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Kazakhstan : l’intelligence artificielle et le capital humain au cœur du nouveau projet national

Ana SayfaOrta Asya - Asie CentraleKazakhstan : l’intelligence artificielle et le capital humain au cœur du nouveau projet national
Kazakhstan : l’intelligence artificielle et le capital humain au cœur du nouveau projet national

Kazakhstan : l’intelligence artificielle et le capital humain au cœur du nouveau projet nationalÀ l’heure où le Kazakhstan inaugure son nouveau Parlement monocaméral, le Kurultai, Astana cherche également à redéfinir son modèle économique. Intelligence artificielle, enseignement supérieur, recherche appliquée, numérisation des services publics et transition énergétique constituent les piliers affichés de cette transformation. Mais derrière l’ambition technologique demeure une question essentielle : la modernisation de l’État s’accompagnera-t-elle d’une véritable ouverture politique ?Par Kadir Duran — Bruxelles Korner, Astana

24 Ağustos, 2026, Pazartesi 23:58
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Kazakhstan : l’intelligence artificielle et le capital humain au cœur du nouveau projet national

À l’heure où le Kazakhstan inaugure son nouveau Parlement monocaméral, le Kurultai, Astana cherche également à redéfinir son modèle économique. Intelligence artificielle, enseignement supérieur, recherche appliquée, numérisation des services publics et transition énergétique constituent les piliers affichés de cette transformation. Mais derrière l’ambition technologique demeure une question essentielle : la modernisation de l’État s’accompagnera-t-elle d’une véritable ouverture politique ?

Par Kadir Duran — Bruxelles Korner, Astana

Le Kazakhstan ne change pas uniquement de Parlement. Il cherche à changer d’époque.

À Astana, le Forum national des think tanks, organisé sous le thème « Projection de l’avenir : de l’évaluation des résultats à un nouvel agenda », a donné un aperçu du projet que les autorités entendent porter au cours des prochaines années : construire une économie davantage fondée sur la connaissance, la recherche scientifique, l’intelligence artificielle et le capital humain.

Organisée par l’Institut kazakhstanais d’études stratégiques auprès de la présidence de la République, la rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des organisations internationales, des universités et des principaux centres de réflexion du pays.

Le forum s’est déroulé dans un contexte institutionnel particulièrement symbolique, à la veille des élections du 23 août 2026, les premières organisées pour désigner les 145 membres du nouveau Kurultai.

Un nouveau Parlement pour une nouvelle étape politique

La création du Kurultai constitue l’une des principales transformations introduites par la nouvelle Constitution kazakhe, approuvée lors du référendum national du 15 mars 2026 et entrée en vigueur le 1er juillet.

Le Parlement bicaméral, composé jusqu’alors du Sénat et du Majilis, a été remplacé par une assemblée monocamérale de 145 députés élus à la proportionnelle.

Les autorités présentent cette réforme comme un moyen de simplifier le processus législatif, de rendre les institutions plus réactives et d’adapter le système politique kazakh aux bouleversements géopolitiques et économiques contemporains.

Le scrutin du 23 août a toutefois confirmé la domination du camp présidentiel. Le parti Adilet a obtenu plus de 71 % des voix selon les résultats préliminaires, renforçant la position du président Kassym-Jomart Tokaïev au sein de la nouvelle architecture institutionnelle. Quatre autres formations ont franchi le seuil électoral et seront représentées dans le Kurultai. Reuters

Cette configuration place le Kazakhstan face à un paradoxe : alors que le pays affiche une modernisation rapide de son administration, de ses infrastructures et de son économie, le pluralisme politique demeure limité et le pouvoir exécutif reste prépondérant.

C’est dans cet espace, entre réforme et continuité, que s’inscrit le nouveau projet national présenté à Astana.

L’intelligence artificielle comme compétence générale

Le message le plus marquant du forum est venu du ministre kazakh des Sciences et de l’Enseignement supérieur, Sayasat Nurbek.

Selon lui, l’intelligence artificielle ne peut plus être considérée comme une discipline réservée aux informaticiens. Elle doit devenir une compétence fondamentale pour les étudiants, les enseignants, les chercheurs et, plus largement, l’ensemble de la population active.

Cette conception dépasse la simple formation de spécialistes. Elle vise à introduire l’usage de l’IA dans la médecine, l’industrie, l’agriculture, l’énergie, les sciences sociales, l’administration et la recherche scientifique.

Dans le cadre de l’initiative AI-Sana, plus de 706 000 étudiants auraient déjà bénéficié d’une formation initiale à l’intelligence artificielle. Vingt-sept universités ont été sélectionnées pour contribuer au déploiement national du programme, tandis que plus de 2 000 cours liés à l’IA ont été intégrés dans les cursus de 95 établissements d’enseignement supérieur.

Le Kazakhstan veut ainsi éviter que l’intelligence artificielle demeure concentrée dans quelques pôles technologiques d’Astana ou d’Almaty. L’ambition consiste à diffuser ces compétences dans les régions et à les intégrer progressivement à toutes les disciplines universitaires.

ChatGPT Edu et l’ouverture des universités à l’IA

L’introduction annoncée de ChatGPT Edu dans les universités constitue une autre dimension importante de cette stratégie.

L’objectif est de permettre aux étudiants et aux enseignants d’utiliser des outils avancés d’intelligence artificielle dans la recherche documentaire, l’apprentissage, la programmation, l’analyse de données et la préparation de contenus pédagogiques.

Mais cette évolution ne saurait se résumer à la mise à disposition d’un logiciel. Elle soulève également des questions de souveraineté numérique, de protection des données, de fiabilité des contenus, d’intégrité académique et de dépendance à l’égard des grandes entreprises technologiques étrangères.

Le défi du Kazakhstan sera donc double : accélérer l’adoption de l’IA tout en développant ses propres infrastructures, ses propres modèles linguistiques et une capacité nationale de gouvernance technologique.

La prise en compte du kazakh, mais aussi du russe et des autres langues utilisées dans le pays, constituera notamment un enjeu stratégique. Une politique d’intelligence artificielle ne peut véritablement devenir nationale que si elle reflète la réalité linguistique, culturelle et sociale de la population.

QAIRU, future université kazakhe de l’intelligence artificielle

La création de la Kazakh Research University of Artificial Intelligence, connue sous l’acronyme QAIRU, traduit la volonté de donner une base institutionnelle durable à cette politique.

L’université doit commencer à accueillir ses premiers étudiants en 2026. Elle aura pour mission de former des spécialistes de haut niveau et de conduire des recherches appliquées dans des secteurs considérés comme prioritaires : industrie, énergie, santé, agriculture, cybersécurité, logistique et administration publique.

Sa réussite dépendra néanmoins de sa capacité à attirer des chercheurs qualifiés, à nouer des partenariats internationaux équilibrés et à retenir les talents kazakhs susceptibles de partir travailler en Europe, en Amérique du Nord, en Chine ou dans les pays du Golfe.

Car la véritable compétition mondiale ne porte plus uniquement sur l’accès aux hydrocarbures, aux minerais critiques ou aux corridors commerciaux. Elle concerne désormais les ingénieurs, les chercheurs, les données, la puissance de calcul et les capacités d’innovation.

Reconnecter l’université et l’économie réelle

La réforme de l’enseignement supérieur ne se limite pas à l’intelligence artificielle. Quelque 235 programmes éducatifs sont en cours d’actualisation, tandis que des cartes régionales des compétences et des besoins futurs ont été élaborées pour les vingt régions du pays.

L’enseignement en alternance et les formations professionnelles pratiques doivent également être renforcés.

Dix universités expérimentent déjà un modèle de « doctorat industriel » en coopération avec des entreprises. Celui-ci vise à rapprocher la recherche doctorale des besoins concrets de l’économie, en particulier dans les secteurs industriels et technologiques.

Cette évolution répond à une faiblesse rencontrée par de nombreux pays : l’existence d’un écart important entre la recherche universitaire et les besoins du secteur productif.

Les dépenses nationales consacrées à la recherche et au développement seraient passées de 121 à 173 milliards de tenges. Environ 31 % des projets scientifiques soutenus auraient atteint une forme de commercialisation.

Ces chiffres traduisent une progression, mais le véritable test résidera dans la capacité à transformer les résultats de recherche en entreprises, brevets, chaînes de production et emplois durables.

Le gouvernement numérique, vitrine du Kazakhstan

La numérisation de l’État constitue déjà l’un des domaines dans lesquels le Kazakhstan obtient les résultats internationaux les plus visibles.

Le pays occupe la 24e place sur 193 États dans l’Indice de développement de l’administration électronique des Nations unies, avec un score de 0,9009. Il figurait au 28e rang lors de l’édition précédente, et non au 29e comme cela est parfois indiqué. Nations unies

Le portail eGov donne accès à plus de 1 300 services publics, dont environ 90 % peuvent être sollicités en ligne. Plus de 15 millions d’utilisateurs seraient enregistrés sur la plateforme.

Le Kazakhstan cherche désormais à dépasser la simple dématérialisation des procédures administratives.

L’étape suivante consiste à construire un État numérique « proactif », capable d’anticiper certains besoins : recherche d’emploi, attribution d’aides sociales, renouvellement de documents ou orientation vers des services publics.

L’intégration de l’intelligence artificielle dans l’administration pourrait réduire les délais et simplifier les démarches. Elle devra cependant être accompagnée de garanties juridiques solides concernant les données personnelles, la transparence des algorithmes et le droit de contester une décision automatisée.

Un État plus numérique n’est pas automatiquement un État plus démocratique. Tout dépend de la manière dont la technologie est gouvernée et des possibilités de contrôle offertes aux citoyens.

Du concept de stabilité à celui de résilience sociale

Le politologue Gazez Abishev a proposé de remplacer progressivement le concept traditionnel de « stabilité » par celui de « résilience sociale ».

La nuance est importante.

La stabilité peut parfois signifier l’immobilisme ou la conservation d’un ordre existant. La résilience suppose au contraire qu’un système soit capable d’entendre les attentes de la société, de reconnaître ses erreurs, de s’adapter et de mener des réformes sans perdre sa cohésion.

Cette approche prend tout son sens au Kazakhstan, marqué par le souvenir des violences de janvier 2022, mais aussi par les transformations sociales provoquées par l’urbanisation, l’émergence d’une nouvelle génération, les inégalités régionales et la hausse du coût de la vie.

La capacité d’un État à absorber les crises ne dépend pas seulement de ses institutions de sécurité. Elle repose également sur la confiance, la justice sociale, l’accès aux services publics et l’existence d’espaces permettant l’expression des mécontentements.

La résilience ne peut donc pas être uniquement technologique. Elle doit aussi être politique et sociale.

L’énergie, entre héritage pétrolier et diversification

La transformation énergétique occupe une place importante dans la nouvelle stratégie.

La part des énergies renouvelables dans la production nationale d’électricité aurait plus que doublé pour atteindre environ 7 %. Ce niveau reste modeste, mais il témoigne d’une volonté de diversifier un système énergétique encore largement dépendant du charbon, du pétrole et du gaz.

Le Kazakhstan demeure un acteur majeur des marchés mondiaux de l’uranium et des hydrocarbures. Ses ressources naturelles continueront donc de jouer un rôle essentiel dans son économie et dans ses relations avec la Russie, la Chine, l’Union européenne et les États-Unis.

L’enjeu n’est pas d’abandonner brutalement cet avantage, mais d’utiliser les revenus tirés des matières premières pour financer les infrastructures numériques, l’enseignement, la recherche et la transformation industrielle.

Autrement dit, il s’agit de convertir une richesse géologique en richesse intellectuelle et technologique.

De puissance énergétique à puissance de la connaissance

Le professeur Andrey Kazantsev, de l’Université Narxoz, a rappelé les principaux atouts stratégiques du pays : sa politique étrangère multivectorielle, sa position au cœur de l’Eurasie, ses ressources naturelles, ses infrastructures numériques, son capital humain et sa culture d’ouverture internationale.

À ces avantages s’ajoute la montée en puissance du Corridor médian, qui relie la Chine à l’Europe à travers l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase et la Turquie.

Dans un environnement international fragmenté, le Kazakhstan veut être à la fois un fournisseur de ressources, un carrefour logistique, un partenaire diplomatique et un centre régional d’innovation.

Cette ambition est cohérente avec la géographie du pays. Situé entre la Russie et la Chine, mais tourné également vers l’Europe, le Kazakhstan doit préserver sa capacité de coopération avec plusieurs puissances sans devenir excessivement dépendant de l’une d’entre elles.

La souveraineté technologique devient ainsi le prolongement naturel de la politique étrangère multivectorielle.

Le véritable défi : transformer l’ambition en institutions

Le Forum national des think tanks a mis en lumière une vision relativement claire : le Kazakhstan veut progressivement passer d’une économie dominée par les ressources naturelles à une économie de la connaissance.

L’intelligence artificielle, la formation, la recherche appliquée, les services publics numériques et l’énergie durable constituent les instruments de cette transition.

Mais les annonces, aussi ambitieuses soient-elles, ne suffiront pas.

La réussite dépendra de la qualité de l’enseignement, de l’indépendance de la recherche, de la transparence dans l’attribution des financements, de l’ouverture de l’économie à l’innovation et de la capacité des institutions à accepter le débat critique.

Le nouveau Kurultai sera donc jugé non seulement sur sa capacité à adopter rapidement des lois, mais aussi sur son aptitude à contrôler l’exécutif, à représenter la diversité de la société et à accompagner la transformation technologique sans réduire l’espace politique.

Le Kazakhstan ouvre incontestablement un nouveau chapitre. Son pari est de conjuguer réforme institutionnelle, puissance numérique et développement humain.

Reste à déterminer si cette modernisation produira uniquement un État plus efficace ou si elle permettra également l’émergence d’un État plus responsable, plus pluraliste et plus attentif aux attentes de ses citoyens.

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