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Les dés sont jetés au Kazakhstan : le Kurultai installé en un jour, Bruxelles avait attendu 613 jours

Ana SayfaOrta Asya - Asie CentraleLes dés sont jetés au Kazakhstan : le Kurultai installé en un jour, Bruxelles avait attendu 613 jours
Les dés sont jetés au Kazakhstan : le Kurultai installé en un jour, Bruxelles avait attendu 613 jours

Les dés sont jetés au Kazakhstan : le Kurultai installé en un jour, Bruxelles avait attendu 613 joursLe nouveau Parlement monocaméral kazakh a élu, dès sa séance inaugurale, son président, ses trois vice-présidents et les responsables de ses huit commissions permanentes. Cette rapidité contraste avec les interminables négociations bruxelloises. Mais la comparaison doit être nuancée : Astana a organisé son pouvoir législatif, tandis que Bruxelles devait construire une coalition gouvernementale entre plusieurs partis et deux groupes linguistiques.

29 Ağustos, 2026, Cumartesi 12:21
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Les dés sont jetés au Kazakhstan : le Kurultai installé en un jour, Bruxelles avait attendu 613 jours

Le nouveau Parlement monocaméral kazakh a élu, dès sa séance inaugurale, son président, ses trois vice-présidents et les responsables de ses huit commissions permanentes. Cette rapidité contraste avec les interminables négociations bruxelloises. Mais la comparaison doit être nuancée : Astana a organisé son pouvoir législatif, tandis que Bruxelles devait construire une coalition gouvernementale entre plusieurs partis et deux groupes linguistiques.

Par Kadir Duran – Bruxelles Korner, Astana

Les dés sont jetés. Cinq jours après les élections législatives du 23 août 2026, le Kazakhstan a installé, le 28 août, la direction de son nouveau Parlement monocaméral.

En une seule séance, les 145 députés du Kurultai ont prêté serment, élu le président de l’assemblée, désigné trois vice-présidents et confié la direction des huit commissions permanentes aux parlementaires appelés à encadrer le travail législatif.

À Astana, la nouvelle architecture parlementaire est donc devenue opérationnelle en une journée.

Le contraste est saisissant avec Bruxelles, où il avait fallu 613 jours après les élections régionales du 9 juin 2024 pour parvenir à un accord de gouvernement, en février 2026. La capitale belge avait ainsi vécu plus d’un an et demi de négociations, de ruptures, de veto croisés et de blocage institutionnel avant de se doter d’un nouvel exécutif.

Le Kazakhstan donne l’image d’un système capable de décider rapidement. La Belgique illustre, à l’inverse, les lenteurs d’une démocratie de coalition extrêmement fragmentée.

Mais la comparaison mérite une précision fondamentale : le Kazakhstan n’a pas formé un nouveau gouvernement en un jour. Il a installé la direction de son Parlement et les responsables de ses commissions. Le gouvernement relève d’une procédure institutionnelle distincte. À Bruxelles, les 613 jours de crise concernaient la formation d’une coalition gouvernementale régionale.

La rapidité d’Astana demeure néanmoins politiquement significative.

Les citoyens ont élu les partis, les députés ont élu leurs dirigeants

Les 145 députés du Kurultai ont été élus par les citoyens kazakhstanais lors du scrutin législatif du 23 août 2026.

Les électeurs n’ont pas choisi directement chaque parlementaire de manière individuelle. Ils ont voté pour des listes nationales présentées par les partis politiques. Les sièges ont ensuite été répartis proportionnellement entre les formations ayant franchi le seuil électoral de 5 %.

Cinq partis ont obtenu une représentation parlementaire :

Une fois élus, les députés ont voté pour désigner les responsables du Kurultai.

La candidature d’Aibek Dadebai à la présidence de l’assemblée avait été proposée par le président Kassym-Jomart Tokayev. Elle a ensuite été soumise au vote des députés, qui l’ont approuvée lors de la séance inaugurale.

Il faut donc distinguer clairement les différentes étapes : les citoyens ont élu les listes et déterminé le rapport de force parlementaire ; les députés ont ensuite élu la direction du Kurultai et les présidents de ses commissions.

Aibek Dadebai élu président du Kurultai

Président du parti Adilet et ancien chef de l’Administration présidentielle, Aibek Dadebai a été élu à la tête du nouveau Parlement monocaméral.

Après son élection, il a remercié le président Tokayev d’avoir proposé sa candidature ainsi que les députés pour la confiance qui lui a été accordée. Il a qualifié sa nouvelle fonction de « grand honneur » et de « grande responsabilité ».

Son élection n’est pas une surprise. Adilet possède 110 des 145 sièges du Kurultai. Avec plus des trois quarts des mandats, la formation majoritaire peut faire adopter ses candidats et maîtriser largement l’organisation parlementaire.

Dans son premier discours, Aibek Dadebai a souligné l’ampleur des responsabilités qui attendent la nouvelle assemblée :

« Beaucoup de travail nous attend. Je suis convaincu que nous parcourrons ensemble ce chemin exigeant et porteur de responsabilités. »

Il a également appelé les députés à prendre des décisions équilibrées, à faire preuve de professionnalisme et à contribuer à la modernisation du pays ainsi qu’au développement d’un dialogue public constructif.

Qui est Aibek Dadebai ?

Né le 1er avril 1980 à Almaty, Aibek Arkabaiuly Dadebai appartient à cette génération de hauts fonctionnaires kazakhs dont le parcours s’est construit entre l’administration, le Parlement et la diplomatie.

Il est le fils d’Arkabay Dadebayev, linguiste spécialisé dans la langue arabe et auteur notamment d’un dictionnaire arabe-kazakh. Aibek Dadebai a étudié les relations internationales, la documentation internationale et les études régionales à Almaty. Il a ensuite travaillé comme enseignant universitaire.

Entre 2008 et 2011, il a exercé comme expert auprès du Sénat. Il a également occupé le poste de troisième secrétaire à la Mission permanente du Kazakhstan auprès de l’Office des Nations unies à Genève.

De 2013 à 2019, il a été chef adjoint, puis chef du secrétariat du Sénat. Il a ensuite rejoint l’Administration présidentielle, où il a progressivement accédé aux fonctions les plus élevées.

Après avoir dirigé la Chancellerie présidentielle entre 2022 et 2024, il a été nommé chef de l’Administration présidentielle le 6 février 2024. Il a occupé cette fonction jusqu’au 5 mai 2026, avant de prendre, deux jours plus tard, la présidence du parti Adilet.

Sous sa direction, Adilet a remporté les élections du 23 août avec 71,17 % des suffrages et 110 sièges.

Aibek Dadebai connaît donc parfaitement les rouages de la présidence, de l’administration et du pouvoir législatif. Son profil traduit une volonté de continuité institutionnelle, mais soulève également une question essentielle : pourra-t-il transformer une majorité écrasante en force de modernisation tout en laissant une place réelle au débat contradictoire ?

Trois vice-présidents, dont deux femmes

Le Kurultai a également élu trois vice-présidents.

Nurlan Beknazarov, membre du parti Adilet, apporte une longue expérience parlementaire. Sénateur représentant Chymkent entre 2018 et 2026, il présidait dernièrement la Commission de la législation constitutionnelle, du système judiciaire et des forces de l’ordre.

Daniya Yesspayeva, présidente du parti Ak Zhol et ancienne vice-présidente du Mazhilis, représente une formation extérieure à la majorité Adilet.

Dinara Zakiyeva, ancienne commissaire aux droits de l’enfant et députée du parti Amanat entre 2021 et 2023, complète la nouvelle présidence.

Avec deux femmes parmi les trois vice-présidents et la présence d’Ak Zhol à ce niveau de responsabilité, la direction du Kurultai présente une certaine diversité politique et de genre.

Le politologue Gaziz Abishev considère ainsi que la composition de la présidence reflète une représentation relativement large, tant sur le plan partisan que sur celui du genre.

Huit commissions installées immédiatement

Les députés ont également élu les présidents des huit commissions permanentes :

 

  
  
  
  
  
  
  
  

Ces commissions examineront les projets de loi avant leur présentation à l’ensemble des députés. Elles constitueront donc les véritables ateliers législatifs du nouveau Kurultai.

Sept des huit commissions sont présidées par des membres du parti Adilet. Seule la Commission des affaires agraires revient à un représentant d’Auyl.

La diversité existe ainsi au sommet de l’institution, mais le contrôle du travail parlementaire reste très largement concentré entre les mains de la majorité.

Pourquoi le Kazakhstan a-t-il pu décider en un jour ?

La rapidité de la séance du 28 août s’explique d’abord par la clarté du résultat électoral.

Avec 110 députés sur 145, Adilet ne doit pas négocier une coalition avec plusieurs formations pour dégager une majorité. Le parti peut faire élire ses candidats sans rechercher l’appui indispensable des autres groupes.

Les fonctions à attribuer avaient également fait l’objet de préparations et de consultations avant la séance inaugurale. Le vote d’une journée représentait l’aboutissement institutionnel du processus, et non le commencement improvisé de négociations politiques.

Le système électoral par listes nationales renforce par ailleurs la discipline des partis. Les députés sont élus sur des listes constituées par leur formation politique et évoluent dans un cadre partisan plus centralisé.

Le Kazakhstan bénéficie donc d’une majorité nette, d’un centre décisionnel puissant et d’une faible nécessité de négocier entre des partenaires idéologiquement éloignés.

Pourquoi Bruxelles avait-elle attendu 613 jours ?

La Région de Bruxelles-Capitale fonctionne selon une logique totalement différente.

Son Parlement compte plusieurs partis francophones et néerlandophones. Pour former le gouvernement régional, il ne suffit pas de disposer d’une majorité générale : il faut également construire des accords entre les deux groupes linguistiques et répartir les responsabilités conformément aux équilibres institutionnels bruxellois.

Après les élections du 9 juin 2024, aucun parti ne pouvait gouverner seul. Les négociateurs devaient rapprocher des formations aux programmes économiques, sociaux et institutionnels parfois incompatibles.

La question de la participation de la N-VA, les tensions entre le MR et le PS, la fragmentation du collège néerlandophone et les exigences propres au système bilingue ont prolongé la crise.

Le gouvernement bruxellois n’a finalement été formé qu’en février 2026, soit 613 jours après les élections. Bruxelles avait ainsi dépassé le précédent record belge de 541 jours établi lors de la formation du gouvernement fédéral Di Rupo en 2010-2011. Le blocage bruxellois avait déjà atteint 542 jours en décembre 2025.

Rapidité kazakhe contre compromis belge

La tentation est grande d’opposer l’efficacité kazakhe à l’impuissance belge.

À Astana, cinq jours ont séparé le scrutin de l’installation du Parlement. En une séance, les principales fonctions parlementaires ont été attribuées par un vote majoritaire.

À Bruxelles, plus d’un an et demi a été nécessaire pour réunir des partis capables de gouverner ensemble.

Mais la rapidité et le pluralisme ne se mesurent pas avec la même horloge.

Le Kazakhstan dispose d’un parti dominant contrôlant plus des trois quarts du Kurultai. La Belgique repose sur des coalitions, des compromis linguistiques et une dispersion beaucoup plus grande du pouvoir politique.

Le système kazakh décide rapidement parce que le résultat électoral a produit une majorité incontestable. Le système bruxellois négocie longuement parce qu’aucune composante ne peut imposer seule sa volonté.

La rapidité peut garantir la stabilité et l’efficacité. Elle peut aussi réduire l’espace de la contradiction. À l’inverse, la recherche permanente du compromis peut protéger le pluralisme, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle paralyse durablement les institutions.

Le véritable test commence maintenant

L’installation du Kurultai en une journée constitue incontestablement une démonstration d’efficacité institutionnelle. Mais la rapidité de la mise en place ne garantit pas, à elle seule, la qualité du travail parlementaire.

Le nouveau Kurultai hérite de plusieurs textes laissés inachevés par l’ancien Parlement. Il devra accompagner les réformes économiques, sociales et administratives, tout en légiférant sur les finances publiques, l’énergie, la numérisation, les infrastructures, la justice, la sécurité et le développement régional.

Le premier défi sera de démontrer que le monocaméralisme accélère le processus législatif sans affaiblir l’examen des textes.

Le deuxième consistera à donner une place réelle aux quatre partis minoritaires. Avec 110 sièges, Adilet peut gouverner le Kurultai sans eux. La qualité démocratique de l’institution dépendra pourtant de sa capacité à entendre leurs propositions et leurs critiques.

Le troisième défi sera celui du contrôle du pouvoir exécutif. Un Parlement efficace ne doit pas seulement voter rapidement. Il doit questionner, contrôler, amender et, lorsque cela est nécessaire, s’opposer.

Le Kazakhstan a réussi à installer sa nouvelle assemblée en une journée. Bruxelles avait eu besoin de 613 jours pour former son gouvernement régional. Cette différence raconte deux cultures politiques et deux systèmes institutionnels.

À Astana, la majorité permet d’avancer immédiatement. À Bruxelles, la fragmentation impose de négocier presque indéfiniment.

Entre la vitesse qui peut étouffer le débat et le compromis qui peut devenir paralysie, la véritable question reste la même : comment décider efficacement sans affaiblir la démocratie ?

Sources principales : The Astana Times – Installation de la direction du Kurultai, The Astana Times – Première session et réformes législatives.

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