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Bruxelles–Astana : la Constitution comme outil de puissance

Ana SayfaOrta Asya - Asie CentraleBruxelles–Astana : la Constitution comme outil de puissance
Bruxelles–Astana : la Constitution comme outil de puissance

Bruxelles–Astana : la Constitution comme outil de puissanceKazakhstan face aux “black swans” : stabilité d’État et diplomatie d’équilibre

02 Mart, 2026, Pazartesi 22:13
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Bruxelles–Astana : la Constitution comme outil de puissance

À Bruxelles, au cœur du quartier européen, le débat ne portait pas simplement sur une réforme institutionnelle. Il s’agissait d’une séquence stratégique complète.

L’événement inaugural de la série Shanyraq Dialogues a été consacré au prochain référendum constitutionnel au Kazakhstan et à ses implications pour les relations entre l’Union européenne et le Kazakhstan.

 

Par Kadir Duran – Bruxelles Korner

 

Discours de l’Ambassadeur Roman Vassilenko
"....Événement inaugural des Shanyraq Dialogues – Bruxelles, 2 mars 2026

L’Ambassadeur Roman Vassilenko a ouvert à Bruxelles la première édition des Shanyraq Dialogues, une plateforme conçue comme un espace d’échange ouvert et prospectif entre experts, responsables politiques et représentants de la société civile. Inspirée du symbole du shanyraq — élément architectural traditionnel représentant l’unité, la stabilité et la maison commune — cette initiative vise à renforcer la confiance, la compréhension mutuelle et les partenariats durables.

Contexte géopolitique et position du Kazakhstan

Avant d’aborder la réforme constitutionnelle, l’Ambassadeur a évoqué la situation au Moyen-Orient, notamment en Iran. Le président Kassym-Jomart Tokayev a exprimé sa solidarité envers plusieurs pays arabes et condamné toute action militaire portant atteinte à la souveraineté des États.

Le Kazakhstan a appelé à la retenue et à la résolution diplomatique des conflits, dans le strict respect du droit international et de la Charte des Nations Unies. Le ministère kazakh des Affaires étrangères a également présenté ses condoléances au peuple iranien pour les pertes civiles récentes, tout en réaffirmant l’importance du respect du droit international humanitaire.

Le référendum constitutionnel du 15 mars

Le 11 février, le Président Tokayev a signé le décret convoquant un référendum national le 15 mars 2026 sur l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Cette réforme s’inscrit dans un processus engagé depuis septembre dernier, avec la proposition présidentielle d’instaurer un Parlement monocaméral afin de moderniser le système politique et d’adapter l’État aux défis contemporains, notamment ceux liés à l’intelligence artificielle et à la transformation numérique.

Un processus participatif inédit

  • Création d’un groupe de travail en octobre.

  • Plus de 2 000 propositions examinées dans une première phase.

  • Mise en place d’une Commission constitutionnelle de 130 membres représentant l’ensemble des régions et groupes sociaux.

  • Diffusion publique et en direct des travaux.

  • Près de 10 000 commentaires reçus via les plateformes numériques officielles.

Le projet est ainsi présenté comme le fruit d’une large consultation citoyenne, conférant au texte un caractère véritablement populaire.

Principales innovations du projet de Constitution

1. Primauté des droits humains

Le texte met l’accent sur la dignité humaine, les libertés fondamentales et la protection des droits, y compris dans l’environnement numérique.
L’interdiction permanente de la peine de mort est réaffirmée.

2. Valeurs fondamentales

  • Souveraineté et intégrité territoriale.

  • Unité et harmonie interethnique.

  • État unitaire et laïcité affirmée.

  • Mariage défini comme l’union volontaire entre un homme et une femme.

3. Nouvelle architecture institutionnelle

  • Création d’un Parlement monocaméral (Quryltai) composé de 145 députés élus à la proportionnelle pour cinq ans.

  • Introduction d’un poste de Vice-Président.

  • Mise en place d’un nouveau forum national de dialogue : le Halyq Kenesi (Conseil du Peuple).

Cette transformation vise à renforcer la responsabilité politique, l’efficacité institutionnelle et la participation citoyenne.

Une dimension stratégique européenne

L’Ambassadeur a souligné que l’adoption de la nouvelle Constitution pourrait donner un nouvel élan au partenariat stratégique entre le Kazakhstan et l’Union européenne.

Le renforcement de la gouvernance, la transparence institutionnelle et la centralité des droits humains rapprocheraient davantage le Kazakhstan des principes fondamentaux partagés avec l’UE : État de droit, dialogue et responsabilité publique.

Pour finir : 

Le référendum du 15 mars constitue, selon l’Ambassadeur, un moment charnière pour le Kazakhstan.

Au-delà d’une réforme juridique, il s’agit d’un choix de trajectoire nationale. Si le texte est adopté, il incarnera un engagement vers un modèle d’État plus moderne, équilibré et centré sur le citoyen — et un signal politique adressé à la fois aux partenaires européens et à la communauté internationale...."

 

Kazakhstan face aux “black swans” : stabilité d’État et diplomatie d’équilibre

La date choisie n’est pas anodine : le 1er mars – Journée de la Gratitude au Kazakhstan.

Instituée en 2016, cette fête nationale célèbre l’unité et la coexistence entre plus de 130 groupes ethniques vivant sur le territoire kazakh. Dans un État continental façonné par l’histoire soviétique, les déplacements forcés et la pluralité confessionnelle, la stabilité interethnique constitue un pilier de souveraineté.

Dans ce contexte, la Constitution n’est pas un simple texte juridique. Elle devient un instrument de cohésion interne et un vecteur de projection externe.

Shangra Dialogues : quand le Kazakhstan met la Constitution au cœur de sa stratégie externe

La séquence que vous retranscrivez est plus qu’un simple échange “ambassade–public”. C’est une mise en scène diplomatique complète : mobilité (visas), réforme institutionnelle, résilience face aux chocs géopolitiques, et repositionnement comme puissance moyenne. Le tout emballé dans un format “Bruxelles” : think tanks, académiques, consultants, journalistes, réseau d’influence.

Un référendum sous contrainte géopolitique

La conférence a réuni :

  • Roman Vassilenko, Ambassadeur du Kazakhstan auprès de l’Union européenne et Belgique 

  • Georgi Gotev, journaliste et éditeur de EUalive.net

  • Alberto Turkstra, de Diplomatic World, modérateur

 

 

Le référendum annoncé pour la mi-mars intervient dans un environnement marqué par des chocs systémiques : guerre en Ukraine, tensions autour de l’Iran, fragmentation énergétique, rivalités sino-américaines.

Dans ce contexte, Astana poursuit trois objectifs :

  1. Prévisibilité institutionnelle

  2. Attractivité économique

  3. Équilibre diplomatique

La Constitution est présentée comme un mécanisme de résilience face aux “black swans”.

 

1) La mobilité : infrastructure invisible de la relation UE–Kazakhstan

Un point central a été posé dès l’ouverture : la relation stratégique suppose la circulation des personnes.

Le Kazakhstan applique depuis 2017 un régime d’exemption de visa unilatéral pour les États membres de l’UE et de l’OCDE. L’Union européenne, de son côté, reste dans une logique procédurale plus prudente.

La facilitation des visas n’est pas un détail technique. Elle constitue la condition matérielle d’une relation fondée sur :

  • Les écosystèmes universitaires

  • Les flux d’affaires

  • Les médias et think tanks

  • Les chaînes logistiques

Sans mobilité, le partenariat demeure documentaire. Avec mobilité, il devient organique.

2) Gradualisme contre rupture

Le discours diplomatique insiste sur une réforme progressive.

Le récit est structuré autour d’une idée : les transitions brutales génèrent instabilité et captation du pouvoir par les réseaux opportunistes.

“Gradualisme” contre “shock therapy” : le récit de légitimation

Le dialogue insiste sur une idée : la réforme doit être progressive, sinon la transition est capturée par les réseaux les plus violents ou les plus opportunistes (référence directe aux dérives post-communistes en Europe de l’Est).

Ce positionnement permet :

  • De justifier une transformation encadrée

  • De neutraliser les critiques sur la vitesse de démocratisation

  • De se présenter comme un État apprenant des transitions post-soviétiques

Il s’agit d’un modèle de réforme sans rupture systémique.

3) La Constitution comme architecture de résilience

La Constitution : réponse aux “black swans” et mécanisme de résilience

Le cœur de l’intervention de l’ambassadeur : la Constitution est présentée comme un outil de résilience dans un monde instable.

Deux messages dominent.

a) Les réformes de 2022 : nécessaires mais incomplètes

Après les événements de janvier 2022, un rééquilibrage Président–Parlement–Gouvernement a été engagé.
Le référendum vise à approfondir cette restructuration.

b) Continuité juridique organisée

  • Entrée en vigueur progressive

  • Adoption de lois constitutionnelles complémentaires

  • Maintien des lois existantes sauf modification

La logique est claire : modifier l’architecture sans créer de vide normatif.

4) Vice-présidence : clarification de la succession

Le projet introduit un mécanisme de succession structuré :

Le passage sur la vice-présidence est révélateur.

Sur papier :

  • rôle très général (“sur instruction du Président”)

  • représentation auprès des institutions

  • “autres pouvoirs déterminés par le Président”

En réalité, l’ambassadeur donne la clé : la fonction ressemble au state counsellor (conseiller d’État) :

  • curateur de l’idéologie, de la cohérence narrative et des priorités domestiques

  • présidence de commissions (anticorruption, bourses, distinctions, etc.)

  • pivot de l’administration présidentielle

Mais l’enjeu principal, c’est la ligne de succession

Président → Vice-président → Speaker du Kurultai → Premier ministre

Sur le plan formel, la vice-présidence dispose de compétences générales, exercées sur instruction présidentielle.

Sur le plan stratégique, elle permet :

  • Une réduction de l’incertitude institutionnelle

  • Une stabilité en cas de vacance

  • Une continuité du pilotage politique

Dans un environnement régional instable, cette clarification est un signal envoyé aux investisseurs et partenaires.

5) Ukraine, Iran et la centralité caspienne

La guerre en Ukraine a affecté les exportations via le CPC.
Les tensions autour de l’Iran redonnent à la mer Caspienne une dimension stratégique accrue.

L’ambassadeur rattache immédiatement la réforme au contexte :

  • Ukraine : attaques sur l’infrastructure CPC, perturbation des exportations pétrolières (exemple concret)

  • Iran : voisinage caspien, “pas sans conséquences majeures” au-delà du Moyen-Orient

Point crucial : la Caspienne est décrite comme un connecteur du Middle Corridor.
Donc, la sécurité régionale n’est pas une question lointaine : c’est l’ossature logistique du projet eurasiatique (UE–Caucase–Caspienne–Asie centrale–Chine).

La Caspienne est désormais décrite comme un connecteur du Middle Corridor reliant l’UE au Caucase et à l’Asie centrale.

La sécurité régionale devient ainsi une variable constitutionnelle indirecte : stabilité interne = crédibilité externe = sécurisation logistique.

6) États-Unis et diversification stratégique

La question US fait apparaître une doctrine : diversification des piliers.

Traditionnellement :

  • nucléaire (désarmement, héritage Semipalatinsk)

  • majors pétrolières (Chevron, Exxon)

Aujourd’hui :

  • critical raw materials (transition énergétique & numérique)

  • transport & logistics

  • stabilité Sud-Caucase (paix Arménie–Azerbaïdjan = intérêt central asiatique)

C’est cohérent avec l’objectif “middle power” : être utile, donc incontournable.

Historiquement, la relation avec Washington reposait sur :

  • Le désarmement nucléaire

  • Les majors pétrolières

Aujourd’hui, elle s’élargit :

  • Minerais critiques

  • Transition énergétique

  • Logistique eurasiatique

  • Stabilité du Caucase

Le Kazakhstan cherche à multiplier les piliers pour éviter toute dépendance exclusive.

7) Droits sociétaux : gestion des frictions

Le texte constitutionnel maintient la définition du mariage comme union homme–femme.

a question “mariage homme–femme” est traitée de manière typique :

  • dépénalisation des relations homosexuelles (depuis 1998 selon l’ambassadeur)

  • non-reconnaissance du mariage : “reconduction d’un état social dominant”

  • renvoi à l’hétérogénéité européenne (Hongrie/Pologne vs pays plus libéraux)

Le message : pas de criminalisation, mais pas de rupture normative.

Pour l’UE, le sujet peut générer des tensions dans le dialogue droits fondamentaux, mais il est présenté comme non bloquant pour le partenariat stratégique, surtout si la coopération porte sur énergie/logistique/sécurité.

Le discours diplomatique insiste sur :

  • La dépénalisation des relations homosexuelles (depuis 1998)

  • L’absence de criminalisation

  • La diversité des modèles européens

Le message : stabilité sociale avant rupture normative.

8) Langue : équilibre subtil

Kazakh = langue d’État.
Russe = usage officiel “avec” le kazakh, nuance par rapport à “égalité”.

L’ambassadeur minimise le changement : “subtil, voire favorable”.
Mais politiquement, cette nuance sert à :

  • calmer les nationalistes (affirmation du kazakh)

  • rassurer les minorités (maintien du russe en administration)

  • éviter un choc identitaire dans un pays multiethnique

La nuance juridique permet :

  • Affirmation identitaire

  • Rassurance des minorités

  • Prévention d’un choc identitaire

Dans un pays multiethnique, la langue demeure une variable stratégique.

9) “Middle power” : la doctrine assumée

Le concept est assumé mais présenté comme un fardeau :

  • énergie fiable

  • peacekeeping

  • médiation (hébergement de négociations)

  • initiatives multilatérales (CICA/SICA, congrès des religions)

  • climat (sommet écologique annoncé)

La métaphore finale est parlante : les middle powers comme cartilage entre les “os” des grandes puissances.
Autrement dit : la diplomatie du lien, du passage, du tampon.

Le Kazakhstan se présente comme une puissance moyenne responsable :

  • Fournisseur énergétique fiable

  • Acteur du peacekeeping

  • Plateforme de médiation

  • Initiateur de forums multilatéraux

La métaphore évoquée est significative : les puissances moyennes seraient le “cartilage” entre les grandes puissances.

Autrement dit, la fonction n’est pas la domination, mais la connexion.

Conclusion : la Constitution comme outil de positionnement

À Bruxelles, Astana ne défend pas uniquement un texte.

Elle défend un modèle :

Réformer sans rupture.
Clarifier la succession.
Stabiliser l’environnement juridique.
Se rendre indispensable dans les chaînes de valeur énergie–minerais critiques–logistique.

Dans un monde fragmenté, les États intermédiaires misent sur la cohérence interne pour préserver leur marge de manœuvre externe.

Bruxelles observe.
Astana ajuste.

La Constitution dépasse le cadre juridique.
Elle devient un instrument de puissance.

Kazakhstan face aux “black swans” : stabilité d’État et diplomatie d’équilibre
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