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Les députés bruxellois sont-ils des cancres ou simplement incompétents ?

Ana SayfaBelçi̇ka Haber - Actualite BelgiqueLes députés bruxellois sont-ils des cancres ou simplement incompétents ?
Les députés bruxellois sont-ils des cancres ou simplement incompétents ?

Les députés bruxellois sont-ils des cancres ou simplement incompétents ?

30 Eylül, 2026, Çarşamba 19:54
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Les députés bruxellois sont-ils des cancres ou simplement incompétents ?

La DH dézingue le système et l’hémicycle

Dans un article publié le 30 septembre 2026, La DH pose frontalement la question : « Devons-nous rougir de la qualité de nos élus ? »

Un article d’Alice Dive qui mérite d’être pris au sérieux.

Belgique : avons-nous de mauvais élus… ou un système politique qui les rend moins efficaces ?

Particratie, présidents de parti omniprésents, réseaux sociaux, politisation de l’administration et crise bruxelloise : derrière le débat sur la « qualité » des élus se pose une question beaucoup plus profonde sur le fonctionnement de la démocratie belge.

Chronique de Kadir Duran — Bruxelles Korner

À chaque crise politique, à chaque négociation interminable et à chaque polémique parlementaire, la même question revient : la Belgique dispose-t-elle encore d’un personnel politique à la hauteur des enjeux ?

La question est particulièrement sensible à Bruxelles.

L’article donne notamment la parole à François De Smet, Caroline Sägesser et François Bellot. Leurs réponses dessinent un diagnostic beaucoup plus complexe qu’un simple procès en incompétence.

Car derrière les erreurs, les petites phrases, les affrontements partisans et les séquences destinées aux réseaux sociaux se trouve peut-être un problème plus structurel.

Et si la question n’était pas seulement la qualité des personnes, mais la qualité du système dans lequel elles doivent travailler ?

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Un responsable politique ne peut pas être expert en tout

François De Smet, député fédéral et ancien président de DéFI, récuse l’idée selon laquelle le personnel politique belge serait fondamentalement moins compétent qu’ailleurs.

Faire de la politique exige en réalité une combinaison difficile : maîtriser suffisamment ses dossiers, comprendre les institutions, communiquer, arbitrer, conserver une vision générale et prendre des décisions dans des matières extrêmement spécialisées.

Un ministre ne peut évidemment pas devenir simultanément fiscaliste, économiste, ingénieur, juriste, médecin, spécialiste de l’énergie et expert militaire.

La compétence politique consiste donc également à savoir s’entourer.

De Smet insiste sur ce point : une personne ayant travaillé durant des années dans une usine, une école, une entreprise ou une administration avant d’entrer en politique peut être aussi utile qu’une personne ayant effectué l’ensemble de son parcours dans les structures partisanes.

La politique a besoin d’expertise, mais également d’expérience sociale.

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Le problème serait-il plutôt la particratie ?

C’est ici que l’analyse de Caroline Sägesser, historienne et chercheuse au CRISP, devient particulièrement intéressante.

Selon elle, le personnel politique belge est généralement bien formé. Nos assemblées comptent d’ailleurs de nombreux juristes et économistes.

Le problème ne résiderait donc pas principalement dans l’absence de diplômes ou de compétences.

Il pourrait se situer ailleurs : dans le fonctionnement particratique du système belge.

Autrement dit, dans le poids considérable exercé par les partis et leurs directions sur les responsables politiques.

Un parlementaire représente les citoyens mais dépend politiquement de son parti.

Un ministre appartient au gouvernement mais demeure également lié à sa formation politique.

Et lorsqu’un gouvernement rassemble plusieurs partis, chaque ministre doit composer avec une double logique : la solidarité gouvernementale et la stratégie de son propre parti.

Cette tension peut réduire considérablement la liberté politique individuelle.

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Quand le président du parti reste derrière le ministre

Selon Sägesser, l’évolution technologique aurait encore accentué cette dépendance.

Le téléphone portable permet aujourd’hui un contact quasiment permanent entre les présidents de parti, les ministres, les chefs de groupe, les cabinets et les responsables de communication.

Le ministre n’est donc plus nécessairement isolé de son appareil politique lorsqu’il entre au gouvernement.

Au contraire.

La direction du parti peut rester présente presque instantanément dans la décision.

Cette situation pose une question institutionnelle fondamentale :

qui décide réellement ?

Le ministre ?

Le gouvernement ?

Le cabinet ?

Le président du parti ?

Ou l’équilibre négocié entre toutes ces structures ?

François Bellot : « Les séances plénières, c’est du show »

L’ancien ministre fédéral de la Mobilité François Bellot (MR) apporte une autre dimension au débat.

Pour lui, la qualité réelle du travail parlementaire doit notamment être recherchée dans les commissions parlementaires, où les dossiers sont examinés en profondeur.

Les séances plénières répondent à une autre logique.

Il les résume brutalement : « Les séances plénières, c’est du show. »

Bellot critique également l’omniprésence des présidents de parti dans le débat médiatique et politique. Selon lui, davantage d’espace devrait être accordé aux responsables qui travaillent concrètement les dossiers.

Cette remarque touche à l’une des transformations fondamentales de la démocratie contemporaine : la personnalisation du pouvoir partisan.

Le président de parti est devenu une figure médiatique centrale.

Il commente le gouvernement.

Il commente ses ministres.

Il commente les autres partis.

Il intervient dans les négociations.

Il définit la ligne politique.

Et il peut parfois bénéficier d’une exposition médiatique supérieure à celle des ministres qui exercent effectivement les compétences concernées.

Le Parlement à l’époque de TikTok

À cette particratie s’ajoute une transformation encore plus profonde : la société de la communication immédiate.

Les réseaux sociaux ont changé les incitations auxquelles sont confrontés les responsables politiques.

Une intervention parlementaire n’est plus seulement destinée aux députés présents dans l’hémicycle.

Elle peut devenir une vidéo.

Une séquence de trente secondes.

Un Reel.

Un TikTok.

Une publication Facebook.

Une attaque immédiatement reprise par les militants.

Une phrase soigneusement construite peut toucher plusieurs centaines de milliers de personnes alors qu’un amendement technique ayant demandé plusieurs semaines de travail restera pratiquement invisible.

La politique entre alors dans une véritable économie de l’attention.

Et Caroline Sägesser observe que certaines interventions en séance plénière semblent désormais conçues davantage pour être rediffusées sur les réseaux sociaux que pour obtenir une réponse du gouvernement.

Du débat au slogan

François Bellot décrit une évolution comparable.

Selon lui, la société est progressivement passée d’une culture du débat à une société de communication, puis à une « société du slogan », dominée par les réseaux sociaux, l’émotion et l’immédiateté.

Cette transformation dépasse évidemment la Belgique.

Mais le monde politique, constate-t-il, y est entré « à pieds joints ».

Le phénomène produit une contradiction redoutable.

Nous exigeons des responsables politiques qu’ils traitent des dossiers de plus en plus complexes — énergie, climat, intelligence artificielle, défense, fiscalité internationale, migration, santé, compétitivité — tout en les enfermant dans un environnement médiatique où la réponse la plus rentable doit parfois tenir en vingt secondes.

Plus les problèmes deviennent complexes, plus la communication politique tend à devenir courte.

Une ENA belge : solution ou fausse bonne idée ?

Une autre question apparaît alors : faudrait-il professionnaliser davantage la formation des responsables publics ?

Créer, par exemple, une sorte d’ENA belge ?

Caroline Sägesser est sceptique.

La Belgique ne possède pas la tradition française d’élitisme administratif et les partis disposent déjà de mécanismes internes de formation. Elle ne constate pas nécessairement un déficit général de compétences.

François Bellot présente une appréciation différente.

Ingénieur civil, licencié en sciences politiques et ancien élève de l’ENA française, il considère qu’une institution comparable en Belgique ne serait pas nécessairement une mauvaise idée.

Mais son raisonnement conduit surtout à une autre question : celle de la haute administration.

Bellot estime prioritaire de renforcer sa dépolitisation afin que les fonctionnaires puissent exercer leurs responsabilités selon les principes de neutralité administrative plutôt qu’en fonction d’orientations partisanes.

Il s’agit là d’un débat distinct de la qualité individuelle des élus : celui de la relation entre pouvoir politique, cabinets ministériels et administration.

France et Royaume-Uni : attention aux apparences

Comparer la Belgique avec les grands parlements étrangers peut également produire des illusions.

L’Assemblée nationale française impressionne par la qualité oratoire de certains de ses membres.

La Chambre des communes britannique impressionne par ses traditions, ses rituels et son décor.

Mais cela ne signifie pas nécessairement que le contenu des débats y soit systématiquement supérieur.

Caroline Sägesser souligne notamment la polarisation croissante du débat politique français et britannique.

François De Smet relève de son côté que le décorum spectaculaire du Parlement britannique peut masquer des débats dont la substance n’est pas nécessairement supérieure à celle observée en Belgique.

L’éloquence n’est donc pas automatiquement synonyme de compétence.

Et la maîtrise parfaite d’une langue n’est pas automatiquement synonyme de profondeur intellectuelle.

La Belgique possède en outre une particularité supplémentaire : son personnel politique doit fréquemment évoluer dans un environnement multilingue où traductions, compromis linguistiques et différences culturelles influencent également la communication.

Mais Bruxelles constitue-t-elle un cas particulier ?

C’est probablement le passage le plus sensible du diagnostic.

Caroline Sägesser établit une distinction entre la Belgique dans son ensemble et Bruxelles.

Elle estime que le niveau du débat parlementaire bruxellois est plus faible qu’ailleurs dans le pays et formule également des réserves concernant l’expérience d’une partie du personnel politique bruxellois.

Elle précise toutefois que son constat ne porte pas sur la « qualité intrinsèque » des individus.

Son explication est différente : l’expérience nécessaire à certaines fonctions ne serait pas toujours présente.

Elle évoque notamment un « casting ministériel » qu’elle juge « assez déroutant » et souligne qu’un bon responsable communal ne devient pas automatiquement un bon parlementaire.

C’est une distinction essentielle.

Être populaire dans une commune et savoir gérer un dossier régional complexe sont deux compétences différentes.

Mobiliser un électorat et contrôler un gouvernement sont également deux métiers différents.

Le problème des « faiseurs de voix »

Cette observation touche directement au fonctionnement des listes électorales.

Dans un système où les partis doivent maximiser leur résultat, il est rationnel de rechercher des candidats capables d’attirer des électeurs.

Ces candidats peuvent être extrêmement populaires localement.

Ils peuvent disposer d’un réseau associatif puissant, d’une forte implantation communautaire ou d’une excellente présence sur les réseaux sociaux.

Mais cette capacité électorale ne garantit pas automatiquement la maîtrise de la gestion publique.

Sägesser relève précisément ce risque à Bruxelles : certains candidats peuvent être présents sur les listes principalement pour leur capacité à recueillir des voix tout en disposant initialement de peu d’expérience dans la gestion des affaires publiques.

Cela ne signifie pas qu’ils soient incapables d’apprendre.

Cela signifie que la logique de sélection électorale et la logique de compétence institutionnelle ne coïncident pas nécessairement.

Et cette distinction mérite probablement davantage d’attention.

Bruxelles : une crise politique qui aggrave tout

À cette question structurelle s’ajoute la crise politique bruxelloise.

L’article de La DH souligne que les 615 jours de crise politique ayant suivi les élections régionales de juin 2024 ont contribué à enrayer la vie politique bruxelloise et ont nécessairement affecté le travail des élus.

Ce contexte est important.

Lorsqu’une institution fonctionne pendant une longue période dans l’incertitude politique, la capacité de produire des réformes, d’assumer des arbitrages et de développer une vision de long terme s’en trouve affectée.

La crise institutionnelle peut alors elle-même contribuer à l’impression d’inefficacité du personnel politique.

Le problème n’est donc pas seulement « les élus »

Au terme de ce débat, plusieurs phénomènes différents apparaissent.

La particratie réduit potentiellement l’autonomie individuelle des élus.

La personnalisation autour des présidents de parti déplace une partie du pouvoir politique hors des institutions gouvernementales et parlementaires.

Les réseaux sociaux récompensent davantage la visibilité et la conflictualité.

La polarisation durcit le débat.

La logique électorale peut favoriser des faiseurs de voix dont l’expérience institutionnelle reste à construire.

Et à Bruxelles, la complexité institutionnelle et les longues crises de formation gouvernementale peuvent accentuer ces difficultés.

La question initiale — « avons-nous de mauvais élus ? » apparaît donc trop simple.

Le véritable enjeu : sélectionner, former… mais aussi libérer les responsables politiques

Il serait facile de conclure qu’il faudrait simplement recruter des personnes plus diplômées.

Mais ce serait probablement manquer une grande partie du problème.

Un parlementaire exceptionnellement compétent restera limité si son autonomie politique est faible.

Un ministre techniquement excellent restera contraint si chaque décision devient immédiatement un enjeu entre partis.

Un député travaillant sérieusement ses dossiers restera moins visible qu’un collègue capable de produire chaque semaine une polémique virale.

Et une administration très compétente perd une partie de son efficacité si la frontière entre expertise administrative et logique partisane devient trop poreuse.

La qualité démocratique dépend donc de plusieurs choses simultanément : la compétence des personnes, leur expérience, la qualité de l’administration, l’autonomie parlementaire, la culture du débat et les règles institutionnelles dans lesquelles tous ces acteurs évoluent.

À Bruxelles, la question devient particulièrement urgente

Bruxelles constitue à cet égard un laboratoire politique singulier.

Capitale de la Belgique et de l’Union européenne, Région officiellement bilingue, territoire de dix-neuf communes et société profondément internationale, elle concentre une complexité institutionnelle exceptionnelle.

Cela exige précisément une capacité politique élevée : maîtrise budgétaire, connaissance institutionnelle, mobilité, urbanisme, logement, sécurité, emploi, fiscalité, relations avec le fédéral et articulation avec les communes.

Dans un tel environnement, la popularité électorale ne peut constituer le seul critère.

Mais le diplôme ne peut pas davantage devenir le seul étalon de la compétence politique.

La démocratie doit pouvoir faire entrer au Parlement des profils différents.

La véritable question est de savoir si elle leur donne ensuite les moyens, la formation, l’expertise et surtout l’autonomie nécessaires pour exercer correctement leur mandat.

Et si nous posions finalement la mauvaise question ?

Demander si nous devons « rougir » de nos élus est efficace pour provoquer le débat.

Mais la question la plus importante est probablement ailleurs.

Pourquoi des personnes compétentes peuvent-elles donner l’impression d’évoluer dans un système politiquement inefficace ?

Et inversement :

pourquoi la visibilité, la capacité à faire des voix ou à produire une séquence médiatique peuvent-elles parfois peser davantage que la maîtrise approfondie d’un dossier ?

C’est ici que le débat dépasse largement la personnalité de tel ministre ou de tel député.

Il devient institutionnel.

Car une démocratie ne dépend pas uniquement de la qualité des personnes qu’elle élit.

Elle dépend également des incitations qu’elle leur impose une fois élues.

Si le système récompense davantage le slogan que le dossier, davantage la loyauté partisane que l’autonomie, davantage la visibilité que l’expertise et davantage la confrontation que la délibération, même des responsables compétents finiront par adapter leur comportement à ces règles.

La question essentielle n’est donc peut-être pas :

« Avons-nous les élus que nous méritons ? »

Mais plutôt :

« Avons-nous construit un système politique qui permet réellement à nos élus de donner le meilleur de leurs compétences ? »

Et à Bruxelles, après des années de fragmentation et de difficultés institutionnelles, cette question mérite probablement d’être posée avant toutes les autres.

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