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Reconstruction de l’Ukraine : la Roumanie et la Türkiye signent un protocole stratégique pour mobiliser leurs entreprises
Alors que les besoins de reconstruction de l’Ukraine représentent un chantier économique et humain considérable, Bucarest entend devenir une plateforme de coopération régionale. Un protocole signé entre la Chambre de commerce et d’industrie Roumanie–Türkiye et le Groupe d’action pour la reconstruction de l’Ukraine (GARU) ouvre de nouvelles perspectives aux entreprises roumaines et turques dans les infrastructures, l’énergie et les travaux publics.
Kadir Duran | Bruxelles Korner

Bucarest, 13 octobre 2026
Un accord économique au-delà des frontières
La reconstruction de l’Ukraine s’impose progressivement comme l’un des plus grands défis économiques et infrastructurels du continent européen. Routes détruites, ponts endommagés, installations énergétiques touchées, bâtiments publics à réhabiliter : les besoins sont immenses et nécessiteront une mobilisation durable de capitaux, d’entreprises et de compétences internationales.
C’est dans ce contexte qu’un protocole de coopération a été signé à Bucarest entre Corneliu Cîrstea, président du Groupe d’action pour la reconstruction de l’Ukraine (GARU), constitué dans le cadre du secteur privé du Conseil roumain des exportations, et Tamer Atalay, président du conseil d’administration de la Chambre de commerce et d’industrie Roumanie–Türkiye (CCIRT).
L’accord marque une volonté commune : faciliter l’accès des entreprises roumaines et turques aux projets économiques liés à la reconstruction ukrainienne et renforcer la coopération avec les partenaires ukrainiens.
Les principaux acteurs de l’accord
Tamer Atalay
Président de la Chambre de commerce et d’industrie Roumanie–Türkiye (CCIRT).
Corneliu Cîrstea
Président du Groupe d’action pour la reconstruction de l’Ukraine (GARU).
Une enveloppe de 80 milliards d’euros évoquée
Lors de son intervention devant une délégation de journalistes et de représentants économiques, Tamer Atalay a évoqué une enveloppe de 80 milliards d’euros destinée à soutenir des opérations de reconstruction de l’Ukraine, dans le cadre d’efforts impliquant notamment des partenaires européens et américains.
Ce montant, présenté dans son discours, doit toutefois être distingué des besoins globaux de reconstruction du pays et des financements effectivement approuvés ou disponibles. Il ne constitue pas, à ce stade, une enveloppe officiellement attribuée aux entreprises signataires du protocole.
Les secteurs susceptibles de mobiliser les investissements comprennent notamment les infrastructures de transport, les ponts, les réseaux électriques, les installations industrielles, les bâtiments et les équipements collectifs.
L’enjeu dépasse la simple réalisation de chantiers. Il concerne également la remise en fonctionnement de l’économie ukrainienne, la restauration des capacités de production et le rétablissement des échanges commerciaux.
La Roumanie veut devenir une porte d’entrée vers la reconstruction ukrainienne
La position géographique de la Roumanie lui confère un avantage stratégique. Membre de l’Union européenne et de l’OTAN, voisine directe de l’Ukraine et de la Moldavie, elle dispose de connexions routières, ferroviaires, fluviales et portuaires essentielles à l’acheminement de matériaux, d’équipements et de marchandises.
Dans cette perspective, Bucarest pourrait jouer un rôle d’interface entre les financements européens, les entreprises internationales et les besoins exprimés par les acteurs ukrainiens.
Le port de Constanța, les infrastructures du Danube et les passages frontaliers du nord-est roumain constituent des éléments importants de cette architecture logistique.
Tamer Atalay a également souligné la mobilisation de plusieurs organisations patronales roumaines autour de cette initiative, évoquant la participation de douze structures économiques et professionnelles.
Le projet entend associer quatre partenaires régionaux : la Roumanie, la Türkiye, la Moldavie et l’Ukraine.
Siret, les 19 et 20 octobre : une nouvelle étape annoncée
Une rencontre économique est annoncée pour les 19 et 20 octobre 2026 à Siret, ville roumaine située à proximité immédiate de la frontière ukrainienne.
Selon Tamer Atalay, cette réunion doit rassembler des représentants économiques, des responsables institutionnels et des délégations d’entreprises, notamment une délégation de la Chambre de commerce d’Ankara.
L’objectif annoncé consiste à structurer une coopération économique régionale, à identifier les besoins opérationnels et à rapprocher les entreprises susceptibles de participer aux projets.
Le choix de Siret est significatif : cette zone frontalière pourrait servir de base logistique pour le transport de matériel, la coordination des travaux et les échanges avec les partenaires ukrainiens.
Les entreprises turques : une expérience majeure dans les grands travaux
La Türkiye possède une industrie du bâtiment et des travaux publics particulièrement active à l’international. Ses groupes de construction interviennent dans les autoroutes, les chemins de fer, les tunnels, les métros, les ponts, les barrages et les infrastructures énergétiques.
Tamer Atalay a rappelé la présence croissante de ces entreprises sur le marché roumain, citant notamment des groupes comme Gülermak, Makyol, Cengiz, Mapa, Nurol et Doğuş.
Selon les chiffres avancés au cours de son intervention, les entreprises turques auraient remporté en Roumanie des contrats de construction représentant plusieurs milliards d’euros. Ces montants nécessitent une vérification contractuelle indépendante, mais illustrent l’importance que les responsables économiques accordent à cette coopération.
Pour la reconstruction de l’Ukraine, cette expérience pourrait constituer un atout : les entreprises turques disposent de capacités d’ingénierie, d’exécution et de mobilisation de personnel adaptées aux grands chantiers.
La Roumanie pourrait, de son côté, faciliter les contacts économiques, la coordination logistique et l’accès aux informations relatives aux projets financés par les institutions internationales.
Que prévoit exactement le protocole CCIRT–GARU ?
Le texte du protocole transmis à Bruxelles Korner définit une coopération économique fondée sur le rapprochement des entreprises, l’échange d’informations et l’identification de projets.
Il prévoit notamment :
* Le partage d’informations sur les besoins de reconstruction et les possibilités commerciales.
* La mise en relation d’entreprises roumaines, turques, ukrainiennes et d’autres partenaires intéressés.
* L’identification des capacités techniques et économiques des sociétés participantes.
* La facilitation des échanges avec les acteurs ukrainiens et les institutions concernées.
* Le développement d’initiatives concrètes dans le respect de l’autonomie de chaque organisation.
Il s’agit d’un protocole-cadre de coopération, et non de l’attribution immédiate de marchés publics ou de financements. La participation effective aux chantiers dépendra des appels d’offres, des conditions d’éligibilité, des garanties financières et des procédures applicables en Ukraine.
Plus de 500 milliards d’euros : l’ampleur réelle de la reconstruction
Besoins estimés sur dix ans
588 Md$
Plus de 500 milliards d’euros
Dommages directs estimés
195 Md$
À fin décembre 2025
Source : évaluation RDNA5, Banque mondiale, Commission européenne, ONU et gouvernement ukrainien, février 2026.
Ces données permettent de mesurer l’ampleur de la reconstruction et de replacer les 80 milliards d’euros évoqués par Tamer Atalay dans un contexte beaucoup plus vaste.
Valeurs approximatives issues de l’évaluation RDNA5.
Pour 2026, les besoins prioritaires de financement sont évalués à 15,25 milliards de dollars, dont environ 5,77 milliards couverts par des financements identifiés dans cette évaluation. Le déficit de financement est donc estimé à 9,48 milliards de dollars.
Une dimension géopolitique : reconstruire l’Ukraine tout en renforçant les corridors économiques européens
Au-delà des contrats potentiels, l’accord entre la CCIRT et GARU révèle une dynamique géoéconomique plus profonde.
La Roumanie cherche à valoriser sa position à la frontière orientale de l’Union européenne. La Türkiye entend mobiliser son savoir-faire industriel et ses entreprises de construction. L’Ukraine, quant à elle, doit reconstruire ses infrastructures tout en poursuivant son rapprochement économique et réglementaire avec l’Europe.
Cette convergence pourrait favoriser l’émergence d’un corridor de coopération reliant les Balkans, la mer Noire et l’Ukraine.
Mais plusieurs difficultés demeurent : la poursuite des opérations militaires, la sécurité des travailleurs, les assurances contre les risques de guerre, la disponibilité de la main-d’œuvre et la transparence des marchés publics.
La réussite de cette initiative dépendra donc autant des financements et de la stabilité des mécanismes contractuels que de la capacité technique des entreprises participantes.
Un protocole qui pourrait ouvrir une nouvelle phase de coopération
La signature entre Corneliu Cîrstea et Tamer Atalay constitue une première étape institutionnelle.
Elle donne un cadre aux échanges entre les milieux d’affaires roumains et turcs, sans préjuger des futurs contrats.
La rencontre annoncée à Siret les 19 et 20 octobre constituera un premier test : les participants devront transformer les intentions en projets identifiables, en partenariats opérationnels et, à terme, en investissements concrets.
Pour les entreprises turques, l’enjeu est d’accéder à un marché de reconstruction considérable. Pour la Roumanie, il s’agit de consolider son rôle de plateforme logistique et économique. Pour l’Ukraine, l’objectif prioritaire reste de restaurer les infrastructures, les services essentiels et les conditions de vie de sa population.
L’analyse de Bruxelles Korner
La reconstruction de l’Ukraine ne doit pas être envisagée uniquement comme un gigantesque marché international du bâtiment.
Elle constitue également un enjeu de souveraineté économique, de sécurité énergétique, de développement industriel et de réintégration régionale.
L’initiative roumano-turque illustre une évolution importante : les entreprises et organisations professionnelles n’attendent pas nécessairement la fin de la guerre pour préparer les mécanismes de reconstruction.
Cependant, la véritable réussite ne se mesurera ni au nombre de protocoles signés ni aux milliards annoncés, mais à la réalisation de projets répondant effectivement aux besoins ukrainiens.
Pour Bruxelles Korner, trois questions mériteront un suivi particulier : quelle part des financements sera réellement mobilisable, quels projets seront accessibles aux entreprises partenaires et quelle place sera accordée aux entreprises et aux travailleurs ukrainiens ?
Car reconstruire un pays ne consiste pas simplement à rebâtir ses ponts, ses routes ou ses centrales électriques. C’est aussi reconstruire son économie, ses institutions et les perspectives d’avenir de sa population.
Sources et méthode : première page du protocole CCIRT–GARU et intervention de Tamer Atalay communiquées à Bruxelles Korner ; évaluation RDNA5 de la Banque mondiale publiée le 23 février 2026. La signature est rapportée sur la base des éléments transmis ; aucune confirmation publique indépendante de cet accord précis n’a été retrouvée dans la recherche effectuée. Les chiffres de 80 milliards d’euros et les détails de la réunion de Siret restent attribués à l’intervenant.
Bruxelles Korner — Kadir Duran Économie internationale | Géopolitique | Investissements | Diplomatie économique







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