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L’Europe face au défi de l’IA : sans capital humain, la technologie ne suffira pas

Ana SayfaUluslararasi / InternationaleL’Europe face au défi de l’IA : sans capital humain, la technologie ne suffira pas
L’Europe face au défi de l’IA : sans capital humain, la technologie ne suffira pas

L’Europe face au défi de l’IA : sans capital humain, la technologie ne suffira pasLes ambitions européennes en matière d’intelligence artificielle, d’innovation et de compétitivité reposent sur un socle souvent moins visible : la qualité de l’éducation, la maîtrise des compétences fondamentales et la capacité des institutions à transformer l’investissement technologique en véritable potentiel humain.Par Dr Glenn Agung HoleInstitutional economist and Associate Professor, University of South-Eastern Norway

16 Eylül, 2026, Çarşamba 16:44
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L’Europe face au défi de l’IA : sans capital humain, la technologie ne suffira pas

Les ambitions européennes en matière d’intelligence artificielle, d’innovation et de compétitivité reposent sur un socle souvent moins visible : la qualité de l’éducation, la maîtrise des compétences fondamentales et la capacité des institutions à transformer l’investissement technologique en véritable potentiel humain.

Par Dr Glenn Agung Hole
Institutional economist and Associate Professor, University of South-Eastern Norway
Adaptation française – Bruxelles Korner

L’Europe veut accélérer dans l’intelligence artificielle, renforcer son industrie, sécuriser ses chaînes de valeur et améliorer sa compétitivité. Pourtant, derrière cette course technologique se pose une question beaucoup plus fondamentale : les citoyens, les travailleurs, les étudiants et les institutions européennes disposent-ils réellement des compétences nécessaires pour transformer ces technologies en puissance économique durable ?

C’est tout l’enjeu soulevé par une comparaison entre l’Union européenne, la Norvège et le Kazakhstan, trois espaces très différents mais confrontés à une problématique commune : comment articuler éducation, innovation, investissement technologique et institutions afin de construire des capacités durables ?

PISA 2025 : le signal d’alarme pour l’Europe

Les résultats PISA 2025 publiés par l’OCDE montrent une nouvelle dégradation des performances en lecture et en mathématiques dans de nombreux systèmes éducatifs.

Ces tests évaluent les capacités des jeunes de 15 ans à utiliser concrètement leurs connaissances en lecture, mathématiques et sciences. Ils ne constituent pas une mesure complète de la compétitivité d’un pays, mais ils donnent une indication importante sur les bases cognitives dont disposent les futures générations de travailleurs et de citoyens.

Les écarts en Europe sont considérables.

L’Irlande obtient un score de 500 en lecture, suivie de l’Estonie avec 499. La Belgique atteint 466, l’Allemagne 465 et la France 456, tandis que la moyenne de l’OCDE se situe à 461.

Mais le niveau absolu ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Même les pays considérés comme performants connaissent un recul. Entre 2022 et 2025, l’Irlande perd 16 points et l’Estonie 12 points en lecture. Sur les 26 États membres de l’Union européenne disposant d’une comparaison sur cette période, 25 présentent une évolution négative des scores.

Autrement dit, être encore bien classé aujourd’hui ne garantit pas une trajectoire positive pour demain.

Belgique : au-dessus de la moyenne, mais en recul

La Belgique affiche un score de 466 en lecture, 480 en mathématiques et 490 en sciences.

Ces résultats restent proches ou supérieurs à la moyenne de l’OCDE selon les disciplines, mais le pays enregistre également une baisse de 13 points en lecture entre 2022 et 2025.

Ce constat soulève une question centrale pour Bruxelles : comment maintenir une ambition forte dans l’IA, la recherche, la numérisation et l’industrie alors que les compétences fondamentales de la population scolaire se fragilisent ?

La compétitivité ne dépend pas uniquement de l’acquisition de technologies.

Une entreprise peut acheter de nouveaux équipements, des logiciels ou des systèmes d’intelligence artificielle. Mais elle reste dépendante de la capacité des techniciens, des ingénieurs, des managers et des fournisseurs à comprendre les outils, à les adapter et à en vérifier les résultats.

L’Union européenne a identifié le problème

La Commission européenne ne semble pas ignorer cet enjeu.

La stratégie Union of Skills, présentée en mars 2025, relie explicitement le développement du capital humain à la compétitivité européenne.

Elle est complétée par un plan consacré aux compétences de base ainsi que par une stratégie STEM destinée à renforcer les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques.

L’objectif est clair : préparer les Européens aux transformations numériques et industrielles tout en renforçant les fondations éducatives.

Le problème réside toutefois dans la fragmentation institutionnelle. L’éducation reste essentiellement une compétence nationale, tandis que l’Union européenne intervient surtout par des mécanismes de soutien, de coordination et de financement.

La réussite dépend donc moins de l’existence d’une stratégie européenne que de sa traduction concrète dans les systèmes éducatifs nationaux et locaux.

Kazakhstan : construire simultanément l’IA et la culture de la lecture

Le Kazakhstan offre un cas particulièrement intéressant.

Le pays cherche à développer simultanément l’intelligence artificielle, l’enseignement supérieur, la recherche appliquée, les investissements et l’entrepreneuriat.

En mai 2026, un décret présidentiel a placé la culture de la lecture au cœur des politiques de développement humain, d’éducation et d’innovation.

Le programme prévoit notamment la modernisation des bibliothèques, l’élargissement de l’accès aux œuvres littéraires et l’élaboration d’un programme national de lecture pour la période 2027-2031, dans un contexte marqué par le développement accéléré de l’intelligence artificielle.

Parallèlement, le Conseil kazakh pour le développement de l’intelligence artificielle met en relation universités, recherche appliquée, capital-risque, infrastructures informatiques, énergie et industrie.

Il s’agit cependant d’objectifs et d’instruments institutionnels dont les résultats devront encore être mesurés.

Le paradoxe kazakh : beaucoup d’IA, mais des difficultés en lecture

Les données PISA mettent justement en évidence ce paradoxe.

Au Kazakhstan, seulement 36 % des élèves atteignent au moins le niveau 2 en lecture, contre 69 % en moyenne dans l’OCDE.

Dans le même temps, 47 % des élèves déclarent utiliser des chatbots d’intelligence artificielle pour apprendre au moins une fois par semaine.

Cette coexistence est particulièrement instructive.

Elle montre que l’accès à l’IA ne garantit pas automatiquement l’amélioration des compétences fondamentales.

Un étudiant peut obtenir une réponse instantanément grâce à un chatbot, mais encore faut-il être capable d’en vérifier la pertinence, d’en comprendre les limites et d’identifier les erreurs éventuelles.

Norvège : beaucoup de moyens, mais un recul spectaculaire

La Norvège offre une autre forme de paradoxe.

Le pays dispose de ressources importantes et investit fortement dans l’éducation. Pourtant, son score en lecture est passé de 477 en 2022 à 453 en 2025, soit une baisse de 24 points.

La diminution moyenne observée dans l’OCDE est de 14 points.

La baisse norvégienne est donc particulièrement marquée.

Les données du National Reading Centre montrent également que 41 % des garçons et 27 % des filles figurent parmi les élèves en difficulté en lecture.

Les chercheurs signalent notamment des difficultés dans la lecture prolongée, la réflexion critique et la comparaison d’informations provenant de plusieurs textes.

Ce résultat intervient alors que les dépenses publiques norvégiennes atteignaient près de 19 797 dollars par étudiant en équivalent temps plein en 2022 pour l’enseignement primaire à postsecondaire non tertiaire, après correction du pouvoir d’achat.

Autrement dit : dépenser davantage ne garantit pas automatiquement de meilleurs résultats.

Le vrai enjeu : transformer les ressources en compétences

C’est précisément ici qu’intervient la notion de capital institutionnel.

La compétitivité ne dépend pas seulement du nombre d’ordinateurs, du volume des investissements, de la puissance des centres de données ou de la quantité d’argent consacrée à l’éducation.

Elle dépend aussi de la manière dont les connaissances sont transmises, conservées, appliquées et renouvelées à l’intérieur des institutions.

Une entreprise peut générer une proposition technique avec une IA.

Mais elle aura toujours besoin de professionnels capables de déterminer si cette proposition est correcte.

Un entrepreneur peut obtenir en quelques secondes une analyse de marché générée par intelligence artificielle.

Mais il doit encore être capable d’interroger les hypothèses utilisées, de comparer les alternatives et d’identifier les contraintes économiques ou juridiques.

La différence fondamentale se situe donc entre avoir accès à une technologie et être capable de l’utiliser intelligemment.

UE–Asie centrale : un laboratoire grandeur nature

Cette problématique prend également une dimension géopolitique.

Lors du premier sommet Union européenne–Asie centrale d’avril 2025, la Commission européenne a annoncé un programme d’investissement Global Gateway de 12 milliards d’euros.

Ce paquet régional concerne notamment les transports, les matières premières critiques, la connectivité numérique, l’eau et l’énergie.

Mais ces investissements ne pourront produire leurs effets que s’ils s’accompagnent d’un développement parallèle du capital humain.

Construire une ligne ferroviaire est une chose.

Créer les compétences nécessaires pour gérer les infrastructures, développer les fournisseurs locaux, maintenir les équipements, former les ingénieurs et produire de nouvelles technologies en est une autre.

Le sommet UE–Asie centrale prévoit d’ailleurs également de renforcer les coopérations dans l’éducation et la science à travers notamment Erasmus+ et Horizon Europe.

L’IA ne remplace pas la compétence

La principale leçon qui se dégage de cette comparaison est finalement simple.

L’intelligence artificielle peut considérablement accélérer l’accès à l’information et automatiser certaines tâches.

Mais elle ne remplace pas les capacités fondamentales qui permettent de comprendre, vérifier, interpréter et appliquer cette information.

Les investissements technologiques indiquent quels moyens une société est capable de mobiliser.

Les compétences humaines et institutionnelles déterminent ce que cette société sera effectivement capable d’en faire.

Et c’est probablement là que se situe le véritable défi européen.

Car dans la compétition mondiale autour de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, des infrastructures numériques et des technologies avancées, la puissance ne dépendra pas seulement de celui qui possède les meilleurs algorithmes.

Elle dépendra également de celui qui possède les citoyens, les chercheurs, les ingénieurs, les entrepreneurs et les institutions capables de les utiliser avec discernement.

La prochaine bataille de l’intelligence artificielle ne sera donc peut-être pas uniquement technologique. Elle sera aussi éducative, humaine et institutionnelle.

 

 

Table 1. PISA 2025: EU member states and benchmarks

Mean scores and published reading-score changes, 2022–2025. EU member states are listed alphabetically. [5–7]

Country / benchmark

Reading

Mathematics

Science

Reading change
2022–2025

Austria

467

477

497

−13

Belgium

466

480

490

−13

Bulgaria

387

405

421

−18

Croatia

453

455

476

−22

Cyprus

379

412

411

−2

Czechia

468

477

490

−20

Denmark

460

471

478

−29

Estonia

499

508

527

−12

Finland

474

469

504

−16

France

456

458

483

−18

Germany

465

464

486

−15

Greece

423

424

434

−16

Hungary

452

459

480

−21

Ireland

500

480

500

−16

Italy

474

468

483

−7

Latvia

430

460

468

−45

Lithuania

464

470

488

−8

Luxembourg

443

458

474

—

Malta

415

439

453

−31

Netherlands*

441

483

485

−18

Poland

482

484

495

−7

Portugal

462

460

482

−15

Romania

413

419

425

−16

Slovakia

448

469

475

+1

Slovenia

445

460

484

−24

Spain

451

457

477

−23

Sweden

466

464

485

−21

OECD average

461

463

482

−14

Norway*

453

452

470

−24

Kazakhstan

385

414

420

−1

Source: OECD (2026), PISA 2025 Results (Volume I), Table I.1, printed pp. 28–29; underlying Tables I.B1.2a.1–3 and I.B1.2a.36–38. Selection and layout adapted for this article. [5]

Reading the table: Scores and changes are rounded as published. Numerical differences are not necessarily statistically significant; significance markers are not reproduced here. The OECD benchmark is not an EU average. [6, 7]

Coverage: * One or more PISA sampling standards were not met. “—” indicates no reported 2022 comparison. The OECD short-term-change average excludes Costa Rica, Luxembourg and Spain. Slovakia is reported as “Slovak Republic” by the OECD. Cyprus data cover the area under the effective control of the Government of the Republic of Cyprus. [5, 7]

Adapted from OECD material under CC BY 4.0. This analysis does not represent the official views of the OECD or its member countries.

 

 

Sources

Source numbering corresponds to the article and table. Online sources checked on 16 September 2026. All links are direct source links without tracking parameters.

[1] European Commission (2025; page updated 29 May 2026). Competitiveness Compass.
https://commission.europa.eu/topics/competitiveness/competitiveness-compass_en

[2] OECD (8 September 2026). PISA 2025: Students’ reading and mathematics performance declined sharply across the OECD.
https://www.oecd.org/en/about/news/press-releases/2026/09/pisa-2025-students-reading-and-mathematics-performance-declined-sharply-across-the-oecd.html

[3] Haidar, A. (14 September 2026). Why Reading Matters in Age of AI? Kazakhstan’s PISA Results Offer Answer. The Astana Times.
https://astanatimes.com/2026/09/why-reading-matters-in-age-of-ai-kazakhstans-pisa-results-offer-answer/

[4] Rodvelt, B. (12 September 2026). Norske 15-åringers leseferdigheter har aldri vært dårligere. University of Stavanger contribution to forskning.no.
https://www.forskning.no/barn-og-ungdom-lesing-partner/norske-15-aringers-leseferdigheter-har-aldri-vaert-darligere/2708485

[5] OECD (2026). PISA 2025 Results (Volume I): Future-Ready Students. Table I.1, printed pp. 28–29. OECD Publishing.
https://doi.org/10.1787/73451bc5-en

[6] OECD (2026). Student performance in PISA 2025. In PISA 2025 Results (Volume I).
https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2025-results-volume-i_73451bc5-en/full-report/student-performance-in-pisa-2025_23e075c2.html

[7] OECD (2026). Reader’s Guide. In PISA 2025 Results (Volume I). Sampling, comparability and reporting cautions.
https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2025-results-volume-i_73451bc5-en/full-report/reader-s-guide_0364240f.html

[8] European Commission (5 March 2025). Union of Skills strategy to equip people for a competitive Europe.
https://employment-social-affairs.ec.europa.eu/news/union-skills-strategy-equip-people-competitive-europe-2025-03-05_en

[9] European Commission (updated 5 March 2026). Basic skills. European Education Area.
https://education.ec.europa.eu/education-levels/school-education/basic-skills

[10] EUR-Lex. Education. Summary of the allocation of responsibilities under Article 165 TFEU.
https://eur-lex.europa.eu/EN/legal-content/glossary/education.html

[11] President of the Republic of Kazakhstan (16 May 2026). Decree No. 1279 on measures to develop reading culture and form a reading nation. Official text in Russian.
https://akorda.kz/ru/o-merah-po-razvitiyu-kultury-chteniya-i-formirovaniyu-chitayushchey-nacii-164044

[12] President of the Republic of Kazakhstan (4 May 2026). President Kassym-Jomart Tokayev held the second meeting of the AI Development Council. Official proceedings.
https://www.akorda.kz/en/president-kassym-jomart-tokayev-held-the-second-meeting-of-the-ai-development-council-543538

[13] OECD (2026). PISA 2025 Results (Volume I): Kazakhstan. Country note.
https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2025-results-volume-i-country-notes_2d4ff9ea-en/kazakhstan_c01ae9c9-en.html

[14] European Free Trade Association. EEA & Relations with the EU.
https://www.efta.int/eea

[15] Office of the Auditor General of Norway (16 June 2026). Kunnskapsdepartementet sitt arbeid for å styrkje lese-, skrive- og rekneferdigheitene hos elevane. Document 3:17 (2025–2026).
https://www.riksrevisjonen.no/rapporter-mappe/no-2025-2026/kunnskapsdepartementet-sitt-arbeid-for-a-styrkje-lese-skrive-og-rekneferdigheitene-hos-elevane/

[16] European Council (4 April 2025). Joint press release following the first EU–Central Asia summit.
https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2025/04/04/joint-press-release-following-the-first-eu-central-asia-summit/

[17] European Council (4 April 2025). First EU–Central Asia summit. See “People-to-people contacts and mobility”.
https://www.consilium.europa.eu/en/meetings/international-summit/2025/04/04/

[18] OECD. Programme for International Student Assessment (PISA). Assessment scope and publication information.
https://www.oecd.org/en/about/programmes/pisa.html

[19] OECD (8 September 2026). PISA 2025 Results (Volume I): Norway. Country note; performance trends and sampling cautions.
https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2025-results-volume-i-country-notes_2d4ff9ea-en/norway_77d5f84b-en.html

[20] OECD (9 September 2025). Education at a Glance 2025: Norway. Financial resources invested in education; 2022 expenditure data.
https://www.oecd.org/en/publications/education-at-a-glance-2025_1a3543e2-en/norway_693d8ce6-en.html

 

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