Kazakhstan : à Bruxelles, Zhandos Shaimardanov présente la nouvelle architecture constitutionnelle d’Astana
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner
Le 1er juillet 2026, date d’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution du Kazakhstan, l’Ambassade de la République du Kazakhstan à Bruxelles a accueilli une nouvelle édition des Shanyraq Dialogues, consacrée à un thème central : « The New Constitution of Kazakhstan: A New Chapter for Democratic Governance and Kazakhstan – EU Cooperation ».
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L’événement s’est tenu à l’Ambassade du Kazakhstan, avenue van Bever à Uccle, sous l’ouverture de S.E. M. Roman Vassilenko, Ambassadeur de la République du Kazakhstan auprès du Royaume de Belgique, chef de mission auprès de l’Union européenne et de l’OTAN. L’orateur principal était M. Zhandos Shaimardanov, directeur du Kazakhstan Institute for Strategic Studies under the President of the Republic of Kazakhstan, institution directement liée à la réflexion stratégique de la présidence kazakhe.
Devant un public composé de représentants du monde politique belge et européen, de diplomates, d’académiciens, de journalistes et d’observateurs des relations internationales, la rencontre a permis d’expliquer les contours de la nouvelle structure parlementaire kazakhe et les prochaines étapes de la transition institutionnelle.
Une Constitution nouvelle pour une étape politique nouvelle
Dans son allocution d’ouverture, l’Ambassadeur Roman Vassilenko a rappelé que le 1er juillet 2026 représentait une date politique majeure pour le Kazakhstan. La nouvelle Constitution entre officiellement en vigueur et ouvre, selon lui, une nouvelle phase de modernisation politique.
Cette réforme entend construire un système de gouvernance plus responsable, plus représentatif et davantage tourné vers l’avenir. Elle accompagne également la volonté du président Kassym-Jomart Tokaïev de consolider les institutions, de renforcer l’État de droit et d’ancrer le Kazakhstan dans une trajectoire de modernisation progressive.
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L’ambassadeur a aussi souligné le caractère symbolique du calendrier : une semaine auparavant, les 22 et 23 juin 2026, le président Tokaïev était en visite officielle à Bruxelles. Cette visite a permis de confirmer la montée en puissance du partenariat entre le Kazakhstan et l’Union européenne dans plusieurs domaines stratégiques : connectivité des transports, sécurité énergétique, matières premières critiques, transformation numérique, enseignement supérieur, recherche, innovation et contacts humains.
Le message diplomatique était clair : le Kazakhstan entend lier sa transformation interne à un partenariat renforcé avec l’Europe.
Le Quryltai, nouveau Parlement monocaméral
Au cœur de la discussion figurait la transformation du système législatif kazakh. La nouvelle Constitution prévoit la mise en place d’un Parlement monocaméral, le Quryltai, dont les élections sont prévues en août 2026, avant le début de ses travaux en septembre.
Cette évolution marque une rupture avec l’ancienne architecture parlementaire. Le nouveau modèle vise à simplifier la représentation politique et à renforcer la lisibilité institutionnelle du système. Les membres du Parlement seront élus sur la base de listes de partis, ce qui, selon les explications données lors du débat, doit renforcer la participation démocratique et éviter les mandats institutionnels réservés à certaines structures.
M. Shaimardanov a présenté cette réforme comme une étape de rationalisation politique, mais aussi comme un instrument destiné à accroître la responsabilité des acteurs élus devant les citoyens.

Le Conseil du peuple : représentation régionale, société civile et diversité nationale
Une partie importante des échanges a porté sur le rôle du Conseil du peuple, appelé à fonctionner à côté du Parlement monocaméral. La question posée était directe : quelle sera l’interaction entre ce Conseil et le Quryltai ?
Selon les explications de M. Shaimardanov, le Conseil du peuple ne constitue pas une branche législative au même titre que le Parlement. Il aura toutefois un rôle d’initiative et de proposition. Sa mission principale sera de faire remonter les préoccupations du terrain, notamment celles des régions.
Le Conseil reposera sur trois piliers : une représentation régionale, une participation des ONG et une représentation des associations ethnoculturelles. Cette dernière dimension revêt une importance particulière dans un pays composé de plus de 120 groupes ethniques.
L’objectif est de maintenir l’unité nationale tout en offrant une plateforme d’expression aux différentes composantes de la société kazakhe. Les projets ou propositions émanant du Conseil pourront être transmis au Parlement, qui devra les examiner.
M. Shaimardanov a également présenté ce Conseil comme une forme alternative de participation à la vie publique. Des personnalités qui ne siègent pas au Parlement pourront y construire une légitimité, se faire connaître et éventuellement intégrer plus tard la compétition politique classique.
Vice-présidence : une innovation institutionnelle surveillée de près
Autre sujet abordé : la création d’une fonction de vice-président. Cette innovation, rare en Asie centrale, a suscité plusieurs questions parmi les participants.
M. Shaimardanov a expliqué que le rôle exact du vice-président pourrait évoluer selon les priorités du pays et le profil de la personne nommée. Dans une première version du projet constitutionnel, le vice-président pouvait représenter le président à l’extérieur. Cette formulation a ensuite été retirée, afin de permettre une fonction plus souple, potentiellement liée à des projets spécifiques, qu’ils soient de politique intérieure ou de politique étrangère.
L’ordre de succession a également été clarifié : en cas d’empêchement du président, le vice-président lui succéderait. Si le vice-président était lui-même empêché, le président du Quryltai viendrait ensuite, puis le Premier ministre.
Cette nouvelle hiérarchie institutionnelle confirme l’importance politique de la vice-présidence dans la nouvelle architecture kazakhe.
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Une réforme saluée, mais jugée à l’aune de son application
Du côté européen, les interventions ont exprimé un accueil favorable à ces réformes, tout en insistant sur un point essentiel : la mise en œuvre.
Les participants européens ont rappelé que la valeur d’une réforme constitutionnelle ne se mesure pas uniquement à son texte, mais à ses effets concrets : pluralisme politique, respect de l’État de droit, transparence, confiance publique et consolidation de pratiques institutionnelles réelles.
Le Kazakhstan, ont-ils souligné, sera jugé non seulement sur la conception de son nouveau système, mais aussi sur sa capacité à traduire ces principes dans la gouvernance quotidienne.
Cette prudence européenne n’a pas été présentée comme une critique frontale, mais comme une attente politique : celle de voir les engagements institutionnels se transformer en résultats visibles.
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Une Constitution issue d’un processus de consultation
M. Shaimardanov a également expliqué le processus ayant conduit à l’adoption du nouveau texte constitutionnel.
Selon lui, la réforme a débuté après l’annonce du président Tokaïev, en septembre 2025, de la transition vers un Parlement monocaméral. Un groupe de travail a ensuite été constitué avec la participation d’experts, de représentants politiques, d’universitaires, de membres du gouvernement et de citoyens.
Plus de 2.000 propositions auraient d’abord été transmises via des plateformes électroniques, dont environ 600 concernaient directement la réforme parlementaire. Par la suite, plus de 10.000 contributions supplémentaires auraient été examinées dans le cadre d’une commission constitutionnelle élargie.
Les réunions de cette commission auraient été diffusées en direct, dans un souci de transparence. Le texte final a été présenté comme le résultat de plusieurs étapes de consultation, et non comme un projet imposé de l’extérieur ou préparé d’avance.
M. Shaimardanov a précisé que plus de 80 % du texte constitutionnel avait été modifié, ce qui justifiait juridiquement l’adoption d’une nouvelle Constitution plutôt qu’une simple révision.
Kazakhstan – Union européenne : une convergence stratégique
Au-delà des questions strictement constitutionnelles, les échanges ont aussi porté sur les relations entre le Kazakhstan et l’Union européenne.
La récente visite du président Tokaïev à Bruxelles a été présentée comme un moment important. Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur partenariat dans le cadre de l’Accord de partenariat et de coopération renforcé.
Parmi les avancées évoquées figurent la connectivité, les matières premières critiques, l’aviation, la coopération scientifique, les investissements et la mobilité. Les négociations sur les accords de facilitation des visas et de réadmission auraient également été conclues au niveau des négociateurs.
Cette question des visas a occupé une place particulière dans les débats. M. Shaimardanov a souligné que les procédures de visa influencent directement la perception des citoyens kazakhs à l’égard de leurs partenaires internationaux. Selon lui, l’assouplissement du régime de visas pourrait améliorer l’image de l’Union européenne au Kazakhstan et accroître les échanges humains, économiques et académiques.
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L’Asie centrale entre coopération régionale et prudence institutionnelle
La discussion s’est ensuite élargie à l’avenir de l’Asie centrale. M. Shaimardanov a reconnu que la coopération régionale connaissait depuis quelques années une dynamique nouvelle, en particulier depuis 2022.
Il a insisté sur l’importance du format C5, regroupant les cinq États d’Asie centrale, et sur l’intégration progressive de l’Azerbaïdjan dans certaines discussions régionales. Cette ouverture est perçue comme stratégique, notamment en raison du rôle du Caucase du Sud dans le corridor médian.
Pour Astana, il est encore trop tôt pour parler d’intégration régionale comparable à celle de l’Union européenne. L’objectif immédiat serait plutôt l’institutionnalisation des mécanismes de coopération, afin de mieux suivre les décisions déjà prises et de passer de la production d’idées à leur mise en œuvre.
Parmi les thèmes fédérateurs, plusieurs priorités ont été citées : le développement du capital humain, la gestion de l’eau, l’énergie, les corridors de transport, la résilience des chaînes d’approvisionnement et les matières premières critiques.
Le corridor médian a été présenté comme un axe structurant de cette coopération. Il pourrait devenir, à terme, l’un des piliers économiques d’une Asie centrale plus connectée, plus organisée et plus visible sur la scène internationale.
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Une diplomatie kazakhe en quête de lisibilité
À travers cette rencontre, le Kazakhstan a cherché à envoyer un double message.
Sur le plan intérieur, Astana veut montrer que sa réforme constitutionnelle n’est pas une simple opération juridique, mais une transformation politique destinée à renforcer la représentation, la responsabilité et la résilience institutionnelle.
Sur le plan extérieur, le pays entend se positionner comme un partenaire stable, prévisible et stratégique pour l’Union européenne, dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine, les tensions autour de l’énergie, la compétition pour les matières premières critiques et la recomposition des routes commerciales entre l’Europe et l’Asie.
Les Shanyraq Dialogues, dans cette perspective, jouent un rôle de passerelle. Le terme « Shanyraq », qui désigne la partie supérieure de la yourte kazakhe et symbolise le foyer, la stabilité, l’unité et la prospérité familiale, prend ici une dimension diplomatique : créer un espace de dialogue structuré, mais ouvert, entre le Kazakhstan et ses partenaires européens.
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Bruxelles comme scène de la modernisation kazakhe
La présence de responsables politiques, diplomates, chercheurs, journalistes et représentants européens a donné à cette rencontre une portée qui dépasse le simple cadre académique.
Le Kazakhstan veut convaincre que sa modernisation politique est réelle, progressive et compatible avec un partenariat approfondi avec l’Europe. L’Union européenne, de son côté, observe avec intérêt, mais aussi avec exigence, l’évolution de cette réforme.
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Le 1er juillet 2026 restera donc une date importante pour Astana. Mais comme l’ont rappelé plusieurs intervenants, la vraie mesure de cette nouvelle Constitution viendra dans les mois et les années à venir : lors des élections au Quryltai, dans le fonctionnement du nouveau Parlement, dans le rôle effectif du Conseil du peuple, dans l’équilibre entre institutions, et surtout dans la capacité du Kazakhstan à transformer une réforme institutionnelle en pratiques démocratiques durables.
À Bruxelles, le message kazakh a été posé clairement : modernisation interne et coopération européenne avancent désormais ensemble.
Source utilisée : invitation, discours d’ouverture/clôture et échanges , enregistrements, incluant les discussions sur le Conseil du peuple, le Quryltai, la vice-présidence, la coopération régionale, le corridor médian et les visas.






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