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À Astana, CFive et le Hudson Institute interrogent la place du Kazakhstan dans le nouvel ordre eurasien

Ana SayfaOrta Asya - Asie CentraleÀ Astana, CFive et le Hudson Institute interrogent la place du Kazakhstan dans le nouvel ordre eurasien
À Astana, CFive et le Hudson Institute interrogent la place du Kazakhstan dans le nouvel ordre eurasien

À Astana, CFive et le Hudson Institute interrogent la place du Kazakhstan dans le nouvel ordre eurasienPartenariats stratégiques, Corridor du milieu, minéraux critiques et investissements : à deux jours des élections du nouveau Kurultai, experts kazakhs et internationaux ont débattu du rôle que le Kazakhstan entend jouer dans une Eurasie en pleine recomposition.Bruxelles Korner / Kadir Duran — Depuis Astana

23 Ağustos, 2026, Pazar 18:01
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À Astana, CFive et le Hudson Institute interrogent la place du Kazakhstan dans le nouvel ordre eurasien

Partenariats stratégiques, Corridor du milieu, minéraux critiques et investissements : à deux jours des élections du nouveau Kurultai, experts kazakhs et internationaux ont débattu du rôle que le Kazakhstan entend jouer dans une Eurasie en pleine recomposition.

Bruxelles Korner / Kadir Duran — Depuis Astana

Astana, 21 août 2026 — Dans une Eurasie où les routes commerciales se redessinent, où les puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements et où l’Asie centrale attire une attention croissante, le Kazakhstan veut apparaître non plus simplement comme un territoire situé entre grandes puissances, mais comme un acteur capable d’organiser ses propres partenariats.

C’est autour de cette question centrale que l’Université internationale d’Astana, Astana International University (AIU), a accueilli une discussion d’experts de haut niveau organisée conjointement par la plateforme intellectuelle CFive et le Hudson Institute, think tank basé aux États-Unis.

Intitulée « Le Kazakhstan et le nouveau paysage eurasien : partenariats stratégiques, connectivité et opportunités économiques », la rencontre a réuni diplomates, responsables publics, universitaires, experts internationaux et représentants du monde économique.

Au-delà des échanges académiques, le débat a surtout montré combien le Kazakhstan se trouve aujourd’hui au croisement de plusieurs transformations : retour de la compétition entre puissances, réorganisation des chaînes logistiques, essor du Corridor du milieu, recherche de nouveaux fournisseurs de matières premières stratégiques et volonté européenne comme américaine de renforcer leur présence en Asie centrale.

Le Kazakhstan, puissance moyenne au cœur d’une compétition de corridors

La géographie constitue à la fois la principale contrainte et l’un des plus grands atouts du Kazakhstan.

Enclavé au cœur du continent eurasiatique, voisin de la Russie et de la Chine, tourné vers la mer Caspienne et relié à l’Europe à travers le Caucase et la Türkiye, le pays se trouve sur plusieurs axes essentiels entre l’Asie et l’Occident.

Cette situation explique pourquoi la notion de « puissance moyenne » a occupé une place importante dans les discussions.

Le Kazakhstan ne possède évidemment ni les capacités militaires ni le poids économique des grandes puissances qui l’entourent. Mais sa superficie, ses ressources énergétiques, ses minerais, sa position géographique et sa politique étrangère dite « multivectorielle » lui confèrent une marge de manœuvre diplomatique significative.

La question est désormais de savoir comment transformer cet avantage géographique en influence politique et économique durable.

Car dans la nouvelle compétition eurasienne, le Kazakhstan ne souhaite pas seulement être traversé par des routes commerciales. Il cherche à devenir un nœud stratégique, capable de connecter la Chine, l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase, la Türkiye et l’Union européenne.

Le Corridor du milieu change la valeur géopolitique de l’Asie centrale

Le Middle Corridor, ou Corridor transcaspien international de transport, s’est naturellement imposé comme l’un des thèmes centraux de la rencontre.

Cet itinéraire permet de relier la Chine et l’Asie centrale à l’Europe en passant notamment par le Kazakhstan, la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Türkiye.

Son intérêt a considérablement augmenté avec les bouleversements géopolitiques des dernières années.

La recherche d’itinéraires commerciaux alternatifs aux routes passant par la Russie, la diversification des chaînes logistiques et l’intérêt croissant de l’Union européenne pour les liaisons avec l’Asie centrale ont renforcé la dimension stratégique de ce corridor.

Pour le Kazakhstan, l’enjeu dépasse cependant le simple transit ferroviaire.

L’objectif est également de développer les ports de la Caspienne, les plateformes logistiques, les infrastructures ferroviaires, les autoroutes, les capacités douanières et les connexions numériques.

Autrement dit, le Corridor du milieu peut devenir un instrument de transformation économique du pays, à condition que le Kazakhstan réussisse à capter davantage de valeur ajoutée plutôt que de rester uniquement un territoire de passage.

Washington redécouvre l’importance stratégique du Kazakhstan

La présence du Hudson Institute à Astana souligne également l’attention renouvelée que les États-Unis accordent à l’Asie centrale.

Pendant longtemps, la région a principalement été observée à Washington à travers les relations avec la Russie, la Chine ou l’Afghanistan.

Cette lecture évolue.

L’Asie centrale devient progressivement un espace stratégique en soi.

Les États-Unis s’intéressent davantage aux corridors de transport, aux ressources naturelles, aux minéraux critiques, aux technologies, à l’énergie et aux possibilités d’investissement.

Le Kazakhstan apparaît, dans ce contexte, comme un partenaire particulièrement important.

Son économie est la plus importante d’Asie centrale et le pays cherche parallèlement à attirer des investissements étrangers tout en diversifiant ses partenaires.

L’enjeu pour Astana consiste précisément à éviter de remplacer une dépendance par une autre.

La stratégie kazakhe demeure fondée sur l’équilibre : maintenir des relations étroites avec la Russie, approfondir les liens économiques avec la Chine, développer les partenariats avec l’Union européenne et renforcer simultanément la coopération avec les États-Unis, la Türkiye et d’autres acteurs internationaux.

Minéraux critiques : la nouvelle bataille économique

Les discussions ont également accordé une place importante aux minéraux critiques.

La transition énergétique mondiale, la production de batteries, les semi-conducteurs, les technologies militaires, les télécommunications et les infrastructures numériques augmentent considérablement la demande pour certaines matières premières.

Cette évolution transforme progressivement la géographie économique mondiale.

Les États-Unis et l’Union européenne cherchent notamment à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement afin de réduire leur dépendance vis-à-vis d’un nombre limité de producteurs.

Le Kazakhstan possède dans ce domaine des ressources importantes et pourrait bénéficier de cette nouvelle compétition.

Mais là encore, le véritable enjeu consiste à dépasser l’exportation de matières premières.

Pour Astana, l’objectif stratégique serait de développer davantage de transformation industrielle locale, de technologie, de recherche et de chaînes de valeur.

Autrement dit, ne plus seulement exporter le minerai, mais attirer également les investissements permettant de le traiter et de produire une partie des technologies qui en dépendent.

Ken Moriyasu : regarder l’Eurasie comme un système connecté

L’intervenant principal de la rencontre était Ken Moriyasu, Senior Fellow au Hudson Institute, spécialiste des dynamiques de la Grande Asie, de l’Asie centrale et du Caucase.

Aux côtés d’experts kazakhs, européens et internationaux, il a replacé les transformations du Kazakhstan dans un contexte géopolitique beaucoup plus large.

Cette approche est essentielle.

L’Asie centrale ne peut plus être analysée exclusivement comme une périphérie de la Russie ou de la Chine.

Elle se situe désormais à l’intersection de plusieurs espaces : Europe, Chine, Russie, Caucase, Caspienne, Moyen-Orient et Asie du Sud.

Le développement de nouveaux corridors renforce encore cette interconnexion.

Dans ce nouvel environnement, les États capables de maintenir des relations avec plusieurs centres de puissance tout en préservant leur autonomie stratégique disposent d’un avantage particulier.

Le Kazakhstan tente précisément de construire cette position.

L’Europe reste un partenaire déterminant

Les relations avec l’Europe ont également été au cœur des discussions.

Pour le Kazakhstan, l’Union européenne demeure un partenaire commercial et un investisseur essentiel.

Bruxelles cherche de son côté à approfondir ses relations avec l’Asie centrale autour de plusieurs axes : énergie, matières premières stratégiques, transport, numérique, climat et connectivité.

Le développement du Corridor du milieu donne une dimension supplémentaire à cette relation.

Le Kazakhstan peut devenir un point de connexion majeur entre les économies asiatiques et européennes.

Mais cette perspective suppose des investissements considérables et une coordination entre plusieurs pays.

Ports, chemins de fer, passages frontaliers, capacités maritimes sur la Caspienne et harmonisation des procédures douanières constituent autant de défis.

La connectivité eurasienne ne dépend donc pas seulement de kilomètres de rails. Elle dépend également de décisions politiques, de financements et de confiance entre partenaires.

Une diplomatie multivectorielle à l’épreuve du nouvel ordre mondial

La discussion organisée à Astana a surtout confirmé l’importance persistante de la doctrine multivectorielle du Kazakhstan.

Depuis son indépendance, le pays s’efforce de maintenir des relations équilibrées avec plusieurs partenaires.

Cette stratégie était déjà complexe lorsque les relations entre grandes puissances étaient relativement stables.

Elle l’est encore davantage aujourd’hui.

La rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine, la guerre en Ukraine, les sanctions occidentales contre la Russie, la compétition pour les infrastructures et la bataille mondiale autour des matières premières obligent les pays d’Asie centrale à effectuer des arbitrages de plus en plus délicats.

Le Kazakhstan tente néanmoins de préserver une ligne de continuité : coopérer avec plusieurs acteurs sans s’inscrire automatiquement dans un bloc géopolitique exclusif.

Cette politique constitue probablement l’un des éléments fondamentaux de sa diplomatie actuelle.

À deux jours des élections, un message de stabilité internationale

La rencontre intervient également dans un moment politique particulier.

Deux jours plus tard, le 23 août 2026, les électeurs kazakhs doivent choisir les représentants du nouveau Kurultai, le Parlement monocaméral instauré par la réforme constitutionnelle entrée en vigueur cet été.

Le fait que des rencontres internationales de cette nature soient organisées à quelques jours du scrutin illustre la volonté des autorités et des institutions kazakhes de présenter une image de continuité diplomatique et de stabilité.

Il serait toutefois excessif de considérer ces forums comme une validation du système politique intérieur.

Les enjeux de démocratisation, de pluralisme politique, de participation électorale et de fonctionnement des nouvelles institutions doivent être analysés séparément.

Mais sur le plan international, le message est clair : indépendamment de la transformation institutionnelle en cours, Astana souhaite continuer à apparaître comme un partenaire prévisible et ouvert au dialogue.

CFive, un laboratoire de dialogue stratégique à Astana

La rencontre organisée à l’Université internationale d’Astana s’inscrit dans l’ambition plus large de CFive, plateforme intellectuelle hébergée par l’AIU.

Son objectif est de créer à Astana un espace de débat reliant chercheurs, responsables politiques, diplomates et acteurs économiques.

Cette démarche possède une portée particulière.

Pendant longtemps, une grande partie des analyses internationales consacrées à l’Asie centrale était produite depuis Moscou, Washington, Bruxelles, Pékin ou Londres.

Le développement de plateformes locales permet progressivement aux pays de la région de participer eux-mêmes à la production du débat stratégique qui les concerne.

Il ne s’agit plus uniquement d’être étudié par les grandes puissances, mais également de participer à la définition des concepts et des stratégies concernant l’avenir de l’Eurasie.

Le Kazakhstan veut passer du statut de carrefour géographique à celui d’acteur stratégique

Au terme des échanges, une idée s’impose.

Le Kazakhstan possède depuis longtemps une position géographique exceptionnelle.

Mais la géographie ne produit automatiquement ni richesse ni influence.

Pour devenir réellement un acteur central du nouvel espace eurasien, le pays devra transformer cette position en infrastructures, en investissements, en industries, en partenariats technologiques et en capacité diplomatique.

Le Corridor du milieu, les minéraux critiques, les relations avec Washington, la coopération avec l’Union européenne et la diplomatie multivectorielle constituent autant de pièces d’un même puzzle.

La question stratégique est désormais de savoir si le Kazakhstan réussira à les assembler.

Dans une Eurasie où les anciennes routes sont remises en question et où de nouvelles alliances économiques se dessinent, Astana possède aujourd’hui une opportunité rarement rencontrée depuis l’indépendance : ne plus seulement être située entre les puissances, mais devenir un espace où leurs intérêts se rencontrent, se négocient et parfois s’équilibrent.

C’est probablement là que se trouve le véritable enjeu du « nouveau paysage eurasien » débattu par CFive et le Hudson Institute à Astana.

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