BRUXELLES KORNER | CHRONIQUE • BELGIQUE • URBANISME • GESTION PUBLIQUE
Dans certains pays, on construit des villes en un an. À Bruxelles, trois ans n’ont pas suffi pour réaménager une place !
Trois ans de travaux, un projet architectural amputé de son élément central, une place transformée en immense surface minérale et, pour couronner le tout, une inauguration annulée. Bienvenue au rond-point Schuman, au cœur de la capitale européenne, où la patience semble être devenue le principal matériau de construction.
Kadir Duran | Bruxelles Korner
Bruxelles, 16 octobre 2026

Après près de trois années de chantier, la place Schuman devait enfin être officiellement inaugurée le lundi 19 octobre 2026. Mais à trois jours de l’événement, la cérémonie a été annulée. Une situation qui ajoute une touche d’ironie à un chantier déjà marqué par les retards, les controverses budgétaires et l’abandon de son emblématique auvent végétalisé.
Bruxelles, capitale européenne… et championne des projets qui tournent en rond ?
Il existe des pays où des quartiers entiers sortent de terre en un temps record. Des tours s'élèvent, des infrastructures se construisent, des réseaux de transport se développent et des zones urbaines prennent forme en quelques années, parfois même en quelques mois.
À Bruxelles, nous avons une spécialité bien particulière : nous savons faire durer le réaménagement d'un rond-point pendant près de trois ans.
Et attention, pas n'importe lequel !
Le rond-point Schuman, situé à quelques mètres des principales institutions européennes. Autrement dit, l'une des vitrines les plus visibles de l'Europe.
Un emplacement où défilent quotidiennement diplomates, responsables politiques, journalistes, fonctionnaires européens et visiteurs internationaux.
C'est donc ici que Bruxelles devait démontrer son ambition urbanistique.
Le résultat ? Une place qui ressemble davantage à un immense plateau de béton qu'à l'agora végétalisée promise.
2023 : un projet ambitieux. 2026 : où est passée la verdure ?
Tout avait pourtant bien commencé.
Le 22 novembre 2023, les responsables politiques inauguraient officiellement le chantier. Le projet devait transformer ce carrefour automobile en un espace de rencontre accueillant, végétalisé et adapté aux piétons et aux cyclistes.
La durée annoncée était alors d'environ deux ans.
Beliris
Sur les illustrations architecturales, le futur rond-point Schuman avait presque des allures de science-fiction : une spectaculaire structure circulaire couverte de végétation, un espace public moderne et une promenade reliant le quartier européen au Cinquantenaire.
Mais entre les images de synthèse et la réalité bruxelloise, il existe manifestement une distance que même le métro Schuman ne permet pas de parcourir rapidement.
L'élément architectural central, un immense auvent végétalisé, a finalement été abandonné en raison de son coût supplémentaire, estimé à 13 millions d'euros.
BX1
Résultat : les cercles au sol sont bien là, mais la pièce maîtresse du projet a disparu.
Nous avions commandé une place du XXIe siècle. Nous avons reçu les contours de son dessin.
Et maintenant, même l'inauguration est annulée !
C'est probablement la partie la plus ironique de cette histoire.
Après presque trois ans de chantier, l'inauguration officielle était programmée pour le lundi 19 octobre 2026.
On pouvait imaginer les discours, les photographies, les poignées de main et les traditionnelles déclarations saluant une transformation urbaine exemplaire.
Mais voilà : l'inauguration vient d'être annulée.
Selon BX1, Beliris invoque des « raisons d'organisation ». Plusieurs responsables bruxellois doivent notamment rencontrer le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, le même jour.
BX1
Il ne s'agit donc pas officiellement d'une annulation liée à l'état du chantier.
Mais l'ironie demeure.
Après trois ans pour aménager une place, il n'aura pas été possible de maintenir la cérémonie destinée à célébrer son achèvement.
À Bruxelles, même couper un ruban peut devenir une question de calendrier.
25 millions d'euros : pour quel résultat ?
Le budget général du réaménagement affiché par Beliris est de 25 millions d'euros hors TVA. Il concerne le projet dans son ensemble, y compris les aménagements environnants.
Beliris
Il serait donc inexact d'affirmer que cette somme a simplement financé un cercle de béton.
Des travaux techniques importants ont été réalisés, notamment sur l'étanchéité des infrastructures souterraines, la voirie, la mobilité et la sécurisation de l'espace public.
Mais cette précision comptable n'élimine pas la question essentielle : le résultat correspond-il aux ambitions initialement présentées aux citoyens ?
Une autre curiosité vient d'ailleurs compléter le tableau : une bande réservée aux bus a été aménagée, alors que leur retour sur la place n'est actuellement pas prévu, comme le rapportait La Dernière Heure le 15 octobre.
La DH/Les Sports+
À ce stade, le dossier Schuman ressemble presque à une démonstration pratique de la différence entre construire un équipement et organiser son utilisation.
Une capitale qui ambitionne de diriger l'Europe doit pouvoir aménager ses espaces publics
La question dépasse largement l'esthétique d'un rond-point.
Bruxelles accueille les institutions d'une Union européenne de 27 États membres. Elle se présente comme un centre mondial de diplomatie, de régulation, de transition climatique et de coopération internationale.
Chaque année, des dirigeants étrangers viennent y discuter de l'avenir énergétique, numérique, économique et stratégique du continent.
Mais au pied de ces institutions, la transformation d'un espace public emblématique soulève des questions de continuité des décisions, de financement et de coordination entre autorités.
Il faut naturellement distinguer la construction rapide de quartiers neufs et la rénovation complexe d'une place située au-dessus d'infrastructures souterraines, dans un environnement urbain dense et soumis à de fortes exigences de sécurité.
La comparaison n'est donc pas techniquement équivalente.
Elle n'en reste pas moins révélatrice d'une interrogation légitime : comment une capitale internationale peut-elle mieux maîtriser la conception, le financement et la livraison de ses projets publics ?
Le véritable chantier est peut-être celui de la gouvernance
La place Schuman n'est pas seulement un dossier d'architecture.
Elle illustre les difficultés qui apparaissent lorsque les ambitions initiales, les budgets disponibles et les décisions institutionnelles évoluent au fil des années.
Les autorités ont désormais mis en service un nouveau dispositif d'accès à la place, avec des restrictions automobiles entrées en vigueur le 5 octobre 2026.
Commissioner Brussels Europe & International
Le chantier n'a donc pas été sans résultat.
Mais il laisse derrière lui une interrogation plus profonde : pourquoi l'élément qui donnait au projet son identité architecturale n'a-t-il pas pu être conservé ?
Et pourquoi les mécanismes de financement et de coordination n'ont-ils pas permis de préserver plus tôt une solution cohérente avec les objectifs annoncés ?
Ces questions méritent davantage qu'une succession de communiqués officiels.
Conclusion — À Bruxelles, le cercle est devenu un symbole
Finalement, le rond-point Schuman porte peut-être bien son nom.
Tout tourne autour d'un cercle.
Les voitures tournaient autrefois autour du rond-point. Les discussions ont tourné autour du financement. Les controverses ont tourné autour de l'auvent. Et les responsables politiques devront encore revenir sur les aménagements futurs.
Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, des métropoles développent de nouveaux quartiers, des infrastructures ferroviaires et des équipements publics à grande échelle.
À Bruxelles, après presque trois ans, nous avons au moins réussi une chose : dessiner de très beaux cercles sur le sol.
Il ne manque plus qu'à y faire pousser les ambitions promises.
Et puisque l'inauguration a été annulée, une dernière suggestion s'impose, avec toute l'ironie que mérite cette affaire :
Peut-être faudrait-il attendre la prochaine rénovation pour organiser l'inauguration de la précédente.
Kadir Duran Bruxelles Korner — Chronique politique et analyse urbaine
Chronique satirique fondée sur les communications de Beliris et les informations publiées par BX1, notamment le 16 octobre 2026. Les appréciations ironiques relèvent du commentaire éditorial.







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