Élections au Kazakhstan : les observateurs internationaux saluent l’organisation du scrutin tout en appelant à renforcer le contrôle parlementaire
À Astana, l’expert polonais Jerzy Olędzki et le journaliste suisse Muise Wahabdeen ont livré leurs premières observations sur les élections du nouveau Kurultai. Ils évoquent un scrutin organisé et transparent, tout en rappelant que la stabilité politique doit s’accompagner d’un véritable contrôle démocratique.
Par Kadir Duran – Bruxelles Korner, Astana

À l’occasion des élections du nouveau Kurultai, le Kazakhstan a accueilli plusieurs centaines d’observateurs, de journalistes et d’experts internationaux chargés de suivre le déroulement du scrutin.
Parmi eux figuraient Jerzy Olędzki, membre du conseil d’administration de l’Institut Michał Boym pour les études asiatiques et mondiales en Pologne, ainsi que Muise Wahabdeen, rédacteur en chef de The Geneva Times, basé en Suisse.
Lors d’une rencontre avec la presse à Astana, les deux observateurs ont partagé leurs premières impressions sur l’organisation du vote et sur les enjeux politiques de l’après-élection.
Jerzy Olędzki : « La stabilité doit s’accompagner d’un contrôle démocratique »

Spécialiste de l’Asie centrale, Jerzy Olędzki a souligné l’importance de la poursuite des réformes engagées sous la présidence de Kassym-Jomart Tokaïev.
Selon lui, la mise en œuvre du programme présidentiel nécessite l’existence d’un Parlement stable. Cette stabilité ne doit cependant pas transformer le Kurultai en une simple chambre d’accompagnement du pouvoir exécutif.
Le nouveau Parlement devra également assumer pleinement sa mission de contrôle sur le gouvernement et les institutions exécutives.
« Il est essentiel que le Kazakhstan poursuive les réformes engagées dans le cadre du programme du président Kassym-Jomart Tokaïev. Cela nécessite le soutien d’un Kurultai stable. Mais il faut également rappeler que le Parlement doit exercer un contrôle effectif sur le pouvoir exécutif et le gouvernement. »
L’expert polonais considère que les résultats du scrutin ne détermineront pas uniquement la future composition du Parlement. Ils influenceront également la direction et le rythme des transformations politiques intérieures du Kazakhstan.
« Les résultats de ces élections détermineront l’orientation et la dynamique des réformes intérieures, mais aussi la continuité de la politique étrangère du Kazakhstan. »
Un enjeu important pour la Pologne et l’Union européenne
Jerzy Olędzki a également replacé les élections kazakhstanaises dans un contexte européen plus large.
Pour la Pologne comme pour les autres États membres de l’Union européenne, la stabilité politique et institutionnelle du Kazakhstan revêt une importance croissante.
Situé entre la Russie, la Chine, la mer Caspienne et l’Asie centrale, le pays occupe une position stratégique dans les domaines de l’énergie, du commerce, des matières premières critiques et des corridors de transport reliant l’Asie à l’Europe.
La continuité de la politique étrangère multivectorielle d’Astana sera donc suivie avec attention à Bruxelles et dans les autres capitales européennes.
Des bureaux de vote jugés bien organisés
Au cours de leur mission, les observateurs internationaux ont eu l’occasion de visiter plusieurs bureaux de vote.
Jerzy Olędzki a notamment indiqué avoir suivi les opérations dans deux bureaux. Sur la base de ses observations directes, il a décrit un processus accessible, organisé et transparent.
« Dans les bureaux de vote que nous avons visités, le processus nous a semblé correctement organisé et transparent. Nous avons pu observer librement les différentes procédures. Cette transparence constitue l’un des fondements essentiels de tout processus démocratique. »
L’observateur polonais a néanmoins tenu à faire preuve de prudence. La visite de deux bureaux de vote ne permet pas, à elle seule, de porter un jugement définitif sur l’ensemble du scrutin national.
« Deux bureaux de vote ne peuvent pas représenter tout un pays. Notre évaluation finale doit toujours reposer sur un processus d’observation plus large. Mais sur la base de ce que nous avons personnellement constaté, notre expérience a été très positive. »
Muise Wahabdeen souligne la participation des citoyens
Présent aux côtés de Jerzy Olędzki, Muise Wahabdeen a également suivi le processus électoral à Astana.
Le rédacteur en chef de The Geneva Times a notamment relevé la participation des citoyens malgré les conditions météorologiques difficiles observées dans la capitale kazakhstanaise.
Pour lui, la présence des électeurs dans les bureaux de vote traduit leur volonté de prendre part à cette nouvelle étape institutionnelle.

Son intervention a également mis l’accent sur la confiance, considérée comme un élément indispensable dans la relation entre les citoyens et leurs institutions.
« Le choix appartient au peuple du Kazakhstan »
Jerzy Olędzki a enfin rappelé les limites et les responsabilités de toute mission d’observation internationale.
Selon lui, les observateurs étrangers ne sont présents ni pour influencer le vote ni pour se substituer au jugement des citoyens kazakhstanais.
« L’observation électorale ne consiste pas à prendre la place des électeurs. Le choix appartient au peuple du Kazakhstan. Notre responsabilité est simple : observer, écouter et rapporter ce que nous constatons de manière indépendante et équitable. »
Il a également remercié les responsables électoraux rencontrés pour leur disponibilité, leur coopération et leur ouverture envers les délégations étrangères.
Le véritable test commencera après les élections
Les premières observations livrées à Astana dressent ainsi le tableau d’un scrutin organisé dans une atmosphère calme et sans tensions majeures dans les bureaux visités.
Mais au-delà du déroulement technique du vote, la question centrale concerne désormais le rôle que jouera le nouveau Kurultai.
Sa capacité à représenter les différentes sensibilités politiques, à contrôler l’action du gouvernement et à transformer les engagements institutionnels en résultats concrets constituera le véritable test de cette nouvelle étape politique.
Pour le Kazakhstan, l’enjeu ne se limite donc pas à organiser des élections. Il s’agit désormais de démontrer que la stabilité peut aller de pair avec la responsabilité politique, la transparence et le renforcement des institutions.
Bruxelles Korner poursuivra son analyse du nouveau paysage parlementaire kazakhstanais et des conséquences du scrutin sur les relations entre Astana et l’Union européenne.






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