Les Grecs ont donné à Alexis Tsipras, comme il leur demandait,«une deuxième chance»lors des législatives anticipées. L'homme qui domine la scène politique hellénique s'est engagé à former dès lundi son gouvernement et à installer son action dans la durée d'un mandat de quatre ans. Il s'agissait du troisième scrutin national depuis huit mois, et du cinquième depuis le début de la crise grecque en 2010. Cette multiplication des votes explique, pour une bonne part, la forte abstention.
Les premiers sondages sortis des urnes reléguaient la formation conservatrice Nouvelle Démocratie entre 5 et 7 points derrière Syriza, le parti de gauche du premier ministre sortant. Un écart important, qui va contraindre la principale force d'opposition à un effort de renouvellement de ses hommes et idées, et qui annonce bien des turbulences à droite. Sur les plateaux de télévision grecs, les discussions ont porté durant toute la soirée électorale sur l'alliance gouvernementale que devra constituer Alexis Tsipras, qui ne bénéficiera pas d'une majorité absolue au Parlement grec.
La logique, soutenue par le patronat grec et les capitales des autres pays de l'Union européenne, voudrait que Syriza s'allie aux partis favorables à l'application du programme récemment signé avec les bailleurs européens, qui ont très largement dominé ce scrutin. Alexis Tsipras a toujours refusé la main tendue de d'Evangelos Meïmarakis, le chef de file, battu, de la Nouvelle Démocratie. Mais il peut se tourner vers le Pasok (socialiste), crédité de 5 à 7 %, et qui occupe le centre gauche. L'alliance avec la formation de centre droit To Potami (la Rivière), qui a obtenu un score moindre, est plus incertaine, Syriza ayant durant la campagne dédaigné les appels du pied répétés de cette jeune formation.
Une nouvelle alliance avec Anel?
En forgeant un pacte gouvernemental avec le Pasok, Alexis Tsipras offrirait une illustration de son changement de cap idéologique. Mais, au sein de Syriza, des voix laissaient entendre dimanche soir que la solution privilégiée demeurait l'alliance avec l'Anel, un parti de la droite nationaliste et antieuropéen, avec lequel Syriza avait travaillé durant ses sept mois passés au pouvoir. La déclaration d'Alexis Tsipras, en sortant du bureau de vote, selon laquelle il voulait former «un gouvernement de combat», prendrait alors une autre résonance. Et pourrait même annoncer une reprise du bras de fer entre la Grèce et l'Union européenne.
Avec Alexis Tsipras, on peut s'attendre à tout. Dans cette cinquième campagne qu'il mène à la tête de Syriza depuis son émergence sur la scène nationale lors des élections de 2009, l'ancien héros de la gauche radicale ne défendait plus, cette fois-ci, «une autre politique anti-austérité», mais pourtant bien l'orthodoxie libérale dictée par Bruxelles. Reniant les promesses qui l'avaient triomphalement porté au pouvoir en janvier, il a pris en juillet, dix jours après avoir reçu par référendum le soutien de 62 % des Grecs pour rejeter le mémorandum européen, un virage à 180 degrés, en signant ce fameux plan.
Un vrai tour de force électoral
Passé ainsi, en sept mois au pouvoir, de l'extrême gauche à un discours quasiment social-démocrate, il a juré pendant la campagne qu'il mettrait en œuvre le programme qu'il avait signé avec les créanciers européens. Mais en veillant à en amoindrir les effets sur les classes populaires et les défavorisés. C'est justement pour «gauchiser» un peu son action, que le futur premier ministre grec peut être tenté de tordre les accords tout juste signés avec ses partenaires européens.
La victoire, nette, d'Alexis Tsipras, prouve, en tout cas qu'il n'y a pas aujourd'hui d'homme ou de force politique autres, susceptibles d'incarner une alternative en Grèce. Après avoir signé un mémorandum et la scission de son parti, c'est un vrai tour de force électoral qu'il vient de réaliser. Certes, l'abstention, qui s'élevait en janvier à 35,13 %, semblait avoir progressé au point de flirter, dans les premiers sondages sortis des urnes, avec la barre des 40 %. C'est haut, d'autant qu'il faut ajouter, pour réellement prendre la mesure de la désaffection des électeurs grecs, le score réalisé par Vassilis Leventis, un hurluberlu, qui devrait entrer à la Vouli.
Une bonne part du vote Aube dorée n'exprime pas seulement une adhésion aux valeurs de ce parti néonazi, mais aussi le même rejet du système politique. Son positionnement à la droite de l'extrême droite a manifestement empêché cette formation de surfer sur la crise des réfugiés. Aube dorée, que l'on donnait dimanche soir entre 7 et 8 %, n'en demeure pas moins, comme en janvier, la troisième force politique du Parlement grec





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