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Intelligence artificielle : à Bruxelles, l’Europe, l’Afrique et le Golfe à l’épreuve du partenariat

Ana SayfaBelçi̇ka Haber - Actualite BelgiqueIntelligence artificielle : à Bruxelles, l’Europe, l’Afrique et le Golfe à l’épreuve du partenariat

Intelligence artificielle : à Bruxelles, l’Europe, l’Afrique et le Golfe à l’épreuve du partenariatLa conférence organisée le 8 octobre chez Beci, à l’initiative d’Eurogulf Consulting, a posé une question qui dépasse largement la technologie : comment construire une coopération économique capable de partager les investissements, les responsabilités et la valeur créée ? Derrière les promesses de l’IA, ce sont les rapports entre trois espaces stratégiques qui se redessinent.Par Kadir Duran — Bruxelles KornerBruxelles, le 8 octobre 2026

08 Ekim, 2026, Perşembe 22:37
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Intelligence artificielle : à Bruxelles, l’Europe, l’Afrique et le Golfe à l’épreuve du partenariat

La conférence organisée le 8 octobre chez Beci, à l’initiative d’Eurogulf Consulting, a posé une question qui dépasse largement la technologie : comment construire une coopération économique capable de partager les investissements, les responsabilités et la valeur créée ? Derrière les promesses de l’IA, ce sont les rapports entre trois espaces stratégiques qui se redessinent.

Par Kadir Duran — Bruxelles Korner
Bruxelles, le 8 octobre 2026

Eric Pol a donné une traduction entrepreneuriale à cette discussion. Avec une formule qui a marqué les échanges, il a proposé de lire les lettres « IA » comme « Investir en Afrique » ou « Innovation africaine »

 

L’Europe peut-elle encore aborder l’Afrique avec les réflexes d’hier, alors que les talents numériques africains développent leurs propres solutions et que les pays du Golfe cherchent à élargir leurs investissements ? À Bruxelles, les échanges ont invité les entreprises à revoir leur lecture des marchés, mais aussi leur manière de concevoir un partenariat.

Intitulée « IA & International : prendre l’avantage ou risquer d’être dépassé », la rencontre réunissait Jean Van Wetter, directeur général d’Enabel, Olivier Kenhago Tazo, diplomate et expert en sécurité et en intégration régionale, Eric Pol, président du conseil d’administration de MyData Global, et Awad Chamas, CEO et fondateur d’Eurogulf Consulting. Béatrice Delfin-Diaz assurait la modération.

Une conviction a traversé les interventions : l’intelligence artificielle modifie les conditions de la création de valeur. Elle ouvre des possibilités à des entreprises capables de répondre à un besoin précis, avec des moyens parfois limités, à condition de disposer de partenaires, de financements et d’un cadre de confiance.

Pour Bruxelles, l’enjeu est concret. Comment transformer la proximité des institutions européennes, des représentations diplomatiques et des réseaux économiques en projets qui aboutissent ?

Jean Van Wetter a d’abord replacé cette question dans l’évolution de la coopération internationale. À travers l’approche « Beyond Aid », il a décrit une agence appelée à faciliter les changements, à réunir des acteurs autour d’intérêts communs et à contribuer aux conditions nécessaires à l’investissement.

Son intervention comportait une nuance essentielle : développer les partenariats économiques ne signifie pas rendre l’aide publique inutile. Selon lui, l’investissement public reste nécessaire pour préparer le terrain, renforcer les institutions et permettre à des capitaux privés de s’engager.

Les exemples évoqués, des corridors logistiques à la production locale de vaccins, illustrent cette articulation. Une infrastructure ne suffit pas à faire fonctionner un marché. Il faut aussi des compétences, de l’énergie, des autorités capables d’encadrer les activités et une visibilité suffisante pour les entreprises.

La relation d’égal à égal commence donc par une reconnaissance des priorités du partenaire. Dans le domaine sanitaire, Jean Van Wetter a rappelé la volonté africaine de développer des capacités de production locales. Cette ambition engage le transfert de technologies, la formation et la solidité des institutions de régulation.

Pour les entreprises européennes, le changement est profond : participer au développement d’une capacité industrielle suppose un engagement différent de celui d’une simple opération commerciale.

Olivier Kenhago Tazo a prolongé cette réflexion en mettant l’accent sur les capacités d’innovation africaines. Son propos invitait à dépasser une représentation du continent limitée aux matières premières, aux crises ou à la recherche de débouchés.

Il a notamment présenté les contraintes énergétiques, les difficultés de connectivité et le coût du calcul informatique comme des facteurs qui poussent certains entrepreneurs à concevoir des solutions plus sobres, adaptées aux langues et aux usages locaux.

Cette innovation dite frugale mérite l’attention des entreprises européennes. Une application conçue pour fonctionner avec une connexion intermittente ou une puissance de calcul réduite peut répondre à des besoins bien au-delà de son marché d’origine.

Le diplomate a également insisté sur l’échelle régionale. Pour une entreprise, l’intérêt d’un investissement dépend autant de son implantation initiale que de sa capacité à servir plusieurs marchés. Les dynamiques d’intégration constituent, dans cette perspective, un élément déterminant du passage à une activité de plus grande ampleur.

Mais l’existence de talents et de stratégies nationales ne règle pas tout. La formation, l’accès aux infrastructures, les premiers clients et le financement restent des conditions décisives. Une jeunesse nombreuse représente un potentiel ; sa transformation en emplois et en entreprises durables exige des investissements suivis.

Eric Pol a donné une traduction entrepreneuriale à cette discussion. Avec une formule qui a marqué les échanges, il a proposé de lire les lettres « IA » comme « Investir en Afrique » ou « Innovation africaine ».

Son intervention a surtout distingué plusieurs réalités souvent confondues : les services d’annotation de données, les applications sectorielles, la recherche, les communautés de développeurs et les activités des grandes entreprises technologiques.

Cette distinction est importante. Fournir du travail numérique, développer un produit et détenir une technologie ne donnent ni les mêmes revenus ni le même pouvoir de décision.

Parmi les exemples cités, Aerobotics illustre les applications de l’IA à l’agriculture : l’entreprise utilise notamment l’imagerie sur smartphone pour aider à prévoir les récoltes et à mesurer les caractéristiques des fruits. InstaDeep, également évoquée pendant la conférence, a été acquise par BioNTech en 2023. Ces trajectoires donnent un contenu concret au débat sur les capacités technologiques issues des écosystèmes africains.

Pour Eric Pol, l’opportunité doit être appréciée à partir de besoins identifiés et de perspectives commerciales crédibles. Le label « intelligence artificielle » ne suffit pas à faire un investissement pertinent. La qualité du produit, son utilité et la capacité de l’entreprise à se développer restent centrales.

Awad Chamas a, pour sa part, défendu une lecture plus complète du rôle des pays du Golfe. Dans son approche, ceux-ci doivent être considérés comme des associés engagés dans la construction des projets, avec leurs propres priorités industrielles et stratégiques.

Il a relié leur intérêt pour l’Afrique à des enjeux tels que la sécurité alimentaire, la santé, l’énergie et la diversification économique. L’expertise européenne peut trouver sa place dans ces projets, à condition de répondre à des attentes précises et de s’intégrer à une organisation commune.

Pour illustrer cette mécanique, il a présenté un cas hypothétique réunissant une PME belge disposant d’une technologie médicale, un investisseur du Golfe et un réseau de cliniques africain.

L’intérêt de cet exemple résidait dans les questions posées en amont : quels sont les apports de chaque partenaire ? Qui participe aux décisions ? Comment protéger la technologie ? Comment répartir les responsabilités ? Et comment organiser une éventuelle sortie du partenariat ?

Ce dernier point mérite attention. Un projet peut réunir des partenaires enthousiastes sans qu’ils aient anticipé leurs désaccords futurs. La confiance doit s’accompagner de règles compréhensibles et acceptées.

C’est toutefois autour de la souveraineté numérique que la conférence a révélé sa tension la plus instructive.

Une question venue de la salle a placé les intervenants devant le cœur du problème : lorsque plusieurs partenaires financent les infrastructures, développent les technologies et fournissent les données, qui maîtrise réellement l’ensemble ?

Les réponses n’ont pas été entièrement convergentes. Certaines ont insisté sur les garanties à prévoir pour le pays d’accueil et pour les détenteurs des technologies. Olivier Kenhago Tazo et Eric Pol ont davantage souligné le rôle de la négociation, du cadre national et de la localisation effective de la valeur créée.

Ce débat empêche de réduire le partenariat à une répartition séduisante sur le papier : à l’Europe l’expertise, au Golfe les capitaux, à l’Afrique les marchés et les talents.

Une telle présentation peut servir à ouvrir une discussion. Elle devient limitative si elle enferme durablement chacun dans une fonction. Les acteurs africains peuvent aussi investir, détenir des technologies et définir les orientations industrielles. Les partenaires européens et du Golfe doivent, eux aussi, contribuer à la formation, à la recherche et au développement local.

La question stratégique est donc celle du pouvoir économique construit par le projet : qui développe les compétences, qui conserve la capacité d’innover et qui bénéficie de la croissance de l’entreprise ?

Les interventions du public ont également rappelé le rôle des diasporas. Des entrepreneurs ont évoqué leurs collaborations avec des équipes africaines, leurs difficultés d’accès aux financements et le manque de reconnaissance auquel peuvent se heurter certaines sociétés locales.

Ces témoignages ont ramené le débat aux obstacles quotidiens. Entre une stratégie annoncée et un projet financé, il faut encore identifier le bon interlocuteur, comprendre les conditions d’accès à un dispositif et obtenir un premier contrat.

Les diasporas peuvent contribuer à ce travail par leur connaissance de plusieurs environnements professionnels. Leur place doit être envisagée dans la conception et la conduite des projets, avec une reconnaissance de leurs compétences et de leurs responsabilités.

Pour la Belgique, cette conférence ouvre ainsi une piste exigeante : mieux relier la coopération internationale, les entreprises, les investisseurs et les réseaux diplomatiques autour de projets identifiables.

La méthode proposée pendant les échanges consiste à partir d’un besoin, choisir des partenaires capables d’y répondre et tester une solution avant d’en élargir le déploiement. Sa réussite devra se mesurer à des résultats : des services effectivement utilisés, des emplois qualifiés, des compétences transférées et une valeur partagée.

À Bruxelles, l’ambition d’un partenariat Europe–Afrique–Golfe a trouvé un espace de discussion. Sa crédibilité dépendra désormais de ce qui suivra : des projets préparés ensemble, des engagements vérifiables et une capacité à traiter les désaccords que les discours de coopération laissent parfois dans l’ombre.

La rencontre a également réuni un public aux profils variés : diplomates et ambassadeurs, dont l’ambassadeur d’Arabie saoudite, entrepreneurs, représentants d’entreprises de différents horizons et étudiants. Cette diversité a enrichi les échanges, en confrontant les perspectives diplomatiques aux réalités des entreprises et aux attentes des nouvelles générations.

La société BJacht était également représentée par Khadem Belarbi, CEO, et Kadir Duran, directeur général et responsable de la stratégie. Leur présence s’inscrivait dans cette rencontre consacrée aux perspectives de coopération économique et technologique entre l’Europe, l’Afrique et les pays du Golfe.

L’avantage stratégique appartiendra à ceux qui sauront construire cette confiance dans les faits — et accepter que leurs partenaires prennent pleinement part aux décisions.

 

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