Israël reconnaît le génocide arménien : Ankara dénonce une « décision politique » destinée à masquer les accusations liées à Gaza
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner

Le gouvernement israélien a adopté à l’unanimité, ce dimanche 28 juin 2026, une résolution reconnaissant officiellement le génocide arménien perpétré contre les Arméniens de l’Empire ottoman entre 1915 et 1917. Une décision historique qui marque une rupture avec des décennies de prudence diplomatique de l’État hébreu.
La résolution, présentée par le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar, affirme qu’Israël a un « devoir moral et historique » de reconnaître le génocide arménien. Le texte condamne également toutes les tentatives visant à nier, minimiser ou déformer la réalité historique de ces événements.
Lors de la réunion du gouvernement, Gideon Sa’ar a déclaré :
« Il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste. »
Cette phrase est rapidement devenue le symbole de ce changement de position historique d’Israël.
Une reconnaissance longtemps repoussée
Depuis des décennies, Israël s’était abstenu de reconnaître officiellement le génocide arménien afin de préserver ses relations stratégiques avec la Turquie. Malgré plusieurs initiatives parlementaires et des prises de position individuelles de responsables politiques israéliens, aucune reconnaissance officielle n’avait jusqu’à présent été adoptée au niveau gouvernemental.
La détérioration progressive des relations entre Israël et la Turquie, notamment depuis la guerre à Gaza, a profondément modifié ce contexte diplomatique et ouvert la voie à cette décision.
Une étape encore attendue à la Knesset
Si cette reconnaissance constitue un tournant majeur, le processus institutionnel n’est pas encore totalement achevé. La résolution adoptée par le gouvernement doit désormais être soumise à la Knesset, le Parlement israélien, afin d’être définitivement entérinée. Aucune date de vote n’a encore été annoncée.
Un génocide reconnu par de nombreuses démocraties
Les massacres et déportations des Arméniens de l’Empire ottoman, qui ont fait environ 1,5 million de victimes selon les estimations les plus couramment citées par les historiens, sont aujourd’hui reconnus comme un génocide par plus de trente États, parmi lesquels la France, les États-Unis, l’Allemagne, le Canada, l’Italie ou encore la Belgique.
La Turquie continue toutefois de rejeter cette qualification. Ankara estime que les pertes humaines arméniennes doivent être replacées dans le contexte de la Première Guerre mondiale, de l’effondrement de l’Empire ottoman et de violences intercommunautaires ayant également touché d’autres populations.
Entre mémoire, diplomatie et normalisation régionale
Au-delà de cette reconnaissance historique, le contexte régional évolue également. Après plus d’un siècle de tensions héritées du passé, l’Arménie et la Turquie poursuivent un processus de normalisation de leurs relations diplomatiques.
Malgré des divergences profondes qui subsistent, les deux pays ont multiplié ces dernières années les contacts politiques et les gestes d’ouverture, avec l’objectif de rouvrir progressivement leur frontière commune et de rétablir des relations diplomatiques complètes.
Cette dynamique pourrait favoriser une intensification des échanges économiques, commerciaux et humains dans le Caucase du Sud. Elle offrirait également la possibilité de renouer des liens entre des familles séparées depuis plusieurs générations et de renforcer la stabilité régionale.
Si les questions mémorielles demeurent sensibles, de nombreux observateurs estiment que le dialogue politique, la coopération économique et les relations humaines constituent aujourd’hui les leviers les plus prometteurs pour construire une paix durable entre les deux États.
Ankara réagit vivement : « une décision politique »

La réaction de la Turquie n’a pas tardé. Quelques heures après l’annonce de cette reconnaissance par le gouvernement israélien, le ministère turc des Affaires étrangères a publié un communiqué particulièrement sévère.
Dans un texte diffusé le 28 juin 2026, Ankara accuse le gouvernement israélien d’instrumentaliser l’histoire à des fins politiques.
Selon le ministère turc, cette décision viserait avant tout à détourner l’attention de la communauté internationale des accusations pesant sur Israël concernant la guerre à Gaza.
« Le gouvernement israélien, qui applique une oppression systématique contre le peuple palestinien sous les yeux du monde entier et qui est jugé devant la Cour internationale de Justice pour génocide contre les Gazaouis, cherche à dissimuler ses propres crimes par cette décision politique concernant les événements de 1915 », affirme le communiqué.
La diplomatie turque estime également que cette reconnaissance « ignore les réalités historiques et juridiques » et constitue une initiative menée de mauvaise foi.
Ankara fait aussi référence aux procédures judiciaires internationales visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et d’autres responsables israéliens. Le ministère considère que cette décision reflète « l’impasse politique » dans laquelle se trouverait actuellement le gouvernement israélien.
Dans son communiqué, la Turquie réaffirme enfin sa position sur le conflit israélo-palestinien et assure qu’elle poursuivra ses efforts diplomatiques afin que les responsables israéliens répondent de leurs actes devant la justice internationale.
« La Turquie continuera de travailler avec détermination pour mettre fin aux politiques expansionnistes et déstabilisatrices d’Israël dans la région et pour que le gouvernement Netanyahu réponde devant la justice des crimes commis contre les civils, en premier lieu le peuple palestinien. »
Un nouveau front diplomatique entre Ankara et Tel-Aviv

Cette déclaration intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Ankara et Tel-Aviv, déjà profondément dégradées depuis le déclenchement de la guerre à Gaza.
La reconnaissance par Israël du génocide arménien ouvre désormais un nouveau front politique entre les deux États. Elle risque d’accentuer encore davantage la crise diplomatique entre la Turquie et Israël, tout en plaçant la question arménienne au cœur d’un bras de fer régional plus large.
Pour Ankara, cette reconnaissance n’est pas seulement une question historique. Elle est perçue comme une manœuvre politique dans une période où Israël fait face à une pression internationale croissante sur Gaza.
Pour Israël, au contraire, cette décision est présentée comme un acte moral et historique, longtemps repoussé pour des raisons diplomatiques.
Entre mémoire, guerre, diplomatie et rapports de force régionaux, cette reconnaissance dépasse donc largement le cadre arménien. Elle devient un signal politique adressé autant à Ankara qu’à la communauté internationale.






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