carte de l’Eurasie.
Il doit démontrer comment cette place peut devenir un véritable instrument de développement et de coopération internationale.
Par Kadir Duran — Bruxelles Korner
Analyse historique, économique et géopolitique
Bruxelles, le 27 octobre 2026
Archives de Bruxelles Korner et références complémentaires
Les analyses et reportages suivants permettent de prolonger la lecture de cette chronique :
Bruxelles célèbre les 34 ans de l'indépendance du Turkménistan — Kadir Duran
Bruxelles célèbre les 30 ans de neutralité permanente du Turkménistan
Alors que l'Europe cherche du gaz, le Turkménistan reste silencieux — Kadir Duran
Bruxelles accueille une nouvelle plateforme stratégique entre l'Europe et l'Asie
Sources institutionnelles et indépendantes : Parlement du Turkménistan ; Banque mondiale ; Human Rights Watch — Rapport mondial 2026.
Note éditoriale : les déclarations de Sapar Palvanov sont attribuées aux reportages publiés par Bruxelles Korner. Elles ne constituent pas de nouvelles déclarations recueillies le 27 octobre 2026. Les perspectives économiques présentées dans cet article doivent être distinguées des projets contractualisés et des résultats effectivement réalisés.






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