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Türkiye–Sénégal : l’ambassadrice Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu dessine les contours d’un partenariat stratégique pour l’avenir de l’Afrique

Ana SayfaUluslararasi / InternationaleTürkiye–Sénégal : l’ambassadrice Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu dessine les contours d’un partenariat stratégique pour l’avenir de l’Afrique
Türkiye–Sénégal : l’ambassadrice Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu dessine les contours d’un partenariat stratégique pour l’avenir de l’Afrique

Türkiye–Sénégal : l’ambassadrice Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu dessine les contours d’un partenariat stratégique pour l’avenir de l’Afrique

31 Ekim, 2026, Cumartesi 18:58
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BRUXELLES KORNER | ANALYSE DIPLOMATIQUE ET GÉOPOLITIQUE | 31 OCTOBRE 2026

Türkiye–Sénégal : l’ambassadrice Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu dessine les contours d’un partenariat stratégique pour l’avenir de l’Afrique

Par Kadir Duran – Bruxelles Korner

Dans une grande interview publiée le 29 octobre 2026 par le quotidien sénégalais Le Soleil, à l'occasion du 103e anniversaire de la République de Türkiye, l'ambassadrice turque au Sénégal, Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu, expose les ambitions diplomatiques, économiques, culturelles et éducatives de son pays. Derrière cette volonté de renforcer les relations avec Dakar se dessine une stratégie plus vaste : faire de la Türkiye un partenaire durable du développement africain, dans un environnement international marqué par la diversification des alliances et la recomposition des influences géopolitiques.

Une diplomatie qui dépasse les relations traditionnelles entre États

L'entretien accordé au quotidien Le Soleil, dans son édition du jeudi 29 octobre 2026, mérite une attention particulière. Il ne se limite pas aux déclarations diplomatiques habituelles prononcées à l'occasion d'une fête nationale.

À travers ses réponses, l'ambassadrice Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu présente une véritable vision des relations entre Ankara et Dakar, fondée sur les investissements, la formation, les échanges commerciaux et le rapprochement des sociétés civiles.

Entrée en fonction au Sénégal en mars 2026, la diplomate considère que les relations entre les deux pays reposent sur une proximité humaine et culturelle qui constitue un fondement favorable au développement de nouvelles coopérations.

Elle souligne notamment le sens de l'hospitalité sénégalaise, le respect des traditions et l'importance des liens sociaux, autant de caractéristiques dans lesquelles elle observe des similitudes avec la société turque.

Ce langage diplomatique n'est pas anodin. La Türkiye cherche à construire une présence internationale qui ne repose pas uniquement sur les accords gouvernementaux, mais également sur des réseaux institutionnels, économiques, universitaires et culturels.

Le Sénégal apparaît, dans cette perspective, comme un partenaire particulièrement important en Afrique de l'Ouest.

Dakar–Ankara : une relation historique devenue stratégique

Les relations diplomatiques entre la Türkiye et le Sénégal remontent aux premières années de l'indépendance sénégalaise.

L'ouverture de l'ambassade du Sénégal à Ankara en 2006, puis l'intensification des visites présidentielles et ministérielles, ont progressivement transformé cette coopération.

L'ambassadrice rappelle que les échanges politiques se sont particulièrement renforcés ces dernières années, notamment à travers les rencontres entre les dirigeants des deux pays.

La visite du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye en Türkiye, en octobre 2024, et celle du Premier ministre Ousmane Sonko en août 2025 s'inscrivent dans cette dynamique.

Les discussions ont porté sur des secteurs aussi variés que les infrastructures, l'énergie, l'agriculture, l'industrie, la défense, la formation et les investissements.

Le partenariat n'est donc plus uniquement diplomatique. Il devient progressivement économique et institutionnel.

Dans le contexte de la stratégie nationale Vision Sénégal 2050, cette coopération peut offrir de nouvelles perspectives de diversification économique et de développement industriel.

Pour Ankara, le Sénégal constitue également une plateforme importante permettant de renforcer les relations avec l'ensemble de l'Afrique occidentale.

La Türkiye et l'Afrique : une progression économique qui traduit une ambition géopolitique

L'un des passages les plus significatifs de l'entretien concerne l'expansion de la présence turque sur le continent africain.

Selon les chiffres avancés par l'ambassadrice, les échanges commerciaux entre la Türkiye et l'Afrique sont passés de 5,4 milliards de dollars en 2003 à près de 40 milliards en 2025.

COMMERCE TÜRKİYE–AFRIQUE — CHIFFRES CITÉS DANS L'ENTRETIEN

2003

5,4 Md$

2025

≈ 40 Md$

 

Données citées par l'ambassadrice, reprises dans l'entretien du 29 octobre 2026.

Ces données montrent un changement considérable d'échelle. En un peu plus de deux décennies, le commerce entre la Türkiye et l'Afrique aurait été multiplié par environ 7,4.

La diplomate rappelle également que le nombre d'ambassades turques sur le continent est passé de 12 en 2002 à 44 en 2026.

L'objectif annoncé est désormais de porter les échanges commerciaux à 50 milliards de dollars.

Cette évolution traduit une stratégie de diversification de la politique étrangère turque.

Historiquement fortement orientée vers l'Europe, le Moyen-Orient et l'espace eurasiatique, la Türkiye a progressivement développé un réseau africain associant diplomatie, commerce, transport aérien, aide au développement et formation.

Cette stratégie intervient alors que plusieurs puissances cherchent à renforcer leurs positions économiques et politiques sur le continent.

La Chine y occupe une place majeure dans les infrastructures et le financement. L'Union européenne demeure un partenaire commercial et institutionnel de premier plan. Les États-Unis, les pays du Golfe, l'Inde et la Russie y développent également leurs propres initiatives.

La Türkiye cherche à se distinguer par une offre combinant investissements, présence entrepreneuriale, accompagnement technique et coopération culturelle.

Il serait toutefois excessif de considérer cette expansion comme une substitution à l'influence européenne ou chinoise. Elle correspond davantage à l'émergence d'un acteur supplémentaire dans un environnement africain devenu multipolaire.

Le Sénégal, vitrine d'une présence économique turque en Afrique de l'Ouest

Le Sénégal illustre concrètement cette stratégie.

Les entreprises turques y participent depuis plusieurs années à la réalisation d'infrastructures importantes, notamment dans les secteurs aéroportuaire, sportif et des équipements publics.

Parmi les réalisations figurent le Centre international de conférences Abdou Diouf, des infrastructures de l'aéroport international Blaise-Diagne, ainsi que plusieurs installations sportives et universitaires.

 

Dans son entretien, l'ambassadrice insiste sur la nécessité de transformer cette présence en partenariats économiques durables.

La Türkiye ne souhaite pas uniquement exporter des produits ou construire des infrastructures. Elle entend développer les relations entre entreprises turques et sénégalaises, favoriser les investissements réciproques et identifier de nouveaux secteurs de coopération.

L'agriculture, la pêche, les ressources minières, l'énergie et les industries de transformation sont particulièrement évoquées.

La diplomate souligne également la possibilité de renforcer les mécanismes institutionnels de coopération, notamment par l'intermédiaire du Conseil d'affaires Türkiye–Sénégal et de la Chambre de commerce Türkiye–Sénégal, TurkCham.

L'objectif d'un milliard de dollars d'échanges commerciaux

L'objectif de porter les échanges commerciaux bilatéraux à un milliard de dollars constitue l'une des ambitions économiques les plus importantes.

Cette cible avait déjà été affirmée lors de la rencontre entre les présidents Recep Tayyip Erdoğan et Bassirou Diomaye Faye en octobre 2024.

Mais cet objectif soulève une question essentielle : comment construire un partenariat économique réellement équilibré ?

Le dossier de presse officiel publié à l'occasion de la visite d'Ousmane Sonko en Türkiye indiquait qu'en 2024, le Sénégal avait importé pour 239 milliards de francs CFA de produits turcs, alors que ses exportations vers la Türkiye s'établissaient à 10,2 milliards de francs CFA.

COMMERCE BILATÉRAL 2024 — DONNÉES OFFICIELLES SÉNÉGALAISES

 

Source : dossier de presse officiel sénégalais du 5 août 2025. Ces données montrent une forte asymétrie commerciale.

Archives publiques du Sénégal

Cette différence constitue un enjeu stratégique.

Pour que la coopération soit véritablement mutuellement bénéfique, l'augmentation du commerce devra s'accompagner d'une meilleure capacité des entreprises sénégalaises à exporter, à transformer localement leurs matières premières et à participer aux chaînes de valeur industrielles.

La création d'emplois qualifiés, les transferts de technologies et le développement de partenariats industriels pourraient ainsi devenir des critères importants pour mesurer les résultats du rapprochement économique.

Le défi n'est donc pas seulement d'augmenter les volumes commerciaux, mais de déterminer comment cette croissance profitera aux deux économies.

La culture et l'éducation : les instruments d'une diplomatie d'influence

L'un des aspects les plus intéressants de l'entretien concerne l'importance accordée à la coopération éducative et culturelle.

L'ambassadrice évoque plusieurs institutions qui participent à la présence turque au Sénégal.

Parmi elles, l'Agence turque de coopération et de coordination (TİKA), la Fondation Maarif, le Centre culturel Yunus Emre, les bourses Türkiye Scholarships et les réseaux d'anciens étudiants formés dans les universités turques.

Selon les chiffres cités dans l'interview, la Fondation Maarif est présente dans 29 pays africains et accueille près de 24 000 élèves dans 252 établissements scolaires.

Ces initiatives s'inscrivent dans une stratégie plus vaste de rapprochement entre les populations.

La diplomatie culturelle permet de développer les échanges linguistiques, les formations universitaires et les réseaux professionnels qui peuvent ensuite accompagner les relations économiques.

L'ambassadrice souligne notamment que les étudiants sénégalais formés en Türkiye constituent un potentiel important pour les futures relations entre les deux pays.

La maîtrise du turc, du français et des réalités économiques sénégalaises peut leur permettre de jouer un rôle d'intermédiaire entre les institutions et les entreprises.

Cette vision correspond à une forme de soft power, c'est-à-dire une capacité d'influence reposant sur l'attractivité culturelle, éducative et institutionnelle plutôt que sur la contrainte.

La coopération éducative prend également une dimension pratique. En août 2026, l'École nationale d'administration du Sénégal a accueilli l'ambassadrice pour examiner notamment un projet de coopération avec l'Institut Yunus Emre. En octobre, des discussions ont également porté sur la formation professionnelle et technique.

 

L'entrepreneuriat féminin : une nouvelle dimension de la coopération

L'entretien aborde également une dimension moins fréquemment mise en avant dans les analyses géopolitiques : le développement de l'entrepreneuriat féminin.

L'ambassadrice présente la Maison de l'Afrique, créée en Türkiye, comme une initiative destinée à promouvoir les productions artisanales africaines et à favoriser l'autonomie économique des femmes.

Elle évoque notamment les textiles traditionnels, les bijoux, les accessoires et les objets décoratifs.

Selon la diplomate, ces produits peuvent trouver de nouveaux débouchés sur le marché turc.

Il ne s'agit pas uniquement d'une démarche commerciale.

Cette coopération peut permettre à de petites entreprises et à des coopératives féminines d'accéder à de nouveaux réseaux de distribution, tout en favorisant la valorisation du patrimoine culturel africain.

La première initiative pilote de formation artisanale mentionnée dans l'entretien s'est déroulée à Dakar avec le soutien de la TİKA.

Cette approche présente un intérêt particulier dans les stratégies de développement économique local.

Cependant, les résultats devront être évalués à travers des indicateurs concrets : nombre de bénéficiaires, revenus générés, accès aux marchés et pérennité des activités.

Turkish Airlines : le transport aérien comme instrument d'intégration économique

La présence de Turkish Airlines constitue un autre pilier de la politique africaine de la Türkiye.

L'ambassadrice rappelle que la compagnie dessert 41 pays africains et 63 destinations, selon les données présentées dans l'entretien.

La connectivité aérienne ne représente pas seulement un service de transport.

Elle permet de faciliter les déplacements des entrepreneurs, des investisseurs, des étudiants et des touristes.

Elle peut également soutenir les exportations de produits à forte valeur ajoutée et améliorer l'intégration des entreprises africaines dans les réseaux commerciaux internationaux.

Dans cette stratégie, Istanbul joue un rôle de plateforme entre l'Europe, l'Asie, le Moyen-Orient et l'Afrique.

Pour le Sénégal, cette connectivité représente une opportunité de diversification des liaisons internationales.

Pour la Türkiye, elle facilite l'accès à de nouveaux marchés.

Il s'agit d'un exemple de la manière dont une infrastructure commerciale peut devenir un instrument de politique étrangère.

Une diplomatie fondée sur le respect de la souveraineté africaine

L'ambassadrice insiste à plusieurs reprises sur le respect mutuel, la confiance et la volonté de construire une prospérité partagée.

Dans le contexte africain actuel, ce discours possède une portée politique particulière.

Plusieurs États africains cherchent à diversifier leurs partenariats internationaux afin de réduire certaines dépendances économiques, financières ou sécuritaires.

Le Sénégal, à travers ses orientations de développement à long terme, souhaite renforcer sa capacité de décision économique et développer davantage de valeur ajoutée sur son territoire.

La Türkiye peut trouver une place dans cette dynamique, notamment dans les secteurs où ses entreprises possèdent une expérience technique reconnue.

Cependant, une analyse géopolitique rigoureuse impose de distinguer les intentions diplomatiques des effets économiques réels.

La notion de partenariat équilibré doit pouvoir être examinée à partir de critères mesurables : les conditions de financement, la transparence contractuelle, la participation des entreprises locales, l'emploi sénégalais et les transferts de compétences.

La présence économique étrangère ne garantit pas automatiquement le développement local. Ses effets dépendent largement des accords négociés et de leur mise en œuvre.

La réussite du partenariat Türkiye–Sénégal dépendra donc autant des institutions sénégalaises que de la volonté politique et économique turque.

La diplomatie médiatique : un élément supplémentaire de l'influence turque

Il convient également de souligner la dimension médiatique de cette interview.

La publication d'un grand entretien dans Le Soleil, quotidien national sénégalais, à l'occasion de la fête de la République turque, constitue un exercice de diplomatie publique.

Les photographies accompagnant l'entretien participent à cette communication.

La première présente l'ambassadrice debout, dans une posture officielle, devant le drapeau turc. Elle souligne la représentation institutionnelle de son pays.

La seconde la montre au cours de l'entretien, avec une gestuelle expressive, dans un environnement où apparaissent notamment les couleurs de la Türkiye et du Sénégal.

Ces deux représentations sont complémentaires : l'une privilégie la fonction diplomatique, l'autre la proximité et le dialogue.

Le choix d'une interview développée sur deux pages permet également de présenter plusieurs dimensions de la présence turque, plutôt qu'un simple discours de circonstance.

Cette démarche s'inscrit dans une stratégie plus large. En septembre 2026, l'ambassadrice avait déjà rencontré la direction du journal Le Soleil afin d'échanger sur les possibilités de coopération médiatique entre les deux pays.

La diplomatie contemporaine ne se déploie plus exclusivement à travers les chancelleries. Les médias, les universités, les réseaux économiques et les organisations culturelles participent à la construction de l'image internationale des États.

Une stratégie turque à l'épreuve des réalités africaines

À travers cet entretien, Dilşad Kırbaşlı Karaoğlu présente une diplomatie turque qui cherche à associer intérêts économiques et rapprochement humain.

Cette ambition correspond à une évolution profonde de la politique étrangère d'Ankara depuis le début des années 2000.

La multiplication des ambassades, l'expansion des entreprises, le développement des établissements éducatifs et l'amélioration des connexions aériennes témoignent d'une volonté d'installation durable sur le continent africain.

Le Sénégal occupe une position importante dans cette orientation, notamment en raison de sa stabilité institutionnelle relative, de son ouverture économique et de son rôle régional.

L'enjeu central demeure néanmoins la transformation des déclarations politiques en réalisations économiques profitables aux populations.

Dans une Afrique où les puissances internationales multiplient les offres de partenariat, la crédibilité d'un acteur ne dépend plus uniquement du volume des investissements annoncés.

Elle dépend aussi de sa capacité à contribuer durablement à la création d'emplois, à la formation, à l'industrialisation et à l'autonomie économique de ses partenaires.

C'est à cette échelle que devra être appréciée l'ambition exprimée par l'ambassadrice turque : construire avec le Sénégal une coopération qui dépasse les relations commerciales traditionnelles pour devenir un partenariat stratégique de long terme.

Sources et références

  • Le Soleil, édition du 29 octobre 2026, pages 16 et 17, « Nous voulons renforcer nos relations privilégiées avec le Sénégal ». Entretien réalisé par Elhadji Ibrahima Thiam, photographies de Moussa Sow. Documents reproduits dans les images fournies.

  • Ministère turc des Affaires étrangères, relations bilatérales Türkiye–Sénégal.

    Turquie MFA

     

  • Présidence turque, déclaration du 31 octobre 2024 sur les échanges bilatéraux.

    İletişim Başkanlığı

     

  • Gouvernement sénégalais, dossier de presse de la visite officielle d'Ousmane Sonko en Türkiye, août 2025.

    Archives publiques du Sénégal

     

  • Agence de presse sénégalaise, 23 septembre 2026, et APAnews, 30 octobre 2026.

    APS+1

     

© Bruxelles Korner — Analyse et rédaction : Kadir Duran — 31 octobre 2026.

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