Marcela Gori, étoile montante du MR, dans la tourmente ?
Des sociétés radiées, liquidées ou en faillite domiciliées dans un business center appartenant à deux élus anderlechtois relancent le débat sur les contrôles des centres d’affaires en Belgique.
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner

Longtemps présentée comme l’une des nouvelles figures prometteuses du MR à Anderlecht, Marcela Gori, avocate, conseillère communale et récemment désignée présidente ad interim du Foyer anderlechtois, se retrouve aujourd’hui confrontée à une situation politiquement délicate.
À ce stade, il convient de le rappeler clairement : aucune enquête judiciaire n’est actuellement ouverte à son encontre, ni à l’encontre de la société M.A. Solution. Les parquets de Bruxelles et de Hal-Vilvorde l’ont indiqué. Aucun élément ne permet donc d’affirmer que Marcela Gori, Achille Vandyck ou leur société auraient commis une infraction.
Mais les révélations publiées par L’Echo placent néanmoins l’élue MR sous les projecteurs. En tant que copropriétaire de M.A. Solution, son nom est désormais associé à une enquête journalistique mettant en évidence un nombre inhabituellement élevé de sociétés radiées, liquidées ou déclarées en faillite à l’adresse du business center qu’elle a cofondé avec son compagnon, Achille Vandyck, échevin MR de la Propreté à Anderlecht.
Pour une personnalité politique dont l’ascension semblait rapide au sein du MR local, cette séquence intervient à un moment sensible. Elle soulève des questions sur les obligations de vigilance imposées aux prestataires de services aux sociétés, notamment dans le cadre de la législation belge anti-blanchiment.
Un business center au cœur des interrogations
Le dossier concerne le business center M.A. Solution, installé au 24 chaussée de Mons à Leeuw-Saint-Pierre, à quelques mètres seulement de la Région de Bruxelles-Capitale.
Cette société de domiciliation d’entreprises appartient à parts égales à Achille Vandyck et Marcela Gori. Selon les données analysées par L’Echo, un nombre particulièrement élevé de sociétés domiciliées à cette adresse auraient disparu de la circulation administrative en quelques années, alimentant des interrogations sur un éventuel phénomène de sociétés fantômes.
Les sociétés dites “coquilles vides” ou “sociétés fantômes” sont régulièrement identifiées par les spécialistes comme des véhicules pouvant être utilisés pour masquer des activités réelles, contourner certaines obligations ou, dans les cas les plus graves, faciliter des mécanismes de fraude sociale, fiscale ou de blanchiment.
Il faut toutefois préciser qu’une domiciliation dans un business center ne signifie pas automatiquement qu’une société participe à des activités frauduleuses.
Plus de 100 sociétés radiées d’office
Selon L’Echo, entre mars 2023 et mai 2026, 108 sociétés domiciliées chez M.A. Solution auraient fait l’objet d’une radiation d’office de leur adresse par la Banque-Carrefour des Entreprises.
Dans plusieurs cas, ces radiations seraient intervenues seulement quelques mois après la création ou la domiciliation de l’entreprise. Nombre de ces sociétés n’auraient par ailleurs jamais déposé leurs comptes annuels.
Pour plusieurs spécialistes de la lutte contre le blanchiment cités dans l’enquête, un tel volume de radiations constitue un indicateur de risque. Il ne démontre toutefois pas, à lui seul, l’existence d’une fraude.
La nuance est importante : l’affaire ne repose pas sur une condamnation, mais sur une accumulation de signaux considérés comme atypiques dans le secteur de la domiciliation d’entreprises.
45 sociétés liquidées ou en faillite
L’enquête relève également que 45 sociétés domiciliées à cette adresse auraient cessé leurs activités sous contrôle judiciaire.
Dans le détail :
34 sociétés auraient été liquidées judiciairement ;
11 autres auraient été déclarées en faillite ou feraient l’objet d’une procédure.
Selon les informations publiées, huit liquidations judiciaires auraient été prononcées au cours du seul mois de mai 2026.
Ces chiffres interpellent, surtout lorsqu’ils concernent une seule adresse de domiciliation. Mais là encore, ils ne suffisent pas à établir une responsabilité directe du business center ou de ses propriétaires.
Construction, nettoyage, horeca : des secteurs sensibles
Les sociétés concernées exerceraient principalement dans trois secteurs :
la construction ;
le nettoyage ;
l’horeca.
Ces secteurs sont régulièrement considérés comme particulièrement exposés aux risques de fraude sociale, de travail dissimulé, de faillites en cascade et de blanchiment.
Pour les experts en conformité, la combinaison entre domiciliation, absence de dépôt de comptes, radiations rapides et secteurs à risque peut constituer un signal d’alerte. Mais un signal d’alerte n’est pas une preuve.
C’est précisément ce point qui rend le dossier politiquement sensible : il ne s’agit pas d’une accusation judiciaire, mais d’un faisceau d’éléments qui questionne la vigilance exercée autour des sociétés domiciliées.
Quelles obligations pour les business centers ?
Les centres d’affaires et prestataires de services aux sociétés sont soumis à la législation belge de prévention du blanchiment d’argent.
À ce titre, lorsqu’ils détectent des opérations ou situations suspectes dans le cadre de leurs activités, ils doivent les signaler à la Cellule de traitement des informations financières, la CTIF.
Selon le SPF Économie, cette obligation fait partie intégrante du dispositif belge de lutte contre le blanchiment de capitaux.
Interrogée par L’Echo, Marcela Gori aurait indiqué que M.A. Solution n’avait effectué aucun signalement auprès de la CTIF, avant de ne pas confirmer ces propos par écrit.
Le dernier rapport annuel de la CTIF indique que seulement 12 déclarations émanaient de l’ensemble des prestataires de services aux sociétés en Belgique durant l’année 2025. Un chiffre qui interroge sur le niveau réel de signalement dans un secteur pourtant considéré comme sensible.
Les propriétaires contestent toute responsabilité
Achille Vandyck rejette les conclusions que certains pourraient tirer de ces chiffres.
Selon lui, une société de domiciliation :
ne gère pas les entreprises clientes ;
ne contrôle pas leurs activités quotidiennes ;
n’est pas responsable de leurs obligations comptables, fiscales ou sociales.
Il estime que le nombre de radiations administratives, de liquidations ou de faillites ne permet pas d’établir un lien direct avec l’activité de M.A. Solution.
Les deux élus contestent ainsi toute implication dans une quelconque fraude.
Sur le plan juridique, cette position rappelle une frontière essentielle : un prestataire de domiciliation fournit une adresse et certains services administratifs, mais il n’est pas automatiquement responsable de la gestion interne des sociétés clientes. La question qui demeure est celle du niveau de vigilance attendu lorsqu’un nombre important d’anomalies apparaît à une même adresse.
Une société rentable et des chiffres qui attirent l’attention
Malgré les interrogations, M.A. Solution affiche une forte croissance.
D’après les comptes annuels 2024, la société aurait enregistré :
une marge brute de 460.000 euros ;
un EBITDA de 357.000 euros ;
un bénéfice net de 70.000 euros.
Toujours selon L’Echo, la société disposerait également d’un parc automobile composé de cinq véhicules premium et d’une moto, représentant une valeur neuve supérieure à 400.000 euros.
Ces éléments ne constituent pas, en soi, des irrégularités. Mais ils contribuent à renforcer l’attention autour de la société, dans un contexte où son activité est désormais associée à un volume important de sociétés radiées, liquidées ou en faillite.
Aucune enquête judiciaire ouverte à ce stade
À ce jour, les parquets de Bruxelles et de Hal-Vilvorde indiquent qu’aucune enquête judiciaire n’est ouverte contre M.A. Solution.
La CTIF, le SPF Économie ainsi que l’auditorat du travail n’ont pas souhaité commenter le dossier.
Il est donc essentiel de distinguer les interrogations soulevées par une enquête journalistique des constatations judiciaires. Aucune infraction n’a été établie à ce stade à l’encontre de la société ou de ses propriétaires.
Mais l’absence d’enquête judiciaire ne signifie pas que le débat public est clos. Surtout lorsqu’il concerne des élus, un secteur sensible et des obligations de vigilance liées à la lutte contre le blanchiment.
Une affaire politiquement sensible pour Marcela Gori
Pour Marcela Gori, l’affaire tombe au mauvais moment.
Avocate, conseillère communale MR à Anderlecht et récemment désignée présidente ad interim du Foyer anderlechtois, elle était jusqu’ici présentée comme l’une des figures montantes du MR local.
Désormais, son nom se retrouve associé à un dossier sensible, même en l’absence de toute accusation judiciaire.
La question n’est donc pas seulement juridique. Elle est aussi politique.
Dans un climat où les citoyens exigent davantage de transparence, de vigilance et d’exemplarité de la part des responsables publics, cette affaire pourrait laisser des traces. Non pas parce qu’une faute serait établie, mais parce qu’elle installe un doute, une interrogation, une zone grise.
Et en politique, les zones grises peuvent parfois coûter cher.

Un phénomène qui dépasse le seul cas de M.A. Solution
Au-delà du cas de M.A. Solution, cette affaire remet en lumière la croissance rapide des business centers en Belgique.
Le SPF Économie recense aujourd’hui 574 prestataires de services aux sociétés, hébergeant entre 40.000 et 50.000 entreprises.
Depuis plusieurs années, les autorités renforcent leurs contrôles sur ce secteur. Depuis 2023, au moins 16 amendes administratives auraient été infligées à des centres d’affaires pour des manquements à la législation relative à la prévention du blanchiment de capitaux.
Le Groupe d’action financière, le GAFI, a également appelé la Belgique à poursuivre le renforcement de son dispositif de contrôle des sociétés de domiciliation.
La question dépasse donc largement Anderlecht, le MR ou M.A. Solution. Elle touche à un enjeu plus vaste : comment empêcher que des structures administratives légales ne deviennent, parfois malgré elles, des points d’entrée pour des sociétés opaques ou éphémères ?
Une affaire à suivre
L’enquête de L’Echo ne conclut pas à l’existence d’une fraude avérée. Elle met toutefois en évidence plusieurs indicateurs considérés comme atypiques par des spécialistes de la lutte contre le blanchiment.
L’absence d’enquête judiciaire ouverte ne met pas fin au débat sur l’efficacité des contrôles exercés sur les business centers, devenus un maillon stratégique dans la création et la domiciliation de milliers d’entreprises en Belgique.
Pour Marcela Gori, cette affaire marque peut-être un tournant. Rien ne permet aujourd’hui de parler de faute pénale. Mais sur le terrain politique, l’image, la transparence et la confiance comptent autant que les procédures.
Dans les prochaines semaines, une question s’imposera : cette séquence restera-t-elle une simple polémique médiatique ou deviendra-t-elle un vrai dossier politique anderlechtois ?
Voici peut-être le début d’une histoire qui ne fait que commencer.






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