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Bangladesh : la démocratie en danger, un cri de détresse lancé depuis Bruxelles à l’Europe

Ana SayfaBelçi̇ka Haber - Actualite BelgiqueBangladesh : la démocratie en danger, un cri de détresse lancé depuis Bruxelles à l’Europe

Bangladesh : la démocratie en danger, un cri de détresse lancé depuis Bruxelles à l’Europe «Si je retourne dans mon pays, ils vont me tuer » : l’alerte glaçante de Rashid Bazlur Bulu, président de Bangladesh Community Europe. Face aux violences politiques dénoncées et à l’exclusion de l’Awami League du processus électoral, une partie de la diaspora bangladaise interpelle l’Union européenne et réclame des élections libres, équitables et inclusives.

22 Ekim, 2026, Perşembe 22:33
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BRUXELLES KORNER | POLITIQUE INTERNATIONALE | 22 OCTOBRE 2026

Bangladesh : depuis Bruxelles, un appel au secours à l’Union européenne pour défendre les droits humains et réclamer des élections véritablement inclusives

Une délégation de la communauté bangladaise de Belgique interpelle les institutions européennes sur la situation politique et sécuritaire au Bangladesh. Dans un entretien accordé à Bruxelles Korner, Rashid Bazlur Bulu, président de Bangladesh Community Europe et de Belgium Awami League, dénonce les violences visant les opposants, conteste la légitimité du processus électoral de février 2026 et demande à l’Europe d'exercer une pression diplomatique sur Dacca.

Par Kadir Duran — Bruxelles Korner

Bangladesh : la démocratie en danger, un cri de détresse lancé depuis Bruxelles à l’Europe »

« Si je retourne dans mon pays, ils vont me tuer » : l’alerte glaçante de Rashid Bazlur Bulu, président de Bangladesh Community Europe. Face aux violences politiques dénoncées et à l’exclusion de l’Awami League du processus électoral, une partie de la diaspora bangladaise interpelle l’Union européenne et réclame des élections libres, équitables et inclusives.

Une mobilisation au cœur de Bruxelles pour interpeller l'Europe

Bruxelles, capitale politique de l'Union européenne, est devenue le point de ralliement d'une partie de la diaspora bangladaise inquiète de l'évolution politique de son pays d'origine.

Ce 22 octobre 2026, des représentants de la communauté bangladaise ont entrepris une démarche auprès du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), l'institution diplomatique de l'Union européenne, afin d'attirer l'attention sur les atteintes présumées aux droits fondamentaux, les violences politiques et les restrictions imposées à certaines forces d'opposition au Bangladesh.

Selon Rashid Bazlur Bulu, président de Bangladesh Community Europe et de Belgium Awami League, une rencontre était prévue à 10 heures avec des interlocuteurs du SEAE chargés du dossier bangladais.

Il indique que la mobilisation a rassemblé environ 70 personnes et qu'un mémorandum exposant les préoccupations et les revendications de la communauté a été remis aux interlocuteurs européens.

Deux noms sont cités dans le cadre de ces échanges : Anne Vaugier Chatterjee et Lene Villadsen. Leur participation et leurs fonctions exactes dans cette rencontre restent à confirmer auprès du SEAE.

Au-delà de cette démarche institutionnelle, les organisateurs souhaitent faire entendre une inquiétude plus profonde : celle d'une partie de la diaspora qui estime que la transition politique bangladaise n'a pas permis de garantir à toutes les sensibilités politiques les mêmes droits et les mêmes protections.

« Si je retourne au Bangladesh, je crains pour ma vie »

Au cours de notre entretien, Rashid Bazlur Bulu décrit une situation qu'il considère comme particulièrement dangereuse pour les sympathisants de l'Awami League, le parti de l'ancienne Première ministre Sheikh Hasina.

Il affirme que des militants et responsables politiques sont victimes d'intimidations, d'agressions, d'arrestations et de violences en raison de leur appartenance politique.

Son témoignage prend une dimension personnelle lorsqu'il évoque la possibilité de retourner dans son pays.

« Moi-même, si je rentre au pays, ils vont me tuer. Parce que je suis un supporter de l'Awami League. »

Cette déclaration traduit la crainte exprimée par certains militants expatriés. Elle constitue un témoignage individuel et ne permet pas, à elle seule, d'établir l'existence d'une menace précise contre sa personne.

Pour le président de Bangladesh Community Europe, la question dépasse les rivalités entre partis politiques. Il estime que la liberté d'expression, la liberté d'association et le droit de participer à la vie politique doivent être garantis à tous les citoyens, indépendamment de leurs convictions.

Il dénonce également des attaques contre des habitations, des destructions de biens et des disparitions présumées de militants. Ces accusations graves nécessitent des enquêtes indépendantes permettant d'identifier les faits, les victimes et les responsabilités.

Les élections du 12 février 2026 au centre de la contestation

L'un des principaux points soulevés par Rashid Bazlur Bulu concerne les élections législatives organisées le 12 février 2026.

Après le départ de Sheikh Hasina en août 2024, le Bangladesh a connu une période de transition sous la direction de Muhammad Yunus, économiste et prix Nobel de la paix.

Les élections de février 2026 ont ensuite permis au Bangladesh Nationalist Party (BNP) de revenir au pouvoir, avec Tarique Rahman à la tête du gouvernement depuis le 17 février.

Le scrutin s'est toutefois déroulé sans participation de l'Awami League, dont les activités politiques avaient été interdites. Cette exclusion constitue le principal argument des représentants de ce parti lorsqu'ils contestent le caractère pleinement inclusif des élections.

Lors de notre entretien, Rashid Bazlur Bulu avance un taux de participation de seulement 12 à 13 %, affirmant que le scrutin ne reflète pas la volonté de la population.

Cette affirmation doit cependant être distinguée des chiffres officiels. La Commission électorale bangladaise a annoncé une participation de 59,44 %, sur un corps électoral de près de 127,7 millions d'inscrits. Le chiffre de 12 à 13 % avancé par notre interlocuteur n'est pas corroboré par ces résultats.

L'Union européenne a, pour sa part, accueilli favorablement le déroulement des élections. Dans sa déclaration du 14 février, le SEAE a estimé que le processus avait été concurrentiel et globalement crédible, tout en soulignant l'importance de poursuivre les réformes démocratiques et de respecter l'État de droit.

La contestation de la diaspora proche de l'Awami League pose donc une question politique précise : un scrutin peut-il être considéré comme pleinement inclusif lorsqu'une formation politique majeure est empêchée d'y participer, même si son organisation technique est jugée satisfaisante par des observateurs internationaux ?

C'est sur cette distinction entre crédibilité du vote et pluralisme politique que les représentants mobilisés à Bruxelles souhaitent obtenir un nouvel examen européen.

Une situation sécuritaire qui continue de préoccuper les organisations internationales

Les préoccupations exprimées par Rashid Bazlur Bulu interviennent dans un contexte où plusieurs organisations de défense des droits humains signalent des violences persistantes.

Selon un rapport de la Human Rights Support Society (HRSS), publié le 19 octobre 2026, les neuf premiers mois de l'année ont été marqués par 187 décès liés à des violences collectives et 73 morts dans des affrontements politiques. Ces données concernent différentes catégories de victimes et ne peuvent être attribuées à un seul parti ou groupe politique.

Human Rights Watch a également dénoncé les détentions arbitraires, les restrictions des libertés publiques et les risques pesant sur des militants de l'opposition. L'organisation insiste toutefois sur la nécessité de poursuivre les responsables des violations commises sous l'ancien gouvernement de Sheikh Hasina, dans le respect des garanties judiciaires.

Ces observations soulignent une difficulté centrale de la transition bangladaise : assurer la justice pour les victimes des violences passées tout en empêchant que les procédures judiciaires ou les mesures de sécurité deviennent des instruments de répression politique.

Sheikh Hasina : entre condamnation judiciaire et revendication de retour

L'ancienne Première ministre Sheikh Hasina demeure au centre des tensions.

Après avoir quitté le Bangladesh en août 2024, elle s'est réfugiée en Inde. En novembre 2025, elle a été condamnée à mort par contumace par un tribunal bangladais pour crimes contre l'humanité liés à la répression du soulèvement de 2024.

Cette condamnation ne signifie pas qu'elle a été exécutée. Elle se trouve toujours hors du Bangladesh, selon les informations publiques consultées.

Rashid Bazlur Bulu estime que l'ancienne dirigeante doit pouvoir rentrer dans son pays et bénéficier d'une procédure judiciaire équitable.

Il considère également que l'Awami League devrait retrouver la possibilité de participer à la vie démocratique.

Mais le bilan de Sheikh Hasina fait lui-même l'objet de graves accusations. Les enquêtes sur la répression des manifestations de 2024 et les disparitions forcées sous son gouvernement imposent de distinguer le droit de ses sympathisants à participer à la vie politique de la responsabilité pénale éventuelle des anciens dirigeants.

Cette distinction est essentielle : le pluralisme démocratique et l'obligation de rendre des comptes devant la justice ne sont pas incompatibles.

Des inquiétudes sur la progression des mouvements islamistes

Au cours de l'entretien, Rashid Bazlur Bulu exprime également sa préoccupation concernant l'influence croissante des formations islamistes dans la vie politique bangladaise.

Il estime que certains groupes religieux radicaux profitent des bouleversements politiques pour accroître leur influence et intimider leurs adversaires.

Les résultats électoraux de février confirment le poids parlementaire de Jamaat-e-Islami, qui a remporté 68 sièges selon les résultats initialement annoncés, devenant une importante force d'opposition au BNP.

Il convient néanmoins de distinguer la participation légale de partis islamistes à la vie politique des actes de violence ou de terrorisme. L'appartenance à une formation politique religieuse ne constitue pas, en soi, la preuve d'une activité terroriste.

Les accusations de soutien étranger à des groupes violents formulées pendant l'entretien n'ont pas été établies par les éléments vérifiés pour cet article.

Que demande concrètement la communauté mobilisée à Bruxelles ?

Rashid Bazlur Bulu souhaite que les institutions européennes adoptent une position plus exigeante à l'égard des autorités bangladaises.

Les demandes exprimées lors de notre entretien peuvent être regroupées autour de cinq objectifs :

1. La protection des droits humains, avec des enquêtes indépendantes sur les violences, les intimidations et les disparitions présumées de militants politiques.

2. Le rétablissement du pluralisme politique, notamment par un réexamen des restrictions imposées à l'Awami League et par la garantie des libertés d'expression, d'association et de réunion.

3. L'organisation de nouvelles élections législatives inclusives, sous des garanties d'indépendance et de transparence, permettant à toutes les formations remplissant les conditions légales de participer.

4. Une action diplomatique européenne renforcée, à travers le SEAE, la Commission européenne, le Conseil et le Parlement européen, pour demander des garanties vérifiables concernant l'État de droit.

5. Un examen des relations économiques et de l'aide européenne, afin de déterminer si des instruments de coopération pourraient être utilisés pour encourager le respect des engagements internationaux en matière de droits fondamentaux.

Ces revendications représentent la position des organisateurs de la mobilisation et non celle de l'ensemble de la diaspora bangladaise de Belgique.

L'Union européenne dispose-t-elle de moyens de pression ?

La question posée par Rashid Bazlur Bulu dépasse le seul cadre bangladais.

L'Union européenne entretient avec le Bangladesh des relations économiques, commerciales et diplomatiques importantes. Elle dispose donc de plusieurs canaux de dialogue avec les autorités du pays.

Toutefois, les institutions européennes ont déjà adopté une position publique sur le scrutin de février 2026.

Le 28 avril, la mission européenne d'observation électorale a publié son rapport final, assorti de 19 recommandations visant notamment à améliorer la transparence électorale, le financement des campagnes, la participation des femmes et la protection du débat public contre les violences et les intimidations.

La question soulevée à Bruxelles est désormais celle du suivi de ces recommandations.

L'Europe pourrait notamment examiner les progrès réalisés en matière de libertés politiques, de protection des personnes détenues et de garanties judiciaires dans le cadre de son dialogue avec Dacca.

Une suspension générale des aides ou des échanges commerciaux, telle qu'évoquée par notre interlocuteur, soulèverait cependant des questions importantes concernant ses conséquences pour la population bangladaise, les travailleurs et les secteurs économiques dépendants du commerce extérieur.

La conditionnalité des relations européennes nécessite donc une appréciation des objectifs poursuivis, de la proportionnalité des mesures et de leurs effets sur les citoyens.

Bruxelles, lieu de mobilisation d'une diaspora inquiète

La démarche entreprise auprès du SEAE illustre également le rôle croissant des diasporas dans les relations internationales.

Les communautés établies en Europe ne se limitent plus aux activités culturelles et associatives. Elles participent aux débats politiques concernant leurs pays d'origine, interpellent les institutions et cherchent à faire inscrire leurs préoccupations à l'agenda diplomatique européen.

Pour Rashid Bazlur Bulu, la mobilisation de Bruxelles constitue un moyen de donner une visibilité internationale aux inquiétudes des sympathisants de l'Awami League.

Il souhaite également que la communauté internationale ne considère pas la tenue d'un scrutin comme l'aboutissement définitif d'une transition démocratique.

La démocratie, selon l'argument qu'il défend, doit également garantir la possibilité de s'opposer au gouvernement, de critiquer les dirigeants et de participer à la compétition politique sans craindre de représailles.

Analyse Bruxelles Korner — Une transition démocratique confrontée à l'épreuve du pluralisme

Le Bangladesh se trouve à la croisée de plusieurs exigences parfois difficiles à concilier : la stabilité institutionnelle, la justice pour les victimes des violences politiques, la protection des libertés fondamentales et la reconstruction d'un espace politique pluraliste.

Les élections de février 2026 ont permis le retour d'un gouvernement élu et ont reçu une appréciation globalement favorable des observateurs européens.

Mais la poursuite des violences politiques, les restrictions touchant l'Awami League et les préoccupations exprimées par les organisations internationales montrent que le processus démocratique reste confronté à des défis importants.

La mobilisation organisée à Bruxelles met en évidence cette tension entre la reconnaissance internationale du nouveau cadre institutionnel et les revendications de ceux qui en contestent les conditions de participation.

Pour les institutions européennes, l'enjeu consiste à maintenir un dialogue avec les autorités bangladaises tout en veillant à ce que les engagements en matière de droits humains, de justice et de libertés politiques soient effectivement respectés.

Une démocratie ne se mesure pas uniquement à l'organisation d'élections. Elle se mesure aussi à la protection des libertés, à l'indépendance de la justice et à la possibilité pour les opposants de participer pacifiquement à la vie publique.

C'est précisément sur ces questions que les représentants bangladais mobilisés à Bruxelles attendent désormais des réponses européennes.

Entretien et rédaction : Kadir Duran — Bruxelles Korner

Interlocuteur : Rashid Bazlur Bulu, président de Bangladesh Community Europe et de Belgium Awami League. Entretien du 22 octobre 2026. Les propos sont restitués en français éditorial, sans modifier le sens des déclarations.

Sources et références

  • SEAE — Déclaration sur les élections du 14 février 2026.

  • Mission européenne d'observation — Rapport final et 19 recommandations, 28 avril 2026.

  • Human Rights Watch — Rapport mondial 2026, Bangladesh.

  • Gouvernement britannique — Situation politique au Bangladesh, octobre 2026.

  • The Business Standard — Bilan des violences politiques, 19 octobre 2026.

Note de vérification éditoriale : la tenue et le contenu de la rencontre du 22 octobre sont rapportés sur la base de l'entretien avec Rashid Bazlur Bulu. Le mémorandum, les fonctions des deux interlocutrices citées et la réponse officielle du SEAE n'ont pas été vérifiés indépendamment. Les accusations individuelles non corroborées ne sont pas présentées comme des faits établis.

Bangladesh : la démocratie en dangerun cri de détresse lancé depuis Bruxelles à l’Europe
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