Kazakhstan : quoi de neuf cette semaine ?
Berlin, Bruxelles, innovation, énergie et Middle Corridor : une semaine placée sous le signe de la diplomatie économique
Kazakhstan in Focus — 1er octobre 2026 | Issue No. 84
Bruxelles Korner — Kadir Duran

Le Kazakhstan a connu une semaine particulièrement dense sur les fronts diplomatique, économique et industriel. La visite du président Kassym-Jomart Tokayev en Allemagne constitue le principal événement international, mais elle s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large : investissements européens, technologies, infrastructures caspiennes, Middle Corridor, innovation, énergie, agriculture et modernisation d’Astana.
Un élément ressort de l’ensemble : Astana cherche de plus en plus à transformer sa diplomatie multivectorielle en partenariats économiques et industriels concrets.
???? Berlin : la diplomatie multivectorielle devient industrielle
La visite du président Kassym-Jomart Tokayev en Allemagne a occupé une place centrale dans l’actualité kazakhe.
Le message adressé à Berlin est clair : le Kazakhstan ne souhaite plus seulement être considéré comme un fournisseur de matières premières ou un partenaire énergétique. Il ambitionne de développer avec l’Allemagne une coopération couvrant l’industrie, les technologies, les infrastructures, les matières premières critiques et les chaînes de valeur.
Cette orientation traduit une évolution intéressante de la politique étrangère kazakhe.
La traditionnelle diplomatie « multivectorielle » du pays, longtemps comprise principalement comme une recherche d’équilibre entre Russie, Chine, Occident et puissances régionales, prend progressivement une dimension géoéconomique.
Astana cherche désormais à multiplier non seulement les partenaires, mais aussi les centres d’investissement, de technologie et de production.
Une plateforme financière Kazakhstan–Allemagne
Parmi les propositions les plus importantes figure la création d’une plateforme kazakho-allemande d’investissement et de financement.
L'objectif serait de mobiliser des capitaux allemands et européens pour financer des projets au Kazakhstan, en combinant investissements privés, cofinancements, garanties et mécanismes de partage des risques.
Plusieurs secteurs sont particulièrement concernés : matières premières critiques, énergie, technologies numériques, infrastructures et grands projets industriels.
L’enjeu dépasse donc les relations bilatérales.
Pour le Kazakhstan, il s’agit aussi de renforcer son intégration économique avec l’Union européenne et de se positionner comme une plateforme industrielle entre l’Europe et l’Asie.
???? La Bavière entre dans l’équation technologique
La coopération avec l’Allemagne ne se limite pas à Berlin.
Les échanges avec la Bavière ont mis en évidence plusieurs secteurs à forte valeur ajoutée : industrie avancée, microélectronique, automatisation industrielle, agriculture, formation professionnelle et logistique.
La question des semi-conducteurs est particulièrement intéressante.
Pour un pays historiquement associé au pétrole, au gaz, à l’uranium et aux minerais, l’ambition de développer des partenariats dans la microélectronique témoigne d’une volonté de diversification.
L’objectif est également d’attirer davantage d'entreprises bavaroises vers le marché kazakh, avec une perspective qui dépasse les frontières nationales : le Kazakhstan souhaite servir de point d’accès à l’ensemble de l’Asie centrale.
?? La Belgique apparaît également dans la stratégie kazakhe
Autre élément notable de la semaine : deux grands groupes belges figurent dans les discussions économiques du Kazakhstan.
Jan De Nul : la Caspienne et les infrastructures
Le Kazakhstan et Jan De Nul examinent des possibilités de coopération dans les infrastructures de transport et portuaires, l’ingénierie maritime et l’énergie.
Les discussions prennent une dimension stratégique lorsqu’elles sont replacées dans le développement du Middle Corridor, la route transcaspienne reliant la Chine et l’Asie centrale à l’Europe via la mer Caspienne, le Caucase et la Turquie.
Dragage, ingénierie hydraulique, infrastructures portuaires et aménagements maritimes constituent précisément des domaines dans lesquels l’expertise du groupe belge peut répondre aux besoins croissants de la région caspienne.
Katoen Natie : construire les plateformes logistiques de demain
Le groupe belge Katoen Natie apparaît également dans cette dynamique.
Les discussions concernent la logistique, les infrastructures d’entreposage, les terminaux multimodaux et le développement de nouveaux hubs.
Là encore, le Middle Corridor constitue la toile de fond.
Pour que cette route commerciale devienne une véritable alternative logistique entre l’Asie et l’Europe, il ne suffit pas de disposer de voies ferrées et de ports.
Il faut également des terminaux efficaces, des capacités de stockage, des plateformes multimodales, une meilleure digitalisation des flux et une réduction des délais aux frontières.
C’est précisément dans cette infrastructure intermédiaire que des groupes spécialisés comme Katoen Natie peuvent jouer un rôle.
Le Middle Corridor devient un axe structurant
Ces discussions avec l’Allemagne et la Belgique révèlent une évolution plus profonde.
Le Kazakhstan cherche à devenir non seulement un pays de transit, mais un hub industriel et logistique eurasiatique.
La différence est importante.
Un pays de transit tire essentiellement des revenus du passage des marchandises. Un hub économique cherche au contraire à capter davantage de valeur : stockage, transformation, production, services logistiques, financement, technologies et distribution.
C’est probablement l’un des enjeux majeurs de la stratégie économique kazakhe des prochaines années.
? L’ONU salue le rôle diplomatique du Kazakhstan
Sur le plan diplomatique, le secrétaire général des Nations unies António Guterres a également salué le rôle du Kazakhstan dans le dialogue international.
Le pays continue de cultiver son image de médiateur et de « pont » entre différentes puissances.
Cette diplomatie est cohérente avec la position géographique et politique particulière du Kazakhstan : membre de plusieurs organisations eurasiatiques, voisin direct de la Russie et de la Chine, mais parallèlement partenaire économique croissant de l’Union européenne et des États-Unis.
La capacité à maintenir ces différents canaux constitue l’un des piliers de la politique étrangère kazakhe.
? Innovation : le Kazakhstan gagne huit places
Autre indicateur encourageant : le Kazakhstan progresse de huit positions dans le Global Innovation Index.
Le pays atteint ainsi son meilleur classement depuis une décennie.
Cette progression est liée notamment à l’adoption technologique, aux productions créatives et à l’évolution de certains indicateurs institutionnels.
Mais le véritable test commencera maintenant.
Progresser dans un classement constitue un signal positif ; transformer cette progression en entreprises innovantes, productivité, recherche appliquée, propriété intellectuelle et exportations technologiques constitue une étape beaucoup plus difficile.
Le défi du Kazakhstan sera donc de transformer les investissements dans la numérisation et l’innovation en gains économiques durables.
⚡ KIOGE fête trente ans
Le secteur énergétique demeure parallèlement un pilier incontournable de l’économie.
L’édition 2026 de la Kazakhstan International Oil and Gas Exhibition — KIOGE marque les trente ans de cette plateforme de dialogue énergétique.
L’événement intervient à un moment où le Kazakhstan doit gérer plusieurs impératifs simultanément : continuer à attirer les investissements dans les hydrocarbures, développer son industrie gazière et préparer progressivement la transition énergétique.
Cette équation est particulièrement importante pour un pays dont une partie significative des recettes d’exportation reste liée aux ressources naturelles.
? Plus de 15 millions de tonnes de céréales et de farine exportées
L’agriculture constitue l’autre grande actualité économique.
Le Kazakhstan a dépassé les 15 millions de tonnes de céréales et de farine exportées, en équivalent céréales.
Cette performance rappelle que le pays n’est pas seulement une puissance énergétique et minière.
Grâce à l’étendue de ses terres agricoles et à sa production céréalière, il joue également un rôle important dans la sécurité alimentaire régionale.
Mais ici encore, la logistique est déterminante.
La compétitivité des céréales kazakhes dépend directement de la capacité du pays à accéder efficacement aux marchés d’Asie centrale, de Chine, du Caucase, du Moyen-Orient et, potentiellement, d’Europe.
Agriculture et Middle Corridor finissent donc par rejoindre la même problématique : la connectivité.
?️ Astana poursuit sa transformation
La capitale kazakhe continue parallèlement son développement urbain et son internationalisation.
Astana cherche à consolider son image de capitale moderne et futuriste, caractérisée par une architecture spectaculaire devenue l’un des principaux symboles internationaux du Kazakhstan.
Cette semaine, la dimension touristique a également été mise en avant avec la visibilité internationale accordée à la capitale.
Sur le plan de la mobilité urbaine, le réseau Tarlan a franchi le seuil des 10 millions de passagers depuis son lancement.
Au-delà du chiffre, cette progression traduit l’importance croissante des transports collectifs dans une capitale dont la population et l’étendue urbaine continuent d’augmenter.
? Tokayev remet le travail et le capital humain au centre
À l’occasion de la Fête du Travail, Kassym-Jomart Tokayev a également réaffirmé l’importance accordée par l’État aux métiers, aux travailleurs qualifiés et au développement du capital humain.
Ce discours complète assez logiquement les ambitions industrielles présentées en Allemagne.
Attirer des usines, des technologies et des capitaux ne suffit pas : encore faut-il disposer des ingénieurs, techniciens, opérateurs et spécialistes capables de faire fonctionner ces nouvelles activités.
La formation professionnelle devient ainsi une composante essentielle de la stratégie d’industrialisation.
?️ Le saviez-vous ? La dune qui « chante »
Le Kazakhstan possède également l’un des phénomènes naturels les plus étonnants d’Asie centrale.
Dans le parc national d’Altyn-Emel se trouve la célèbre Dune chantante, haute d’environ 150 mètres.
Lorsque le sable sec se déplace sous l’effet du vent ou des pas, la dune peut produire un grondement grave et puissant, parfois comparé au son d’un orgue ou d’un moteur.
Particularité supplémentaire : contrairement à de nombreuses dunes mobiles, celle d’Altyn-Emel reste relativement stable grâce à la configuration géographique et aux vents de la région.
Analyse — Une semaine qui révèle la nouvelle équation kazakhe
Pris séparément, ces événements peuvent sembler appartenir à des domaines différents : visite présidentielle en Allemagne, entreprises belges, innovation, céréales, énergie, transports urbains ou tourisme.
Mais mis ensemble, ils dessinent une même trajectoire.
Le Kazakhstan tente de passer progressivement d’un modèle principalement fondé sur les ressources naturelles et la géographie à un modèle utilisant ces deux avantages comme leviers pour attirer capital, industrie, technologie et logistique.
L’Allemagne apporte potentiellement l’industrie, la technologie et le financement.
La Belgique apporte notamment une expertise de premier plan dans les ports, l’ingénierie maritime et la logistique.
Le Kazakhstan apporte les ressources, le territoire, les infrastructures eurasiatiques et sa position entre Chine, Russie, mer Caspienne et Europe.
Au centre de cette équation se trouve désormais le Middle Corridor.
Si Astana réussit à transformer cet axe de transport en véritable corridor économique — avec industrie, transformation, plateformes logistiques, services et investissements autour des infrastructures — le Kazakhstan pourrait capter une part beaucoup plus importante de la valeur créée par les échanges entre l’Asie et l’Europe.
C’est probablement le message essentiel de cette semaine : le Kazakhstan ne veut plus seulement être situé entre les grandes puissances et les grands marchés. Il cherche à devenir l’un des lieux où ils se rencontrent, investissent et produisent.
Bruxelles Korner
Kadir Duran
1er octobre 2026







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