QUOI DE NEUF AU KAZAKHSTAN ?
Kazakhstan in Focus – Key Developments at a Glance
22 janvier 2026 Issue n°50
Par Kadir Duran

À retenir cette semaine
Réformes institutionnelles : création d’une Commission de réforme constitutionnelle ; le pouvoir évoque un chantier “comparable” à une nouvelle Constitution.
Nouvelle architecture politique : vice-présidence, Khalyk Kenesi (Conseil du peuple), et refonte du processus législatif au cœur des propositions.
Davos : Tokayev signe la charte du “Board of Peace” lancé par Donald Trump, initiative qui divise fortement les Européens.
Reconnaissance européenne : une déclaration écrite de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE/PACE) soutient les réformes et le rôle régional du Kazakhstan.
Énergie : Tengiz à l’arrêt après un incendie ; impact immédiat sur les exportations via le CPC (mer Noire).
Soft power / patrimoine : Almaty distinguée par Viajar ; candidatures UNESCO annoncées (mosquée de Zharkent, cathédrale de l’Ascension, pétroglyphes du Karatau).
Environnement / eau : accélération des projets autour de la Mer d’Aral du Nord et montée en puissance des dossiers hydroélectriques.
1) Politique intérieure Une réforme constitutionnelle qui change d’échelle
Le président Tokayev a acté la mise en place d’une Commission de réforme constitutionnelle, structure consultative appelée à produire des propositions “globales” et à consolider la séquence de réformes en cours. La présidence de la Commission revient à Elvira Azimova, avec une équipe de direction explicitement politique (vice-présidences, secrétariat).
Lecture politique (Bruxelles/Europe) : le signal est double.
Interne : verrouiller une trajectoire institutionnelle et préparer une nouvelle phase de légitimation (référendum possible, selon le cadrage public).
Externe : présenter un Kazakhstan “modernisateur” et “prévisible” — un argument central pour partenaires, investisseurs et institutions européennes.
2) “Kurultai state” La nouvelle architecture institutionnelle (et ce qu’elle vise)
Dans la foulée du 5e National Kurultai, plusieurs propositions structurantes circulent :
Création d’un poste de vice-président (logique de succession/continuité, mais aussi de distribution du pouvoir exécutif).
Mise en place d’un Khalyk Kenesi (People’s Council), appelé à absorber/recadrer des fonctions de concertation et d’équilibre sociopolitique.
Réforme du fonctionnement parlementaire et du processus législatif (trois lectures, responsabilité accrue des partis, etc.), selon les éléments présentés par des canaux officiels et para-officiels.
Pourquoi l’Europe doit regarder : si ces propositions se traduisent en textes, l’enjeu n’est pas seulement “institutionnel”. Il touche à la prévisibilité normative (lois, régulation, climat d’affaires) et à la stabilité de la chaîne décisionnelle — deux variables décisives pour l’UE sur l’énergie, les matières premières, les routes commerciales et les projets d’infrastructure.
3) Diplomatie , Le “Board of Peace” de Trump : opportunité ou risque de dissonance
À Davos, Tokayev a signé la charte du “Board of Peace”, initiative portée par Donald Trump. Côté Kazakhstan, l’opération s’inscrit dans une posture de “middle power” et dans la diplomatie multi-vecteurs.
Côté européen, l’initiative est hautement polarisante : plusieurs États hésitent ou déclinent, sur fond d’ambiguïtés institutionnelles et de crainte d’un contournement de l’ONU.
Angle Bruxelles : pour l’UE, le sujet n’est pas la “signature” en soi, mais la question suivante : le Kazakhstan se positionne-t-il comme pont diplomatique… ou comme acteur contraint par des rapports de force ? À surveiller : la suite concrète (mandat, financements, gouvernance, livrables).
4) Strasbourg, Une validation politique utile, mais à manier avec précision
Le ministère kazakh des Affaires étrangères annonce qu’une déclaration écrite de la PACE soutient les réformes et le rôle régional du Kazakhstan, appelant à poursuivre la coopération sur démocratie/État de droit/droits humains.
Le référencement PACE indique un texte daté du 19/01/2026 (Doc. 16320), identifié comme “written declaration”.
Lecture : dans la bataille des narratifs, ce type de signal “Strasbourg” est précieux. Mais il ne remplace ni l’évaluation sur pièces (mise en œuvre) ni les débats européens sur les standards et conditionnalités.
5) Énergie Tengiz à l’arrêt : le rappel brutal de la vulnérabilité logistique
Après un incendie, la production de Tengiz reste stoppée ; l’événement pèse sur l’offre nationale et entraîne des annulations d’expéditions de brut via le CPC, route majeure des exportations kazakhes.
Implication Europe : dès que le corridor mer Noire/CPC est perturbé, l’onde de choc dépasse le Kazakhstan. Le sujet touche :
la sécurité d’approvisionnement,
la prime de risque logistique,
et la dépendance à des points de passage exposés à un environnement stratégique dégradé.
6) Culture & image Almaty, UNESCO : le soft power comme politique publique
Almaty figure dans un classement “villes de montagne” mis en avant par Viajar (relais via autorités locales).
Le gouvernement annonce la préparation de dossiers pour inscrire la mosquée de Zharkent, la cathédrale de l’Ascension et les pétroglyphes du Karatau sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Lecture : ce n’est pas anecdotique. Patrimoine + tourisme + diplomatie culturelle = levier d’influence, mais aussi diversification économique hors hydrocarbures.
7) “Did you know?” Mer d’Aral du Nord & hydroélectricité : l’environnement comme enjeu stratégique
Le Kazakhstan accélère la restauration de la Mer d’Aral du Nord et met en avant des mesures de gestion de l’eau (efficacité des canaux, technologies d’économie d’eau).
En parallèle, des projets hydroélectriques (PPP, infrastructures) sont poussés comme réponse à la sécurité hydrique et à la transition énergétique.
Angle régional : l’eau en Asie centrale est un sujet de puissance. Tout ce qui touche aux barrages, aux volumes et aux arbitrages irrigue directement la stabilité sociale, l’agriculture, et les équilibres inter-États.

Ce qu’il faut surveiller la semaine prochaine
Calendrier et périmètre exact des travaux de la Commission constitutionnelle (livrables, délais, option référendaire).
Clarification des propositions “Kurultai/People’s Council/Vice President” : texte, procédure, majorité, et articulation institutionnelle.
Retour à la normale sur Tengiz et effet sur les flux CPC (et donc sur les marchés).
Déclinaison opérationnelle du “Board of Peace” : mandat réel vs vitrine politique.










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