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Kazakhstan : le grand pari de Tokayev sur la stabilité

Ana SayfaOrta Asya - Asie CentraleKazakhstan : le grand pari de Tokayev sur la stabilité
Kazakhstan : le grand pari de Tokayev sur la stabilité

Kazakhstan : le grand pari de Tokayev sur la stabilitéEntre la Russie, la Chine et les États-Unis, Astana cherche à préserver sa politique multivectorielle en renforçant d’abord la cohésion de l’ÉtatBruxelles Korner / Kadir Duran – AstanaSource et éclairage : cette analyse s’appuie notamment sur la tribune d’opinion de Ken Moriyasu, senior fellow au Hudson Institute et ancien correspondant de Nikkei, publiée dans Nikkei Asia le 26 août 2026 sous le titre : « Kazakhstan, the world's most important hedger, bets on stability – Tokayev consolidates power to preserve a balance between China, Russia and the US ».

26 Ağustos, 2026, Çarşamba 20:36
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Kazakhstan : le grand pari de Tokayev sur la stabilité

Entre la Russie, la Chine et les États-Unis, Astana cherche à préserver sa politique multivectorielle en renforçant d’abord la cohésion de l’État

Bruxelles Korner / Kadir Duran – Astana

Source et éclairage : cette analyse s’appuie notamment sur la tribune d’opinion de Ken Moriyasu, senior fellow au Hudson Institute et ancien correspondant de Nikkei, publiée dans Nikkei Asia le 26 août 2026 sous le titre : « Kazakhstan, the world's most important hedger, bets on stability – Tokayev consolidates power to preserve a balance between China, Russia and the US ».

Les élections du 23 août 2026 au Kazakhstan ont livré un résultat sans ambiguïté. Le parti Adilet, favorable au président Kassym-Jomart Tokayev, a remporté 71,17 % des suffrages et obtenu 110 sièges sur les 145 que compte le nouveau Kurultai.

À première vue, le scrutin peut donc être interprété comme une consolidation spectaculaire du pouvoir présidentiel.

Mais réduire cette séquence politique à une simple victoire électorale serait insuffisant.

C’est précisément l’angle développé par Ken Moriyasu dans sa tribune publiée par Nikkei Asia. Selon lui, le Kazakhstan doit être compris comme l’un des États qui pratiquent le plus activement une stratégie de « hedging » géopolitique, c’est-à-dire une politique consistant à ne pas s’aligner exclusivement sur une seule grande puissance, mais à maintenir simultanément plusieurs partenariats afin de préserver sa marge de manœuvre.

Moriyasu considère ainsi que la consolidation politique menée par Tokayev vise moins à produire une démocratisation rapide qu’à créer les conditions d’une stabilité intérieure permettant à Astana de continuer à équilibrer ses relations avec la Russie, la Chine et les États-Unis.

Cette lecture mérite d’être examinée de près.

Une nouvelle architecture institutionnelle

La Constitution entrée en vigueur le 1er juillet 2026 a profondément modifié le système politique kazakh.

L’ancien Parlement bicaméral a été supprimé. Le Sénat et le Majilis ont laissé place à une assemblée unique de 145 députés : le Kurultai.

Ce terme n’est pas neutre.

Dans l’histoire politique des peuples turciques et mongols, le kurultai désignait une assemblée au sein de laquelle étaient discutées les grandes décisions collectives, notamment celles concernant le pouvoir, la guerre ou la succession.

Le choix de ce nom traduit donc la volonté de conjuguer une référence historique avec une architecture institutionnelle moderne.

La nouvelle Constitution instaure également une fonction de vice-président.

Cet élément est particulièrement important, car il touche directement à la question de la continuité du pouvoir et de la succession présidentielle.

Dans l’interprétation de Ken Moriyasu, le nouveau Kurultai, la création de la vice-présidence et l’incertitude entretenue autour de l’après-2029 doivent être lus ensemble : ils formeraient les éléments d’une tentative d’organiser une transition politique ordonnée et d’éviter qu’une succession présidentielle ne se transforme en lutte ouverte entre factions.

Le traumatisme de janvier 2022

Pour comprendre cette obsession de la stabilité, il faut revenir sur les événements de janvier 2022.

Les manifestations qui avaient commencé sur des revendications sociales s’étaient rapidement transformées en crise politique et sécuritaire majeure.

Tokayev avait alors demandé l’intervention de l’Organisation du traité de sécurité collective, dominée par la Russie.

Les forces étrangères s’étaient retirées rapidement, mais l’épisode avait révélé une vulnérabilité stratégique fondamentale :

une crise politique intérieure peut très rapidement devenir une dépendance extérieure.

C’est également un élément central de l’analyse de Moriyasu. Il souligne que les événements de 2022 ont montré à quel point une rupture des équilibres internes pouvait offrir à Moscou un levier militaire et politique considérable, même temporairement.

Depuis cette crise, Tokayev a progressivement démantelé plusieurs centres de pouvoir hérités de l’époque de Nursultan Nazarbayev et réorganisé l’appareil institutionnel.

Les réformes actuelles s’inscrivent dans cette continuité.

Le débat démocratique demeure

L’analyse de Nikkei Asia ne passe toutefois pas sous silence les critiques.

Ken Moriyasu souligne que les sept partis ayant participé au scrutin étaient globalement favorables au système en place, tandis que les véritables forces d’opposition restaient marginalisées. Il relève également les critiques relatives à la pression exercée sur certains journalistes et acteurs contestataires.

De ce point de vue, les détracteurs du pouvoir considèrent que le scrutin du 23 août constitue davantage une consolidation du système qu’une avancée démocratique.

Cette critique ne peut être écartée.

Mais la thèse de Moriyasu est précisément que l’analyse du Kazakhstan ne peut pas se limiter à la seule grille « démocratisation contre autoritarisme ».

Selon lui, le pays se prépare à évoluer dans un environnement international beaucoup plus instable et conflictuel.

Le raisonnement du pouvoir kazakh reposerait donc sur une autre hiérarchie des priorités : empêcher que la fragmentation interne ne compromette la politique étrangère multivectorielle du pays.

Le modèle kazakh peut ainsi être résumé par la formule suivante :

transformation politique contrôlée, État central fort et politique étrangère multivectorielle.

Le Kazakhstan, puissance du « hedging »

C’est sur ce point que la tribune de Ken Moriyasu apporte son concept le plus intéressant.

Il qualifie le Kazakhstan de « world's most important hedger », que l’on pourrait traduire par l’un des États les plus importants au monde dans l’art de la couverture ou de l’équilibrage géopolitique.

Dans le langage des relations internationales, le « hedging » désigne une stratégie intermédiaire entre l’alignement et la neutralité.

Un État ne choisit pas définitivement un camp.

Il multiplie les partenariats, limite les dépendances et cherche à conserver plusieurs options ouvertes simultanément.

C’est exactement ce que le Kazakhstan tente de faire.

Le pays partage plus de 7 000 kilomètres de frontière avec la Russie et près de 1 800 kilomètres avec la Chine.

Il est à la fois un État d’Asie centrale, une puissance énergétique, un producteur majeur d’uranium et un territoire indispensable aux nouvelles routes commerciales reliant la Chine, la mer Caspienne, le Caucase et l’Europe.

Pour Pékin, le Kazakhstan constitue l’un des principaux maillons terrestres des corridors eurasiatiques.

Pour Moscou, il reste un partenaire essentiel de l’espace post-soviétique.

Pour l’Union européenne, il représente un fournisseur stratégique d’énergie, d’uranium et de matières premières critiques.

Pour Washington, l’Asie centrale devient progressivement un espace où il est possible de diversifier les chaînes d’approvisionnement et de réduire certaines dépendances vis-à-vis de la Chine.

Le véritable objectif : ne dépendre de personne

Depuis plusieurs décennies, la diplomatie kazakhe repose sur ce que l’on appelle une politique étrangère multivectorielle.

Son principe est simple dans sa formulation, mais extrêmement difficile dans son exécution :

coopérer avec la Russie sans dépendre de la Russie ;

développer les relations économiques avec la Chine sans entrer dans son orbite exclusive ;

renforcer les relations avec les États-Unis et l’Union européenne sans devenir un instrument occidental dans une confrontation avec Moscou ou Pékin.

Pour Ken Moriyasu, c’est précisément cette capacité de manœuvre qui explique en partie l’importance accordée à la stabilité politique intérieure.

Un État politiquement fragmenté ou traversé par une lutte de succession serait beaucoup plus vulnérable aux pressions extérieures.

Dans cette perspective, la consolidation du pouvoir par Tokayev est un moyen de préserver non seulement le contrôle politique interne, mais également l’autonomie stratégique du Kazakhstan.

Trois grandes puissances autour d’Astana

La compétition géopolitique devient par ailleurs de plus en plus visible en Asie centrale.

La Chine investit dans les infrastructures terrestres, ferroviaires, énergétiques et logistiques permettant de relier son économie aux marchés occidentaux tout en réduisant sa dépendance aux routes maritimes.

La Russie demeure la puissance historique et sécuritaire dominante de la région.

Les États-Unis, pour leur part, manifestent un intérêt croissant pour les minerais critiques, les chaînes d’approvisionnement, les transports et le positionnement géopolitique de l’Asie centrale.

Moriyasu souligne ainsi que le Kazakhstan doit aujourd’hui réussir une tâche particulièrement délicate : faire en sorte que Moscou, Pékin et Washington aient chacun le sentiment d’entretenir avec Astana une relation importante, sans permettre à aucun de ces acteurs de devenir dominant.

C’est la définition même du « hedging ».

La véritable échéance : l’après-Tokayev

La question centrale n’est donc peut-être pas celle du résultat du 23 août.

Le véritable enjeu pourrait être celui de la transition politique à venir.

Le nouveau Kurultai doit tenir sa première séance le 28 août 2026.

L’une des étapes importantes sera ensuite la mise en place du nouveau dispositif institutionnel et notamment la désignation du vice-président.

Cette fonction pourrait devenir l’un des pivots de la continuité de l’État en cas de vacance du pouvoir.

La question de 2029 demeure également particulièrement sensible.

Ken Moriyasu rappelle que la Cour constitutionnelle a considéré que la nouvelle Constitution pouvait modifier la lecture du calendrier présidentiel, ce qui entretient l’hypothèse théorique d’une nouvelle candidature de Tokayev après l’expiration de son mandat actuel.

Mais il rapporte également qu’une source proche du pouvoir lui a indiqué que cette possibilité ne devait pas nécessairement être interprétée comme la preuve d’une volonté de rester au pouvoir, mais plutôt comme un moyen d’éviter que Tokayev ne devienne trop tôt un président en fin de mandat.

Autrement dit : conserver l’option ouverte afin de préserver l’autorité jusqu’au moment de la transition.

Un pari politique et géopolitique

L’analyse de Ken Moriyasu permet donc de poser autrement la question kazakhe.

Tokayev ne cherche pas uniquement à gagner des élections ou à consolider son pouvoir.

Il cherche à résoudre plusieurs équations simultanément.

Renforcer l’État sans fermer complètement la société.

Préparer une succession sans déclencher prématurément une guerre de succession.

Préserver la relation stratégique avec la Russie sans devenir dépendant de Moscou.

Attirer les investissements chinois sans tomber dans une dépendance économique excessive envers Pékin.

Approfondir les relations avec Washington et Bruxelles sans être perçu comme un adversaire par les deux grands voisins du Kazakhstan.

Et conserver une souveraineté stratégique dans une région où la compétition entre grandes puissances ne fera probablement que s’intensifier.

C’est là que se situe le véritable pari de Tokayev.

Le scrutin du 23 août a renforcé son architecture politique.

Mais le véritable test sera ailleurs :

le Kazakhstan pourra-t-il consolider l’État sans rigidifier le système, organiser une succession sans provoquer de rupture et continuer à équilibrer la Russie, la Chine, les États-Unis et l’Europe sans perdre sa liberté stratégique ?

Comme le suggère Ken Moriyasu dans Nikkei Asia, la réponse ne sera probablement pas visible immédiatement.

C’est dans plusieurs années que l’on saura si le pari de stabilité de Tokayev aura réellement permis au Kazakhstan de conserver ce qui constitue aujourd’hui son principal capital géopolitique : sa capacité à parler avec toutes les grandes puissances sans appartenir exclusivement au camp d’aucune d’entre elles.

Source principale

Ken Moriyasu, « Kazakhstan, the world's most important hedger, bets on stability – Tokayev consolidates power to preserve a balance between China, Russia and the US », Nikkei Asia, rubrique Opinion, 26 août 2026.

Ken Moriyasu est ancien correspondant de Nikkei et senior fellow au Hudson Institute.

 

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