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Belgique–Kazakhstan : 40 accords en quatre jours

Ana SayfaOrta Asya - Asie CentraleBelgique–Kazakhstan : 40 accords en quatre jours
Belgique–Kazakhstan : 40 accords en quatre jours

Belgique–Kazakhstan : 40 accords en quatre jours, une visite royale qui redessine les ambitions économiques entre l'Europe et l'Asie centralePar Kadir Duran — Bruxelles KornerBruxelles, le 21 octobre 2026La première visite d'État du roi Philippe et de la reine Mathilde au Kazakhstan, organisée du 11 au 14 octobre 2026, dépasse largement le cadre d'une rencontre protocolaire. Avec un bilan annoncé de 40 accords et instruments de coopération, cette mission illustre la volonté de Bruxelles et d'Astana d'approfondir leurs relations diplomatiques, industrielles, scientifiques et commerciales.Derrière les photographies officielles, les cérémonies de signature et les rencontres présidentielles, une transformation plus profonde se dessine : le Kazakhstan cherche à renforcer son rôle de plateforme économique eurasiatique, tandis que la Belgique souhaite diversifier ses partenariats stratégiques, notamment dans les matières premières critiques, l'énergie, la logistique et les technologies de pointe.

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BRUXELLES KORNER | GRAND DOSSIER INTERNATIONAL

Géopolitique · Diplomatie économique · Relations Belgique–Asie centrale

Belgique–Kazakhstan : 40 accords en quatre jours, une visite royale qui redessine les ambitions économiques entre l'Europe et l'Asie centrale

Par Kadir Duran — Bruxelles Korner

Bruxelles, le 21 octobre 2026

La première visite d'État du roi Philippe et de la reine Mathilde au Kazakhstan, organisée du 11 au 14 octobre 2026, dépasse largement le cadre d'une rencontre protocolaire. Avec un bilan annoncé de 40 accords et instruments de coopération, cette mission illustre la volonté de Bruxelles et d'Astana d'approfondir leurs relations diplomatiques, industrielles, scientifiques et commerciales.

Derrière les photographies officielles, les cérémonies de signature et les rencontres présidentielles, une transformation plus profonde se dessine : le Kazakhstan cherche à renforcer son rôle de plateforme économique eurasiatique, tandis que la Belgique souhaite diversifier ses partenariats stratégiques, notamment dans les matières premières critiques, l'énergie, la logistique et les technologies de pointe.

Une visite historique, dans un contexte géopolitique en mutation

Accueillis par le président Kassym-Jomart Tokaïev, les souverains belges ont participé à un programme associant responsables politiques, chefs d'entreprise, scientifiques et dirigeants universitaires.

La mission comprenait notamment le quatrième Conseil d'affaires Kazakhstan–Belgique, le Forum des recteurs, des discussions sur les minerais critiques, des rencontres consacrées à l'intelligence artificielle et une visite de l'Institut de physique nucléaire d'Almaty.

Le déplacement intervient dans un environnement international caractérisé par la recherche de nouvelles chaînes d'approvisionnement, la diversification des corridors commerciaux et la concurrence pour les technologies stratégiques.

Dans ce contexte, les deux pays présentent des complémentarités : le Kazakhstan possède des ressources naturelles importantes et une position géographique centrale ; la Belgique dispose de capacités industrielles, scientifiques, portuaires et logistiques susceptibles de contribuer à leur valorisation.

News.belgium

 

Quarante accords : ce que recouvre réellement ce chiffre

Le bilan annoncé se décompose en trois ensembles.

Catégorie

Nombre annoncé

Objet

Coopération diplomatique

1

Feuille de route entre ministères des Affaires étrangères pour 2027–2029

Coopération économique

17

Industrie, agriculture, santé, énergie, logistique, construction et aviation

Coopération universitaire

22

Recherche, formation, échanges académiques et innovation

Total

40

Instruments de coopération de nature différente

Cette présentation appelle une précision essentielle : les 40 instruments ne sont pas tous des contrats commerciaux exécutoires. Certains constituent des protocoles d'accord, des engagements de coopération, des conventions académiques ou des projets dont la réalisation dépendra de décisions ultérieures.

La valeur économique globale de ces 40 instruments n'est pas établie dans les sources publiques examinées.

1. La feuille de route 2027–2029 : inscrire la coopération dans la durée

Le 12 octobre, Yerzhan Ashikbayev, premier vice-ministre kazakh des Affaires étrangères, et Theodora Gentzis, présidente du comité de direction du SPF Affaires étrangères belge, ont signé une feuille de route diplomatique pour la période 2027–2029.

Ce document prévoit l'intensification du dialogue politique, des consultations régulières, le renforcement des contacts entre administrations et le développement d'initiatives conjointes.

Les discussions ont également abordé les relations Kazakhstan–Union européenne, les questions de mobilité internationale et les enjeux de sécurité multilatérale.

GOV.KZ

Cette feuille de route présente un intérêt particulier à l'approche du 35e anniversaire des relations diplomatiques en 2027. Elle crée un cadre pour prolonger les engagements de la visite royale au-delà des rencontres officielles.

2. Dix-sept accords économiques : des projets industriels aux chaînes d'approvisionnement

Le quatrième Conseil d'affaires Kazakhstan–Belgique, organisé à Astana le 13 octobre, a constitué l'un des principaux volets économiques de la visite.

Selon Kazakh Invest, 17 documents ont été signés dans plusieurs secteurs, notamment l'agro-industrie, les soins de santé, la logistique, la construction, l'énergie, l'intelligence artificielle et l'aviation.

invest.gov.kz

Agriculture et transformation alimentaire

Plusieurs entreprises belges se positionnent sur les chaînes de valeur agricoles kazakhes.

Les accords identifiés concernent notamment l'approvisionnement en graines de lin, la transformation industrielle du blé, le raffinage d'huiles végétales et les équipements destinés à moderniser la production de pommes de terre.

La participation d'entreprises telles que Vandeputte, Scaldis, Linagro, De Smet Engineers & Contractors, Desmet Ballestra et Dewulf traduit l'intérêt pour des projets combinant production locale et savoir-faire industriel belge.

L'enjeu dépasse l'exportation de produits agricoles : il concerne également la capacité du Kazakhstan à transformer une plus grande partie de sa production sur son territoire.

Construction, infrastructures et aviation

Le projet associant ARTEX Holding et DOREARCHITECTURE concerne le développement d'une unité de fabrication de maisons préfabriquées écologiques.

Dans le secteur aéronautique, une coopération impliquant Proviron et l'aéroport international d'Almaty porte sur la localisation de la production de liquides de dégivrage.

Ces initiatives pourraient renforcer les capacités industrielles locales et réduire certaines dépendances aux importations, sous réserve de leur concrétisation.

Santé et médecine nucléaire

Le secteur médical constitue un autre axe de rapprochement.

La société belge IBA figure parmi les acteurs associés à l'étude d'un projet de protonthérapie à Alatau City.

Cette technologie utilise des faisceaux de protons pour traiter certaines tumeurs, avec l'objectif de mieux contrôler la dose de rayonnement délivrée aux tissus environnants.

Une étude de faisabilité ne constitue cependant pas encore une décision définitive de construction ou de financement.

3. Matières premières critiques : l'un des enjeux stratégiques majeurs

Le Kazakhstan dispose de réserves significatives de ressources minérales nécessaires aux industries modernes.

D'après les autorités kazakhes, le pays produit 21 des 34 catégories de matières premières jugées critiques par l'Union européenne.

invest.gov.kz

La coopération potentielle avec la Belgique concerne plusieurs étapes : extraction, traitement, raffinage, recyclage et recherche appliquée.

Des acteurs tels que VITO, Hydrometal, Molymet Belgium, KU Leuven et ses centres de recherche spécialisés participent à cet écosystème.

Le séminaire consacré aux minerais critiques, illustré par l'une des photographies accompagnant cet article, montre la volonté de rapprocher les chercheurs, les industriels et les investisseurs.

L'enjeu géoéconomique est considérable : pour l'Europe, il s'agit de diversifier ses approvisionnements ; pour le Kazakhstan, de développer des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée.

Le roi Philippe a explicitement présenté la complémentarité entre les ressources kazakhes et les compétences belges en métallurgie, transformation et recyclage comme une priorité de la coopération bilatérale.

The Belgian Monarchy

4. Le corridor transcaspien : relier le Kazakhstan aux ports belges

La connectivité entre l'Europe et l'Asie constitue un autre pilier de la relation.

Le corridor transcaspien, également appelé Middle Corridor, relie l'Asie centrale à l'Europe en passant par la mer Caspienne, le Caucase et la Türkiye.

Le Kazakhstan souhaite renforcer le rôle de ses ports d'Aktaou et de Kuryk, tandis que la Belgique dispose avec Anvers-Bruges d'une infrastructure portuaire majeure.

Les discussions ont porté sur les possibilités de coopération logistique entre ces plateformes.

Cette orientation présente trois dimensions : diversification des itinéraires commerciaux, développement des infrastructures multimodales et amélioration de la résilience des chaînes d'approvisionnement.

Il reste néanmoins nécessaire de distinguer les intentions de coopération des investissements portuaires effectivement contractualisés.

Akorda.kz

 

5. Vingt-deux accords universitaires : construire les partenariats scientifiques de demain

Le Forum des recteurs, organisé le 13 octobre au centre international Alem.ai d'Astana, a réuni des établissements d'enseignement supérieur des deux pays autour de l'intelligence artificielle et de son impact sur la recherche.

Les coopérations annoncées portent sur la mobilité des étudiants et chercheurs, les programmes conjoints, la formation doctorale, les sciences des matériaux et la transformation numérique de l'enseignement supérieur.

Parmi les partenariats identifiés figurent notamment ceux de l'UMONS avec plusieurs universités kazakhes, ainsi que des initiatives associant UGent, KU Leuven, UCLouvain et des institutions scientifiques du Kazakhstan.

Une attention particulière est portée aux matériaux critiques, à l'intelligence artificielle et à la recherche interdisciplinaire.

L'objectif ne consiste pas uniquement à multiplier les échanges universitaires : il s'agit également de rapprocher les laboratoires et les entreprises, afin que la recherche puisse déboucher sur des applications industrielles.

node2.akorda.kz

La liste publique exhaustive des 22 instruments n'étant pas disponible dans les documents examinés, il serait prématuré d'attribuer nominativement chacun des accords.

6. Intelligence artificielle : Astana veut devenir un pôle technologique régional

La visite du centre Alem.ai par le roi Philippe, la reine Mathilde et le président Tokaïev a constitué l'un des moments symboliques de la mission.

Le Kazakhstan a désigné 2026 comme année de l'intelligence artificielle et souhaite développer son écosystème numérique.

Les discussions bilatérales ont porté sur l'IA, les mégadonnées, les infrastructures de calcul, les centres de données et les applications scientifiques.

Pour les universités et entreprises belges, ces projets peuvent ouvrir de nouvelles possibilités de recherche, de développement et de coopération technologique.

News.belgium

 

7. Médecine nucléaire : un partenariat scientifique à forte valeur ajoutée

À Almaty, le 14 octobre, la délégation royale a visité l'Institut de physique nucléaire, où des représentants belges et kazakhs ont échangé sur les technologies nucléaires appliquées à la médecine.

Les photographies transmises montrent notamment une séance de travail bilatérale, un équipement portant le logo d'IBA et des cérémonies de signature.

La médecine nucléaire et les technologies d'irradiation représentent des domaines dans lesquels la Belgique possède une expertise industrielle et scientifique reconnue.

Les applications possibles concernent la production de radio-isotopes, le diagnostic, certaines thérapies oncologiques et les équipements spécialisés.

Il convient toutefois de ne pas confondre la présentation d'un équipement, une coopération scientifique et la conclusion d'un contrat industriel définitif.

8. Les échanges économiques : une relation déjà significative

Selon les chiffres présentés par les autorités belges, les échanges commerciaux bilatéraux sont passés de 220 millions d'euros en 2016 à 765 millions d'euros en 2025.

La Belgique figure également parmi les principales sources d'investissements étrangers au Kazakhstan, avec une présence de plus d'une centaine d'entreprises belges.

News.belgium

Ces chiffres témoignent d'une relation économique déjà structurée, mais dont les secteurs de coopération pourraient évoluer vers des activités davantage technologiques et industrielles.

Les données commerciales publiées par les institutions belges et kazakhes ne sont pas toujours directement comparables en raison des différences de méthodes statistiques, de monnaies et de périmètres.

9. Une coopération qui s'inscrit dans la stratégie européenne en Asie centrale

La déclaration commune du 12 octobre réaffirme l'attachement des deux pays au partenariat renforcé entre l'Union européenne et le Kazakhstan.

Elle couvre également les énergies renouvelables, l'environnement, la sécurité internationale, les échanges culturels et la santé publique.

Akorda.kz

Pour Astana, le rapprochement avec Bruxelles contribue à diversifier ses partenaires économiques et diplomatiques.

Pour la Belgique, le Kazakhstan représente à la fois un marché, un partenaire industriel et un point d'accès à une région dont l'importance logistique et géoéconomique s'accroît.

Cette coopération ne supprime ni les contraintes géographiques ni les risques commerciaux. Elle ouvre plutôt un ensemble de possibilités dont la viabilité dépendra des coûts, des financements, des infrastructures et des conditions réglementaires.

10. Après les signatures, l'épreuve des résultats

Les 40 instruments annoncés constituent un indicateur de l'intensité diplomatique de la visite, mais non une mesure directe de son rendement économique.

La prochaine phase sera déterminante : certains projets pourront rapidement déboucher sur des commandes ou des échanges universitaires, tandis que d'autres nécessiteront plusieurs années d'études, de financement et de mise en œuvre.

La feuille de route 2027–2029 permettra d'observer si la coopération se traduit par des résultats mesurables.

Conclusion — Bruxelles Korner

La visite du roi Philippe et de la reine Mathilde au Kazakhstan marque une évolution importante des relations entre les deux pays.

Elle révèle une diplomatie économique dans laquelle les ressources naturelles, les technologies industrielles, les universités et les corridors logistiques deviennent des instruments complémentaires de coopération internationale.

Pour le Kazakhstan, l'enjeu est d'accroître la transformation locale de ses ressources et de renforcer ses liens avec l'Europe. Pour la Belgique, il s'agit de développer de nouveaux débouchés économiques et scientifiques tout en diversifiant certains partenariats stratégiques.

Quarante accords en quatre jours constituent un bilan diplomatique notable. Mais c'est leur réalisation concrète, et non leur nombre, qui permettra de mesurer la portée de cette visite historique.

Kadir Duran — Bruxelles Korner

Sources et références

  1. Palais royal de Belgique — Programme de la visite d'État au Kazakhstan, octobre 2026.

  2. Présidence du Kazakhstan — Déclaration commune Tokaïev–Philippe, 12 octobre 2026.

  3. Ministère kazakh des Affaires étrangères — Feuille de route 2027–2029.

  4. Kazakh Invest — Quatrième Conseil d'affaires Kazakhstan–Belgique et 17 documents signés.

  5. Présidence du Kazakhstan — Forum des recteurs, 13 octobre 2026.

  6. Gouvernement fédéral belge — Relations économiques, minerais critiques et innovation.

  7. Palais royal — Discours du roi Philippe devant le Conseil d'affaires.

  8. Chambre de commerce Benelux au Kazakhstan — Relations économiques bilatérales.

 

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