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Kazakhstan : une semaine de recomposition politique, d’ambitions économiques et d’offensive diplomatique N80

Ana SayfaOrta Asya - Asie CentraleKazakhstan : une semaine de recomposition politique, d’ambitions économiques et d’offensive diplomatique N80

Kazakhstan : une semaine de recomposition politique, d’ambitions économiques et d’offensive diplomatiqueInstallation du nouveau Kurultai, nomination d’un vice-président, retour de Mukhtar Tileuberdi aux Affaires étrangères, sommet de l’OCS et investissements massifs : le Kazakhstan vient de vivre une semaine qui révèle les grandes orientations de son nouveau cycle politique.Par Kadir Duran – Bruxelles Korner | Bruxelles5 septembre 2026

05 Eylül, 2026, Cumartesi 14:16
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Kazakhstan : une semaine de recomposition politique, d’ambitions économiques et d’offensive diplomatique

Installation du nouveau Kurultai, nomination d’un vice-président, retour de Mukhtar Tileuberdi aux Affaires étrangères, sommet de l’OCS et investissements massifs : le Kazakhstan vient de vivre une semaine qui révèle les grandes orientations de son nouveau cycle politique.

Par Kadir Duran – Bruxelles Korner | Bruxelles
5 septembre 2026

Le Kazakhstan n’a pas simplement changé de Parlement. Il est entré cette semaine dans une nouvelle architecture institutionnelle, construite autour d’un pouvoir exécutif renforcé, d’un Parlement monocaméral et d’une diplomatie destinée à consolider la place du pays entre l’Europe, la Russie, la Chine et le reste de l’Asie.

De la formation du nouveau gouvernement au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai à Bichkek, en passant par les investissements, la coopération scientifique et la diplomatie antinucléaire, Astana a multiplié les annonces. Une même ligne stratégique se dessine : renforcer l’État à l’intérieur pour rendre le Kazakhstan plus influent à l’extérieur.

Le premier Kurultai ouvre une nouvelle période institutionnelle

Le premier Kurultai, Parlement monocaméral créé par la nouvelle Constitution entrée en vigueur le 1er juillet 2026, a commencé ses travaux après les élections législatives du 23 août.

Cette assemblée de 145 députés remplace désormais l’ancien système composé du Sénat et du Majilis. Elle est profondément renouvelée : 111 députés y siègent pour la première fois, tandis que les femmes occupent près d’un tiers des sièges. La présence de jeunes parlementaires progresse également.

Le président Kassym-Jomart Tokaïev a demandé aux nouveaux élus de moderniser la législation et de mettre les lois existantes en conformité avec la nouvelle Constitution. Parmi les priorités annoncées figurent l’intelligence artificielle, la numérisation de l’administration, la politique migratoire et la protection sociale.

Mais cette modernisation institutionnelle ne met pas fin aux interrogations politiques. Le parti présidentiel Adilet détient 110 des 145 sièges. Le pouvoir dispose donc d’une majorité écrasante lui permettant de faire adopter rapidement son programme.

Pour Astana, cette concentration doit offrir stabilité et efficacité. Pour les observateurs critiques, elle risque cependant de limiter le pluralisme et la capacité du Parlement à exercer un véritable contrôle sur l’exécutif. La réussite du Kurultai ne se mesurera donc pas seulement au nombre de lois adoptées, mais à la qualité des débats et à la place laissée aux voix indépendantes.

Erlan Karin devient vice-président

L’une des décisions les plus importantes de la semaine est la nomination d’Erlan Karin au nouveau poste de vice-président de la République.

La candidature proposée par Tokaïev a obtenu le soutien de 141 députés sur 145. Conseiller de longue date du chef de l’État et l’un des principaux architectes idéologiques du « Nouveau Kazakhstan », Erlan Karin devient ainsi l’un des personnages les plus puissants du pays.

Cette nomination dépasse une simple redistribution des fonctions. Le vice-président occupe désormais une place centrale dans la continuité de l’État et dans l’équilibre institutionnel voulu par la nouvelle Constitution.

Olzhas Bektenov a, pour sa part, été reconduit comme Premier ministre avec le soutien de 137 députés. Le message est clair : réforme institutionnelle ne signifie pas rupture administrative. Tokaïev renouvelle les structures, mais conserve une grande partie de l’équipe chargée de conduire sa politique.

La formation du nouveau gouvernement confirme cette recherche de continuité. La plupart des ministres économiques ont gardé leurs fonctions, ce qui doit rassurer les investisseurs et éviter une période d’incertitude bureaucratique. Reuters

Mukhtar Tileuberdi revient aux Affaires étrangères

Autre changement significatif : Mukhtar Tileuberdi a retrouvé la direction du ministère kazakh des Affaires étrangères, poste qu’il avait déjà occupé entre 2019 et 2023.

Avant son retour à Astana, il était ambassadeur en Autriche et représentant permanent auprès des organisations internationales établies à Vienne. Il remplace Yermek Kosherbayev, qui dirigeait la diplomatie kazakhe depuis septembre 2025.

Ce choix est révélateur. Dans un environnement international devenu plus instable, Tokaïev rappelle un diplomate expérimenté, parfaitement familiarisé avec la Russie, la Chine, l’Union européenne, les Nations unies et les organisations multilatérales.

Tileuberdi aura pour mission de préserver la politique étrangère « multivectorielle » du Kazakhstan : coopérer avec Moscou sans devenir dépendant de la Russie, approfondir les relations avec Pékin sans fermer la porte à l’Europe, et attirer les capitaux occidentaux tout en développant les corridors commerciaux eurasiens. Gouvernement kazakh

À Bichkek, le Kazakhstan défend une Eurasie connectée

Lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai organisé le 1er septembre à Bichkek, le président Tokaïev a plaidé pour une coopération plus concrète dans les domaines de la sécurité, du commerce, des investissements, des transports et de l’eau.

Le Kazakhstan veut notamment accélérer le développement du Corridor médian reliant la Chine à l’Europe à travers l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase et la Türkiye. Cette route est devenue stratégique depuis que les tensions internationales fragilisent les itinéraires traditionnels passant par la Russie et les voies maritimes.

Astana cherche ainsi à transformer sa géographie, longtemps perçue comme une contrainte, en avantage économique. Le pays ne veut plus seulement exporter du pétrole, du gaz, de l’uranium ou des minerais. Il souhaite devenir une plateforme de transit, de transformation industrielle, de données et de services.

Tokaïev a également proposé la création d’une Organisation internationale de l’eau sous l’égide des Nations unies ainsi que d’un centre de l’OCS consacré à l’analyse des questions hydriques. Une proposition particulièrement importante pour une Asie centrale confrontée à la raréfaction de l’eau, au recul des glaciers et aux rivalités entre pays situés en amont et en aval des grands fleuves. Euronews

Un portefeuille de 78,6 milliards de dollars d’investissements

Sur le plan économique, le gouvernement a présenté un portefeuille de 215 projets représentant 78,6 milliards de dollars et plus de 88 000 emplois potentiels.

Selon les chiffres annoncés, 93 projets, d’une valeur de 32,2 milliards de dollars, sont déjà en cours de réalisation. Les 122 autres, représentant 46,4 milliards, se trouvent encore en phase de développement.

Les secteurs ciblés comprennent l’industrie manufacturière, la transformation des matières premières, l’énergie, la métallurgie, les infrastructures, les technologies numériques, l’agriculture, la pharmacie et la santé.

La volonté de diversification est réelle, mais la prudence reste nécessaire : près de 60 % de la valeur totale concerne encore des projets qui ne sont pas entrés dans leur phase de réalisation. Environ 30 milliards de dollars seraient par ailleurs liés au seul projet de « Data Center Valley » d’Ekibastuz. Il faudra donc distinguer les intentions annoncées des capitaux effectivement investis. Times of Central Asia

L’enjeu est stratégique. Le Kazakhstan veut sortir progressivement du modèle consistant à exporter des ressources brutes pour importer des produits transformés. Il cherche à conserver davantage de valeur ajoutée sur son territoire et à attirer des industries capables de créer des compétences locales.

Le Kazakhstan veut envoyer davantage de scientifiques au CERN

Astana et le CERN travaillent également à un nouveau mécanisme permettant aux scientifiques kazakhs de participer à des expériences et à des stages de recherche dans le domaine de la physique des hautes énergies.

Un projet de protocole a été élaboré dans le cadre de l’accord de coopération conclu en 2018. Les chercheurs pourraient accéder aux programmes du CERN par l’intermédiaire des stages scientifiques financés par le programme international Bolashak.

Cette initiative intervient alors que le Kazakhstan développe ses ambitions dans le nucléaire civil. La participation au CERN ne constitue pas une formation directe à l’exploitation des centrales, mais elle peut renforcer les compétences du pays en physique, ingénierie, informatique scientifique et technologies de détection. CERN

Semipalatinsk : une mémoire nationale transformée en diplomatie mondiale

À l’occasion du 35ᵉ anniversaire de la fermeture du site nucléaire de Semipalatinsk, Tokaïev a appelé les puissances nucléaires à reprendre le dialogue et à accélérer l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.

Plus de 450 essais ont été réalisés à Semipalatinsk pendant la période soviétique, laissant des conséquences sanitaires et environnementales qui touchent encore plusieurs générations.

Le Kazakhstan a transformé cette tragédie en instrument de diplomatie internationale. Après avoir renoncé à l’arsenal nucléaire hérité de l’Union soviétique, le pays s’est positionné comme défenseur du désarmement et de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique.

Ce discours acquiert une portée particulière dans un contexte où les grandes puissances modernisent leurs arsenaux et où le risque d’une nouvelle course nucléaire réapparaît. Associated Press

Le Tazy kazakh présenté au cœur de l’Europe

La semaine kazakhe s’est également invitée à Bruxelles. Le 2 septembre, l’ambassade du Kazakhstan en Belgique a organisé l’exposition photographique « Tazy — Faster than the Wind », à l’occasion de la Journée du Tazy et du Tobet.

Le Tazy, lévrier traditionnel de la Grande Steppe, bénéficie depuis 2024 d’une reconnaissance internationale préliminaire de la Fédération cynologique internationale, dont le siège se trouve en Belgique.

L’exposition a rassemblé des représentants des institutions européennes, du monde diplomatique, des organisations internationales et de la diaspora kazakhe. Au-delà de l’animal, Astana cherche à promouvoir un élément de son patrimoine comme symbole culturel et comme instrument de diplomatie douce. 

Une semaine qui résume la stratégie de Tokaïev

Cette semaine permet de mieux comprendre la trajectoire actuelle du Kazakhstan.

À l’intérieur, le pouvoir consolide les institutions issues de la nouvelle Constitution, installe un vice-président et recherche la continuité gouvernementale. À l’extérieur, il renforce sa présence dans l’espace eurasiatique, développe ses relations scientifiques avec l’Europe et poursuit sa diplomatie antinucléaire. Sur le plan économique, il affiche des ambitions considérables, mais devra encore convertir les portefeuilles de projets en usines, infrastructures, emplois et transferts technologiques.

Le Kazakhstan veut se présenter comme un État stable, moderne et prévisible au milieu d’une Eurasie en pleine recomposition. Mais son véritable défi sera de maintenir un équilibre entre efficacité du pouvoir et pluralisme politique, entre exploitation des ressources et diversification, entre proximité avec les grandes puissances et préservation de sa souveraineté.

Astana change de structures. Il lui reste désormais à démontrer que cette transformation institutionnelle produira aussi des résultats concrets pour la population.

Kazakhstan : une semaine de recomposition politiqued’ambitions économiques et d’offensive diplomatique N80
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