La Belgique ouvre officiellement son ambassade à Tachkent : un nouveau chapitre avec l’Ouzbékistan
Mathias Kende devient le premier ambassadeur belge résident en Ouzbékistan, consacrant la volonté de Bruxelles de renforcer sa présence en Asie centrale
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner | Bruxelles
12 septembre 2026

La Belgique vient de franchir une étape historique dans ses relations avec l’Ouzbékistan. Pour la première fois, le Royaume dispose désormais d’une ambassade permanente à Tachkent, donnant une nouvelle dimension à une relation bilatérale qui prend une importance croissante sur les plans diplomatique, économique et géostratégique.
Le nouvel ambassadeur belge, Mathias Kende, a remis le 10 septembre les copies de ses lettres de créance au ministre ouzbek des Affaires étrangères, Bakhtiyor Saidov. Cette prise de fonctions marque le passage d’une représentation belge jusque-là assurée depuis l’étranger à une présence diplomatique permanente dans la capitale ouzbèke. (Dunyo.info)
Un choix diplomatique, mais aussi géopolitique
L’ouverture de l’ambassade ne relève pas simplement d’un réaménagement administratif du réseau diplomatique belge.
Bruxelles avait annoncé dès 2025 sa volonté d’établir une représentation à Tachkent, considérant l’Asie centrale comme une région présentant des opportunités stratégiques majeures, notamment en raison du développement du corridor transcaspien, parfois qualifié de nouvelle Route de la soie. (Affaires Étrangères)
La diplomatie belge souligne elle-même que cette région, située entre la Russie, la Chine, l’Afghanistan, l’Iran et les grands marchés asiatiques, est appelée à connaître une croissance considérable au cours de la prochaine décennie. La Belgique entend donc y défendre davantage ses intérêts économiques tout en renforçant sa capacité d’analyse et d’influence.
L’ambassade belge à Astana reste ouverte, mais elle n’est désormais plus compétente pour l’Ouzbékistan, Tachkent disposant de sa propre représentation belge. (kazakhstan.diplomatie.belgium.be)
Le rapprochement politique se concrétise
À Tachkent, Bakhtiyor Saidov a qualifié le début des activités de l’ambassade belge de « jalon important » dans le développement des relations bilatérales.
Les discussions avec Mathias Kende ont porté sur trois axes principaux : le renforcement du dialogue politique, l’élargissement des relations commerciales et économiques, et le développement des investissements entre les deux pays. Bruxelles et Tachkent entendent également approfondir leur coopération dans le cadre plus large des relations entre l’Ouzbékistan et l’Union européenne. (Dunyo.info)
Cette implantation diplomatique concrétise ainsi un rapprochement engagé au plus haut niveau politique et témoigne de la place croissante accordée à l’Ouzbékistan dans la stratégie européenne envers l’Asie centrale.
Pourquoi l’Ouzbékistan intéresse davantage la Belgique
Avec plus de 37 millions d’habitants, une économie en transformation et une position centrale entre les marchés chinois, russes, caucasiens et européens, l’Ouzbékistan cherche à devenir l’un des principaux carrefours économiques de l’Asie centrale.
Pour la Belgique, plusieurs domaines peuvent présenter un potentiel de coopération : logistique et transport, industrie, technologies, énergie, infrastructures, pharmacie, agroalimentaire ou encore services financiers.
Mais l’enjeu dépasse le commerce.
La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques ont renforcé l'intérêt européen pour les routes commerciales alternatives reliant l'Europe à l'Asie sans traverser la Russie. Dans ce contexte, le corridor transcaspien — reliant notamment l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase, la Turquie et l’Europe — acquiert une importance stratégique nouvelle.
C’est précisément cette évolution que le SPF belge des Affaires étrangères a mise en avant pour justifier l’ouverture de la représentation à Tachkent. (Affaires Étrangères)
Tachkent devient un nouveau point d’ancrage belge en Asie centrale
La décision traduit également une évolution plus large de la diplomatie belge.
Face au déplacement progressif d’une partie du centre de gravité économique mondial vers l’Asie et le Golfe, Bruxelles réorganise son réseau diplomatique afin d'être davantage présente dans les régions considérées comme stratégiques pour les prochaines décennies.
Tachkent rejoint ainsi les nouveaux points d'ancrage choisis par la Belgique dans le cadre de cette révision de son dispositif international. (Affaires Étrangères)
Pour les entreprises belges, la présence d’une ambassade sur place pourrait également faciliter l’identification des opportunités économiques, les contacts institutionnels et l'accompagnement des investissements.
Analyse Bruxelles Korner : la Belgique regarde davantage vers l’Asie centrale

L’ouverture de cette ambassade mérite d’être observée au-delà de la seule relation belgo-ouzbèke.
Pendant longtemps, l’Asie centrale est restée relativement périphérique dans la politique étrangère de nombreux États européens. Ce n’est plus le cas.
Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan et les autres pays de la région se retrouvent désormais au croisement de plusieurs enjeux majeurs : matières premières critiques, énergie, routes commerciales, connectivité numérique, sécurité et diversification des chaînes d’approvisionnement.
L’Ouzbékistan, de son côté, poursuit une politique d’ouverture visant à attirer simultanément les investissements européens, chinois, turcs, coréens, japonais et du Golfe.
La Belgique semble avoir compris que l’Asie centrale ne peut plus être regardée uniquement depuis Bruxelles ou depuis une ambassade située dans un pays voisin.
Installer un ambassadeur directement à Tachkent signifie disposer de représentants capables de suivre quotidiennement les mutations politiques et économiques du pays, d'établir des contacts avec les décideurs et de soutenir plus directement les acteurs économiques belges.
L’arrivée de Mathias Kende comme premier ambassadeur belge résident en Ouzbékistan constitue donc beaucoup plus qu’un symbole diplomatique.
Elle confirme que, dans une géographie économique mondiale en pleine recomposition, Bruxelles commence elle aussi à regarder plus attentivement vers Tachkent et l’Asie centrale.






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