Mise à jour sur l’Ouzbékistan (15–31 juillet 2026) : Analyse stratégique ECONOMIQUE
Bruxelles Korner | Kadir Duran

La seconde moitié du mois de juillet 2026 confirme que l’Ouzbékistan accélère sa transformation pour devenir l’un des principaux pôles géopolitiques et économiques d’Asie centrale. La diplomatie du pays adopte une approche de plus en plus multidirectionnelle, conciliant investissements européens, intégration régionale, coopération pragmatique avec l’Afghanistan et partenariats stratégiques avec les États voisins.
Plutôt que de dépendre d’un seul partenaire stratégique, Tachkent poursuit une politique active de diversification de ses relations politiques, financières et industrielles.
1. L’Europe renforce son empreinte économique
La tendance la plus marquante de cette période est la poursuite de l’expansion de la présence européenne en Ouzbékistan.
France
La France a considérablement renforcé son partenariat énergétique avec l’Ouzbékistan.
Les principaux éléments sont :
* Six nouveaux projets représentant 1,8 milliard de dollars ;
* Un portefeuille global de projets français dépassant désormais 4 milliards de dollars ;
* EDF poursuit le développement de plus de 3,1 GW de capacités de production électrique à partir de centrales à gaz.
La coopération couvre désormais :
* la production d’électricité ;
* les réseaux de transport d’énergie ;
* les infrastructures gazières ;
* le stockage énergétique ;
* l’ingénierie ;
* la digitalisation ;
* la formation technique.
Cette dynamique confirme que la France s’impose progressivement comme l’un des principaux partenaires énergétiques de long terme de l’Ouzbékistan.
Suisse
La coopération suisse privilégie davantage le renforcement institutionnel que les investissements directs.
Les discussions ont principalement porté sur :
* le Fonds monétaire international (FMI) ;
* la Banque mondiale ;
* la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ;
* la régulation financière ;
* les banques centrales ;
* l’assistance technique ;
* l’intégration aux marchés internationaux.
La Suisse continue ainsi d’exporter son expertise en matière de gouvernance économique et financière plutôt que des capacités industrielles.
2. L’intégration régionale s’accélère
L’intégration économique régionale demeure l’une des priorités majeures de Tachkent.
Kirghizistan
Le sommet du 30 juillet 2026 entre les présidents :
* Shavkat Mirziyoyev
* Sadyr Japarov
a débouché sur plusieurs décisions stratégiques.
Les objectifs annoncés comprennent :
* porter les échanges commerciaux bilatéraux à 2 milliards de dollars ;
* créer un Conseil interétatique ;
* renforcer la coopération industrielle ;
* développer les infrastructures logistiques ;
* accroître les partenariats pharmaceutiques ;
* intensifier la coopération agricole ;
* développer l’industrie textile.
Environ 450 entreprises conjointes opèrent déjà entre les deux pays.
L’accord consolide également la coopération autour du projet hydroélectrique Kambarata HPP-1, l’un des projets énergétiques régionaux les plus importants d’Asie centrale.
Azerbaïdjan
Les relations économiques continuent de progresser rapidement.
Chiffres clés
* Commerce bilatéral en 2025 :
307 millions de dollars
* Croissance entre janvier et mai 2026 :
près de 40 %
Les nouveaux projets concernent notamment :
* les fonds d’investissement ;
* les parcs industriels ;
* la géologie ;
* l’exploitation minière ;
* le tourisme ;
* l’industrie manufacturière ;
* le développement régional.
Les deux gouvernements ambitionnent désormais d’atteindre 1 milliard de dollars d’échanges commerciaux.
3. Afghanistan : une approche pragmatique plutôt qu’idéologique
L’Ouzbékistan considère avant tout l’Afghanistan comme un partenaire économique.
Deux évolutions importantes ont marqué cette période.
Agriculture
Une délégation ouzbèke s’est rendue dans les provinces de :
* Bamyan ;
* Hérat.
Les objectifs sont :
* importer des pommes de terre à moindre coût ;
* renforcer la sécurité alimentaire ;
* créer des maisons de commerce ;
* développer les échanges directs entre entreprises.
Transport
Les ministres des Transports ont convenu de réduire davantage les coûts du transport routier transfrontalier.
Les réductions déjà appliquées comprennent :
Droit d’entrée en Afghanistan
* de 5 000
* à 3 500 afghanis
Péage du Pont de l’Amitié
* de 12 000
* à 7 000 afghanis
De nouvelles réductions devraient être proposées avant le 10 août.
Cette politique illustre la stratégie de long terme de Tachkent visant à faire de l’Ouzbékistan la principale plateforme logistique reliant l’Asie centrale à l’Asie du Sud.
4. Biélorussie et énergie nucléaire
La Biélorussie devient un partenaire technique important dans le domaine nucléaire.
Les discussions portent notamment sur :
* l’ingénierie nucléaire ;
* la construction des réacteurs ;
* l’exploitation des centrales ;
* la formation du personnel ;
* la coopération universitaire.
Minsk apporte essentiellement son expérience technique acquise grâce à son propre programme nucléaire.
5. La connectivité aérienne continue de s’étendre
Le développement des liaisons aériennes régionales se poursuit.
Arménie
La compagnie FlyOne Armenia a inauguré une liaison :
Erevan → Tachkent
à raison de deux vols hebdomadaires.
En complément des vols déjà assurés par Shirak Avia, cette nouvelle ligne améliore la mobilité des voyageurs d’affaires, favorise le tourisme et renforce les échanges économiques entre les deux pays.
6. EUROUZ poursuit son expansion
EUROUZ accueille plusieurs nouveaux membres majeurs.
TEXTIMA
Entreprise allemande basée à Berlin.
Spécialisations :
* machines textiles ;
* plasturgie ;
* industrie du caoutchouc ;
* industrie pharmaceutique ;
* lignes de production clé en main.
Groupe Knauf
La division Isolation du groupe, dont le siège est situé en Belgique, renforce fortement sa présence en Asie centrale.
Points marquants :
* plus de 25 ans de présence en Ouzbékistan ;
* trois usines de plâtre ;
* nouvelle usine de laine minérale à Tachkent ;
* développement de solutions favorisant l’efficacité énergétique des bâtiments.
7. Les secteurs bancaire et du conseil se renforcent
Ipoteka Bank (Groupe OTP)
Adam Szentpeteri est officiellement devenu président du directoire.
Ses priorités comprennent :
* la transformation numérique ;
* l’amélioration des performances opérationnelles ;
* le développement de nouveaux services bancaires ;
* la mise en œuvre de la stratégie du groupe OTP.
EY-Parthenon
Daniyar Adigamov rejoint EY-Parthenon comme associé.
Cette nomination renforce les compétences régionales dans les domaines suivants :
* fusions-acquisitions (M&A) ;
* valorisation d’entreprises ;
* restructurations ;
* modélisation financière ;
* conseil en transactions.
Analyse stratégique
Plusieurs tendances structurelles se dégagent.
L’Ouzbékistan devient le principal carrefour économique d’Asie centrale
Plutôt que de choisir entre l’Europe, la Russie, la Chine ou ses voisins régionaux, Tachkent cherche à devenir un pont reliant l’ensemble de ces espaces économiques.
L’Europe investit dans les secteurs stratégiques
Les investissements européens ciblent désormais principalement :
* l’énergie ;
* les infrastructures ;
* la gouvernance ;
* la finance ;
* l’industrie.
L’approche dépasse désormais largement les simples échanges commerciaux.
La diplomatie régionale demeure la priorité
La dynamique diplomatique la plus forte concerne les États voisins.
Les partenariats avec :
* le Kirghizistan ;
* l’Azerbaïdjan ;
* l’Afghanistan
confirment que l’intégration régionale constitue aujourd’hui le pilier central de la politique étrangère ouzbèke.
L’Afghanistan est perçu comme une opportunité économique
Contrairement à de nombreux acteurs internationaux qui abordent principalement l’Afghanistan sous l’angle sécuritaire, l’Ouzbékistan privilégie :
* le commerce ;
* la logistique ;
* l’agriculture ;
* les corridors de transport.
Cette approche pragmatique reflète la volonté de Tachkent de favoriser la stabilité régionale par le développement économique et la connectivité.
Conclusion
La période du 15 au 31 juillet 2026 illustre une politique étrangère ouzbèke de plus en plus mature, ambitieuse et équilibrée. Le pays approfondit simultanément ses relations avec l’Union européenne, accélère son intégration régionale, développe ses corridors de transport, attire des investissements industriels et prépare des infrastructures stratégiques d’envergure.
Pour les entreprises européennes, le message est clair : l’Ouzbékistan n’est plus seulement un marché émergent, mais devient progressivement une plateforme régionale reliant l’Europe à l’Asie centrale et, de plus en plus, à l’Asie du Sud. Son engagement en faveur de la sécurité énergétique, de la modernisation industrielle, de la logistique et des réformes institutionnelles devrait renforcer sa position parmi les destinations d’investissement les plus attractives de la région au cours de la prochaine décennie.






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