OUZBÉKISTAN : UNE ÉCONOMIE EN PLEINE TRANSFORMATION, ENTRE INVESTISSEMENTS EUROPÉENS, CORRIDORS COMMERCIAUX ET AMBITIONS INDUSTRIELLES
BRUXELLES KORNER | ANALYSE ÉCONOMIQUE INTERNATIONALE
Période analysée : 1er au 15 octobre 2026 | Publication : 21 octobre 2026
L’Ouzbékistan accélère son repositionnement économique sur la scène internationale. Entre rapprochement avec les partenaires européens, développement de nouvelles infrastructures logistiques, modernisation industrielle et diversification des investissements étrangers, Tachkent cherche à transformer sa position géographique en avantage stratégique. Les développements de la première quinzaine d’octobre 2026 confirment une orientation : faire de l’Ouzbékistan un pôle industriel, financier et commercial majeur en Asie centrale.
Par Kadir Duran — Bruxelles Korner
Une économie qui veut dépasser son rôle de marché émergent
Depuis plusieurs années, l’Ouzbékistan poursuit une transformation économique fondée sur l’ouverture internationale, la diversification productive et l'amélioration de son environnement des affaires.
Sous la présidence de Shavkat Mirziyoyev, cette stratégie s'inscrit dans une ambition plus large : réduire la dépendance aux secteurs traditionnels, attirer les capitaux étrangers et intégrer davantage l'économie nationale aux chaînes de valeur internationales.
Les développements enregistrés entre le 1er et le 15 octobre 2026 montrent que cette politique se déploie désormais sur plusieurs fronts : commerce extérieur, financement, infrastructures, technologies, énergie et coopération régionale.
L'enjeu n'est plus seulement d'attirer des investisseurs. Il consiste à construire un écosystème capable de transformer les investissements en capacités de production, en emplois qualifiés et en exportations.
1. L'Europe devient un partenaire central de la diversification économique
Le rapprochement avec les économies européennes constitue l'un des axes majeurs de la politique économique ouzbèke.
Durant cette quinzaine, plusieurs initiatives diplomatiques et commerciales ont illustré cette orientation.
Danemark : une coopération qui dépasse le commerce traditionnel
Le 2 octobre, le président Shavkat Mirziyoyev a rencontré le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen.
Selon les informations publiées par EUROUZ, les échanges commerciaux entre les deux pays ont presque quintuplé au cours des dernières années.
Les entreprises danoises participent déjà à des projets dans les secteurs minier, chimique, agricole, alimentaire et de l'approvisionnement en eau.
Les discussions ont porté sur de nouveaux investissements dans l'énergie, l'industrie pharmaceutique, les transports, la logistique et l'agro-industrie.
Pour l'Ouzbékistan, l'intérêt de cette coopération dépasse les flux commerciaux : le Danemark représente également une source de technologies, de compétences industrielles et de solutions pour une utilisation plus efficace des ressources.
Royaume-Uni : 46 projets au cœur du partenariat économique
La deuxième réunion du Comité économique ouzbéko-britannique a confirmé l'intensification des relations commerciales.
Commerce bilatéral, janvier–août 2026
≈ 250 M$
+12,6 % sur un an
Projets conjoints examinés
46
Avec participation d'UK Export Finance
Chiffres rapportés par EUROUZ pour les échanges entre l'Ouzbékistan et le Royaume-Uni.
Les discussions ont également concerné le futur Centre financier international de Tachkent, les minerais critiques, la pharmacie, l'ingénierie et les technologies numériques.
La question de la certification des produits ouzbeks et de leur accès au marché britannique occupe une place importante.
Pour les entreprises locales, la capacité à satisfaire les normes techniques et réglementaires internationales peut devenir aussi déterminante que le coût de production.
2. Le corridor transcaspien : l'atout géoéconomique de l'Ouzbékistan
L'un des développements les plus stratégiques de cette période concerne le Corridor médian, également appelé route internationale de transport transcaspienne.
Ce réseau relie l'Asie centrale aux marchés européens en passant notamment par la mer Caspienne, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Türkiye.
Un rapport de la Banque mondiale, publié le 28 septembre et repris dans la revue économique d'octobre d'EUROUZ, met en évidence son potentiel.
25,1 Md$
Projets d'infrastructures prioritaires
30 Md$
Investissements complémentaires identifiés
2 millions
Emplois supplémentaires potentiels d'ici 2040
Estimations et scénarios régionaux rapportés dans la synthèse EUROUZ du rapport de la Banque mondiale ; il ne s'agit pas de financements déjà engagés ni de résultats garantis.
Selon les projections présentées, l'amélioration de ce corridor pourrait permettre de plus que tripler les échanges commerciaux concernés d'ici 2040.
Pour l'Ouzbékistan, pays doublement enclavé, cette évolution est particulièrement importante.
L'absence d'accès direct à la mer constitue historiquement un handicap logistique. Le développement de corridors multimodaux pourrait progressivement réduire ce désavantage en diversifiant les itinéraires d'exportation.
La modernisation des infrastructures ne suffira cependant pas. La compétitivité du corridor dépendra également de la simplification douanière, de la numérisation des documents commerciaux, de la coordination frontalière et de la fiabilité des délais de transport.
L'enjeu géopolitique est considérable : la diversification des corridors commerciaux peut renforcer l'autonomie économique des États d'Asie centrale et leur capacité à négocier avec plusieurs grands partenaires simultanément.
3. Géorgie–Ouzbékistan : un objectif commercial d'un milliard de dollars
Le 13 octobre, la onzième réunion de la Commission intergouvernementale ouzbéko-géorgienne de coopération économique s'est tenue à Tsinandali.
Les deux pays ont affiché un objectif ambitieux : porter leurs échanges bilatéraux à un milliard de dollars.
La coopération couvre plusieurs secteurs : industrie, construction, agriculture, énergie, finance et transports.
Le développement d'un centre logistique ouzbek au port géorgien de Poti représente une initiative particulièrement significative.
Une première expédition pilote de produits ouzbeks vers l'Europe a déjà été réalisée via cette plateforme, selon EUROUZ.
Cette infrastructure pourrait contribuer à structurer de nouvelles routes d'exportation et à améliorer l'accès des entreprises ouzbèkes aux marchés européens.
Parallèlement, le Forum d'affaires Géorgie–Ouzbékistan, organisé les 7 et 8 octobre à Tachkent avec le soutien d'EUROUZ, a réuni plus de 200 représentants économiques, présenté plus de 40 entreprises géorgiennes et facilité plus de 35 rencontres B2B.
Ces résultats témoignent d'une volonté de transformer les relations diplomatiques en partenariats opérationnels.
4. Une nouvelle architecture économique régionale en Asie centrale
Le 8 octobre, lors de la huitième réunion consultative des dirigeants d'Asie centrale et de l'Azerbaïdjan au Turkménistan, le président Mirziyoyev a proposé plusieurs initiatives destinées à approfondir l'intégration économique régionale.
Parmi elles figure le concept « six économies, un produit », visant à encourager la production industrielle conjointe.
Cette proposition repose sur une logique économique : associer les capacités productives, les ressources naturelles, les compétences et les infrastructures de plusieurs pays pour développer des produits compétitifs à l'international.
Le président ouzbek a également proposé la création d'une alliance régionale consacrée aux minerais critiques.
Dans un contexte mondial marqué par la demande croissante de lithium, de cuivre, de terres rares et d'autres matières premières stratégiques, cette initiative pourrait renforcer le pouvoir de négociation des pays producteurs.
La coopération régionale doit également s'étendre aux infrastructures d'intelligence artificielle, à l'énergie bas carbone, à la gestion de l'eau et à la réduction de la pollution atmosphérique.
Ces propositions restent à traduire en mécanismes institutionnels, engagements financiers et projets industriels concrets.
Elles indiquent néanmoins une évolution importante : l'Asie centrale cherche progressivement à passer d'une coopération essentiellement bilatérale à une logique d'intégration économique régionale.
5. Luxembourg–Ouzbékistan : finance, technologies et nouvelles perspectives pour le Benelux
Les 8 et 9 octobre, un forum économique Luxembourg–Ouzbékistan a été organisé dans le cadre d'une mission commerciale luxembourgeoise.
L'événement, soutenu par EUROUZ et organisé notamment avec la Chambre de commerce BeNeLux Uzbekistan, la Chambre de commerce du Luxembourg et le Consulat honoraire du Luxembourg à Tachkent, a réuni des entreprises issues de plusieurs secteurs stratégiques.
La finance, la logistique, les technologies de l'information, l'intelligence artificielle, les médias, le conseil, la santé et l'industrie pharmaceutique figuraient parmi les domaines représentés.
Cette initiative mérite une attention particulière du point de vue belge.
Le Luxembourg dispose d'un écosystème financier international et d'une expertise reconnue dans la structuration des investissements. La Belgique bénéficie, de son côté, d'atouts en matière de logistique, de services professionnels, de pharmacie, de recherche et de commerce international.
La coopération avec l'Ouzbékistan pourrait donc ouvrir des perspectives pour les entreprises du Benelux, notamment dans l'accompagnement des investissements, le financement de projets et le transfert de technologies.
Il faut toutefois distinguer les contacts commerciaux et les projets effectivement conclus. Le forum représente une plateforme de mise en relation, et non la confirmation automatique de nouveaux investissements.
6. Les investisseurs étrangers élargissent leur présence
L'évolution de l'économie ouzbèke se reflète également dans la diversification des entreprises internationales présentes sur le marché.
Parmi les nouveaux membres annoncés par EUROUZ figure White Star Real Estate, groupe immobilier international actif dans plusieurs segments de l'immobilier et de l'énergie.
Fondé en 1992, le groupe indique avoir réalisé plus de 70 projets représentant une valeur supérieure à 2,8 milliards d'euros.
Son expansion en Ouzbékistan et en Asie centrale en 2026 porte principalement sur l'immobilier commercial, les infrastructures et l'énergie.
La présence de ce type d'acteur peut favoriser l'émergence de nouveaux standards de développement immobilier et de gestion des actifs.
Le secteur des boissons et de l'agro-industrie bénéficie également d'une présence internationale, illustrée par UzCarlsberg, autre nouveau membre d'EUROUZ.
Parallèlement, l'adhésion de Sarbon University souligne l'importance croissante de la formation, de l'innovation et de la transformation numérique dans les partenariats économiques.
Ces exemples montrent que l'attractivité du pays ne repose pas uniquement sur les matières premières ou les infrastructures. Elle concerne également les services, l'éducation et les activités de consommation.
7. Gouvernance, conformité et ESG : les nouvelles exigences du marché
L'attractivité économique ne se mesure pas seulement au volume des investissements annoncés.
Elle dépend aussi de la qualité des institutions, de la sécurité juridique, de la transparence financière et de la capacité des entreprises à respecter les normes internationales.
Dans ce contexte, EUROUZ a relancé son comité ESG pour le cycle 2026–2027, à la suite d'une réunion organisée le 30 septembre.
Roman Dovolnov, responsable des services climat et durabilité chez EY Uzbekistan, en assure la présidence, aux côtés de Tatiana Miroshnichenko, directrice exécutive de GCF Eurasia, nommée coprésidente.
Le comité doit notamment travailler sur les stratégies environnementales, sociales et de gouvernance, les obligations de reporting et leur application pratique.
Le 6 octobre, le comité Ressources humaines et renforcement des capacités d'EUROUZ a également organisé, avec PwC, une rencontre consacrée à la croissance des entreprises et à la maîtrise de leur complexité organisationnelle.
Ces initiatives traduisent un besoin croissant de professionnalisation du secteur privé.
Pour les investisseurs européens, la conformité, la gouvernance d'entreprise et la qualité de l'information financière constituent des facteurs essentiels dans l'évaluation des risques.
L'enjeu pour l'Ouzbékistan sera de faire évoluer ces pratiques au-delà des grandes entreprises internationales, notamment vers les entreprises locales et les PME.
8. EUROUZ, un instrument de rapprochement entre l'Europe et l'Ouzbékistan
La Europe–Uzbekistan Association for Economic Cooperation (EUROUZ) occupe une place croissante dans le dialogue économique entre les entreprises européennes et ouzbèkes.
L'association facilite les échanges entre investisseurs, institutions, chambres de commerce et acteurs économiques.
Pour le mandat 2026–2028, son conseil d'administration a confirmé Pierre-Paul Antheunissens, dirigeant d'EDF en Asie centrale, à la présidence.
Oybek Shaykhov, fondateur d'EUROUZ et président exécutif d'East-West Group, a été nommé trésorier.
Les activités de l'association durant cette quinzaine montrent une diversification de ses partenariats, notamment vers la Géorgie, le Luxembourg et Hong Kong.
Le rapprochement avec EuroCham Hong Kong et la Hong Kong General Chamber of Commerce illustre également la volonté de connecter l'Ouzbékistan à des réseaux économiques dépassant le seul cadre européen.
Pour les entreprises belges et européennes, ce type de plateforme peut faciliter l'accès à l'information économique, l'identification de partenaires et la compréhension des conditions locales d'investissement.
9. Les défis économiques : transformer les ambitions en résultats
Malgré les perspectives favorables, plusieurs défis structurels restent déterminants.
La diversification économique suppose d'abord un accroissement durable de la productivité industrielle. Attirer des capitaux ne suffit pas si les projets ne favorisent pas la création de valeur ajoutée locale.
Le développement des infrastructures logistiques nécessite également des financements importants et une coopération étroite entre États.
L'accès à l'énergie, la gestion des ressources hydriques et les besoins de modernisation technologique peuvent peser sur les coûts de production.
Enfin, la stabilité réglementaire, l'efficacité administrative, la protection des investisseurs et la disponibilité d'une main-d'œuvre qualifiée seront décisives pour transformer les intentions d'investissement en projets durables.
La question fondamentale est donc celle de la qualité de la croissance : quelle part des investissements se traduira par des emplois, des exportations à plus forte valeur ajoutée et une amélioration durable de la compétitivité ?
10. Analyse géoéconomique : l'Ouzbékistan peut-il devenir une plateforme entre l'Europe et l'Asie ?
La trajectoire ouzbèke doit être replacée dans le contexte plus large de la recomposition des échanges internationaux.
Les entreprises européennes cherchent à diversifier leurs approvisionnements, sécuriser leurs chaînes logistiques et identifier de nouveaux marchés.
Dans le même temps, les économies d'Asie centrale cherchent à développer leurs propres capacités industrielles et à limiter leur dépendance à un nombre restreint de partenaires commerciaux.
L'Ouzbékistan dispose de plusieurs atouts : une population importante à l'échelle régionale, un marché intérieur en développement, une position centrale en Asie et une politique active de coopération économique internationale.
Sa capacité à devenir une plateforme régionale dépendra toutefois de trois transformations.
La première est logistique : réduire les coûts et les délais de transport grâce à des corridors diversifiés.
La deuxième est industrielle : développer des activités de transformation capables de générer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
La troisième est institutionnelle : offrir aux investisseurs un environnement prévisible, transparent et compatible avec les exigences du commerce international.
Ces transformations sont interdépendantes. Une infrastructure performante sans production compétitive risque de demeurer sous-utilisée. Une industrie moderne sans accès efficace aux marchés étrangers voit sa croissance limitée. Et des investissements importants sans sécurité juridique peuvent rester fragiles.
Conclusion — De l'ouverture économique à la puissance régionale
La première quinzaine d'octobre 2026 révèle une dynamique cohérente : l'Ouzbékistan cherche à transformer son ouverture diplomatique en intégration économique concrète.
Le renforcement des relations avec le Danemark, le Royaume-Uni et le Luxembourg, les initiatives avec la Géorgie, le développement du corridor transcaspien et les projets d'intégration industrielle régionale participent d'une même stratégie.
L'objectif est de faire du pays non seulement un marché de consommation ou une destination d'investissement, mais également un centre de production, de transit et de services.
Pour l'Union européenne, et particulièrement pour la Belgique et le Benelux, cette évolution mérite une attention stratégique. Elle pourrait créer de nouvelles possibilités dans les domaines de la logistique, de l'énergie, des services financiers, des technologies et de l'industrie.
Mais la réussite du modèle ouzbek ne se mesurera pas uniquement au nombre de forums économiques, d'accords signés ou de projets annoncés.
Elle dépendra de leur exécution, de leur rentabilité, de leur impact sur l'emploi et de leur contribution à la transformation structurelle de l'économie.
L'Ouzbékistan ne cherche plus simplement à participer aux échanges entre l'Europe et l'Asie. Il ambitionne d'en devenir l'un des acteurs structurants. La prochaine étape consistera à démontrer que cette ambition peut se traduire en performances économiques durables.
Source principale : EUROUZ / Uzbek.Review, Uzbekistan Update: October 1–15, 2026, édition du 21 octobre 2026, à partir des informations communiquées. Analyse et mise en perspective éditoriale : Bruxelles Korner. Les chiffres et annonces sont ceux du bulletin fourni ; les projections, propositions et objectifs ne doivent pas être interprétés comme des résultats déjà réalisés. L'extrait transmis ne couvre pas l'intégralité des rubriques économiques du rapport réservé aux abonnés.
Bruxelles Korner — Kadir Duran Économie internationale | Géopolitique | Relations Europe–Asie centrale







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